Depuis quelques semaines, plusieurs ministères sont paralysés par des sit-in et grèves des travailleurs qui réclament des primes et autres avantages. Ces mouvements de grève sont souvent ponctués par des marches quasi -quotidiennes auxquelles les populations sont désormais habituées. Tous ces mouvements semblent acheminer le pays vers une crise sociale persistante dans un contexte exceptionnel de mobilisations politiques précoces pour les échéances électorales de 2011.
Que sont devenues les négociations entre le gouvernement et les centrales syndicales ?
Depuis l'échec du processus de mise en place du comité paritaire syndicats- gouvernement, creuset qui devrait faciliter les pourparlers entre les représentants des travailleurs et l'exécutif, les deux parties, ne se sont presque plus retrouvées pour poursuivre les négociations suspendues depuis plusieurs mois. La crise née de la mission confiée par le gouvernement à l'Inspection générale d'Etat de vérifier la gestion des subventions allouées par l'Etat aux centrales syndicales a simplement suscité une tension et braqué les leaders syndicaux, désormais peu disposés à revenir à la table des négociations.
Dans ces conditions, le gouvernement n'a pratiquement plus d'interlocuteur valable pour engager des négociations globales sur les réformes qu'il entend mettre en oeuvre au sujet des émoluments des travailleurs, notamment les primes de motivation dont le gel déclenche depuis un moment la colère des agents de l'Etat. Pour sa part, le gouvernement soutient que ces primes octroyées aux travailleurs de la fonction publique présentent tellement de disparités qu'elles créent une situation d'injustice qu'il entend corriger. Et pour ce faire, il a créé un comité pour harmoniser ces primes. Selon certaines prévisions, ce comité devra terminer ces travaux en janvier prochain. Mais les travailleurs estiment que ces avantages sont des droits acquis que rien ne peut remettre en cause.
Le non paiement de ces primes à d'autres indemnités auxquelles les travailleurs tiennent fermement suscite des mouvements de grèves, des sit-in et autres marches qui paralysent le fonctionnement de bien de ministères. Ainsi, les ministères du Commerce, de l'Industrie, de l'Artisanat, du Tourisme et de l'Agriculture fonctionnent au ralenti. Et au fil des jours, d'autres ministères rejoignent le mouvement et le renforce. Il faut craindre que ces mouvements dans un contexte économique morose fassent tache d'huile et provoque un effet de contagion dans les sociétés d'Etat et le secteur public.
On peut craindre que le processus se poursuive inévitablement en raison de la proximité des prochaines échéances électorales. La période est bien favorable pour les surenchères dans les revendications catégorielles, parce que les responsables syndicaux ont conscience que les enjeux électoraux peuvent faire plier l'autorité, et que c'est maintenant qu'il faut mettre la pression pour obtenir des avancées significatives.
L'effet produit souvent par des manifestations d'agents de l'Etat, bandeaux rouges autour de la tête, scandant des slogans hostiles au gouvernement, fait nécessairement boule de neige. Surtout qu'il n'existe pratiquement pas de clarifications officielles harmonisées du gouvernement pour l'opinion publique sur une multiplication des mouvements sociaux pourtant très sensibles. Ce silence pourrait faire croire aux travailleurs que le gouvernement reste insensible à leurs problèmes et surtout aux effets néfastes de ces mouvements sur le fonctionnement normal de l'administration publique, sanctionnant plutôt les usagers.
Pourtant leur impact négatif au plan économique est indéniable en ce sens qu'ils contribuent à décrédibiliser davantage l'administration béninoise déjà peu portée à se mettre à la hauteur des attentes de ses usagers. Si la tendance à la banalisation observée actuellement se poursuit, rien ne pourra arrêter à court terme un mouvement de paralysie générale de l'administration, mouvement susceptible d'être rapidement récupéré par certaines chapelles politiques qui pourraient instrumentaliser les revendications des travailleurs.
Les mouvements de grève observés un peu partout dans l'administration sont des terrains favorables à des crises majeures que le gouvernement ne peut éviter qu'en donnant des garanties sérieuses de sa disponibilité à régler au mieux les problèmes des travailleurs.
Comments Post a comment