Le Soleil (Dakar)

Zimbabwe: Ecovision le syndrome zimbabwéen sur la Guinée

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Voilà un demi-siècle que cela dure. Du « non » à la Communauté franco-africaine du 28 septembre 1958 dont les échos résonnent encore dans les mémoires au sinistre 28 septembre d'il y a quelques semaines, la Guinée s'est appauvrie chaque jour davantage dans le carcan indigne de deux régimes dictatoriaux et, présentement sous le pouvoir confisqué par le militaires.

Le déclin économique continu de la Guinée se mesure à l'aune de la dégradation aggravée des conditions d'existence de sa population dont 70% vit en dessous du seuil de pauvreté. A peine 20% des Guinéens ont accès aux services vitaux que sont les soins de santé, les installations d'assainissement ou encore l'eau potable. La malnutrition a augmenté de moitié au cours de ces cinq dernières années. Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires qui livrent ces statistiques dans un rapport rendu public en septembre, les explique principalement par l'instabilité politique permanente qui prévaut en Guinée.

La Guinée est au bas du tableau, à la 170ème place sur 182 dans le classement mondial relatif à l'Indice de développement humain des Nations Unies. Or, en plus d'être le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest et d'avoir les terres parmi les plus fertiles du continent, elle est en elle-même un énorme cocktail minéral. Le sous-sol guinéen contient le tiers des réserves mondiales de bauxite ; il est gorgé de fer, d'uranium, de nickel, de graphite, d'or et de diamant en quantités on ne peut plus appréciables. Avec ses richesses naturelles et minières, la Guinée est, en Afrique de l'Ouest, le pays qui a le plus grand potentiel de développement agricole et industriel.

S'il en est autrement, c'est parce que ces immenses richesses, plutôt que de soutenir l'émergence économique et le mieux être social du pays, ont jusque-là été littéralement pillées par les multinationales minières avec, forcément, la complicité véreuse de personnalités aux fonctions les plus élevées de l'Etat. Le capitaine Moussa Dadis Camara, président provisoire autoproclamé, n'a sans doute pas eu tort de remettre en cause les contrats d'exploitation minière antérieurs à sa prise du pouvoir pour les décanter. La plupart de ces accords sont, en effet, léonins. Ils n'ont pu être signés et mis en oeuvre, au détriment des intérêts de la nation guinéenne, que parce qu'ils permettaient à une poignée de privilégiés de s'enrichir indûment en royalties et prébendes.

Le problème est que le chef de la junte n'a pas la légitimité des actes de suspension ou de retrait de permis qu'il a posés. Moussa Dadis Camara n'a d'autre prérogative que d'assurer la transition vers l'avènement d'un régime démocratique. C'est un président de la République souverainement élu qui est légalement autorisé à dénoncer les contrats trouvés sur place, les renégocier, voire exiger des réparations s'il y a lieu, en passant par les voies de recours idoines. En l'état actuel des choses, les grandes compagnies étrangères qui exploitent la bauxite, le fer et l'or de Guinée, parmi lesquelles l'américaine Alcoa, l'anglo-australienne Rio Tinto, la russe Rusal sont sous le coup de retrait total ou partielle de concessions et de redressement fiscal.

Sous la forte pression de la junte, elles ont presque toutes supprimé des postes, rapatrié une bonne partie de leurs cadres, cessé ou très fortement réduit leur production et leurs exportations. Outre la situation délétère et à très haut risque qui prévaut en Guinée, la conjoncture mondiale toujours récessive ne milite guère en faveur d'une exploitation minière soutenue. Ce repli stratégique des exploitants miniers se traduit par une réduction drastique des redevances et recettes fiscales de l'Etat guinéen. Sa trésorerie est d'autant plus mal en point que les ventes d'or sur l'étranger ont été arrêtées.

Depuis les massacres du 28 septembre et l'accentuation conséquente des sanctions internationales à l'encontre de la junte, les investisseurs fuient la Guinée devenue la destination à éviter. Les devises se font de plus en rares. Le syndrome zimbabwéen plane sur le pays. Le gouvernement militaire, privé d'aides extérieures et de ressources fiscales, fait de plus en plus recours à la planche à billets pour se donner les moyens de payer ses agents et fournisseurs. Le franc guinéen se déprécie au jour le jour. Les prix des denrées de première nécessité, comme le riz, l'huile et le sucre, grimpent à une vitesse inquiétante. Cette flambée des prix sur fond de vives tensions politiques est lourde de menaces d'un nouveau bain de sang. Il est clair que la junte ne se laissera pas déborder sur les flancs politique et social, sans réagir par une violence qui ne pourrait qu'être meurtrière...

Au ban de la communauté internationale, la junte guinéenne semble avoir trouvé auprès de la Chine une bouée de sauvetage. Elle a signé, le 10 octobre dernier, avec la China international fund limited (Cif) un mirobolant contrat portant sur 7 milliards de dollars d'investissement dans l'exploitation minière, la réalisation de centrales électriques, d'infrastructures routières, ferroviaires, de ports, d'hôpitaux...

Accusé de soutenir par là une dictature, une de plus, le gouvernement chinois se défend d'être derrière la Cif qui serait une société de droit privé basée à Hong Kong. Quoi qu'il en soit, c'est une gageure que de passer un tel accord avec un gouvernement désavoué à l'intérieur comme par le reste du monde.


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