Chaque fois que le Franc Congolais accuse un coup de froid sur le marché de change, les regards des Congolais se déportent machinalement vers la Banque Centrale du Congo.
Les uns la soupçonnent de décaisser de manière inconsidérée d'importants fonds en monnaie nationale comme en devises fortes ; d'autres la jugent peu performante dans son fonctionnement comme dans son organisation. Aussi, au lendemain du passage des experts de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International à Kinshasa, la rumeur de sa mise formelle sous la tutelle des institutions de Bretton Woods s'est mise à circuler avec force. Certains sont allés jusqu'à rappeler une situation peu honorable pour la banque mère, connue à la fin des années 70 et au début des années 80, sous le régime Mobutu, avec la présence de l'Allemand Blumenthal jouant le rôle de garde-fou contre les dérapages monétaires. A l'époque, tout ordonnancement des fonds devait requérir son contreseing, sous peine d'invalidation.
Un Blumenthal/bis, racontait un député national le week-end dernier, venait d'être collé aux basques de Jean-Claude Masangu, sur décision du FMI et de la BM, avec pour mission principale de surveiller la gestion de la Banque Centrale du Congo jusqu'au moment où notre pays atteindrait le Point d'Achèvement de l'Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Sans ce «gendarme», précisait-on, les bailleurs de fonds de la République Démocratique du Congo regroupés au sein des différents Clubs étaient prêts à laisser tomber une « élève » peu studieuse et indisciplinée. Un nouveau look Joint lundi par Le Phare, le gouverneur Masangu Mulongo a été formel, tranchant : « Il n'y aura pas de Blumenthal/bis à la BCC ». Et c'était partie pour un long éclairage sur ce qui se s'opère au sein de l'Institut d'Emission, où tout se passe comme dans une maison de verre parce déjà connu du personnel de la banque. Le malentendu qui semble à la base des rumeurs dont notre député national s'est fait l'écho, a pour source la décision de la Banque centrale du Congo de changer de look en se restructurant, en modifiant sa manière d'être et en optant pour une drastique cure d'amaigrissement. Le pouvoir vertical est clarifié avec la nomination par le Gouverneur de la BCC de deux directeurs généraux et une directrice du changement, cette dernière étant assistée d'un Conseiller général dont la désignation a été approuvée par la Banque centrale et qui va relever du Gouverneur.
Il en est de même des soucis d'efficacité et de performance qui se retrouvent automatiquement pris en charge par une chaîne de commandement ne posant aucun problème notamment en ce qui concerne la question de délégation des pouvoirs. A la faveur de cette restructuration, le Gouverneur peut désormais se consacrer à l'essentiel, c'est-à-dire se concentrer sur la politique gouvernementale et les relations avec les institutions financières à l'effet de moderniser de manière constante non seulement la BCC mais l'ensemble du système bancaire national. Afin d'éviter toute référence à Blumenthal, Jean-Claude Masangu a tenu à ce que le Conseiller qui assiste la directrice du changement soit Africain. Et de ce fait, il s'agit d'un Ivorien, qui répond au nom de Konan Bani. Les heureux nominés Ainsi donc, sur pied de l'Ordre de service n° 077/09, daté du 12 juin 2009, M. Kayembe wa Kayembe a été élevé au grade de Directeur Général en charge de la Politique Monétaire et des Opérations Bancaires, tandis que M. Muderhwa Igulu a été promu Directeur Général en charge de l'Administration et des Services Techniques.
S'agissant de l'Ordre de service n°078/09, signé aussi à la date du 12 juin 2009, il porte création de la Direction du Changement, avec comme responsable Mme Lebughe Nkobafili. Le tout premier objectif visé par cette restructuration est de favoriser une plus grande cohésion dans le travail. La délégation des pouvoirs du Gouverneur et du vice-Gouverneur pourra se faire sans le moindre couac. Chef d'orchestre de la superstructure, Jean-Claude Masangu est convaincu est qu'il fallait passer par là pour plus d'efficacité et de performance. Secundo, la restructuration vise une plus large responsabilisation des cadres, de façon à permettre au Gouverneur, comme souligné ci-dessus, de se focaliser davantage sur les questions de politique générale et des relations avec les institutions financières internationales. L'inévitable recapitalisation On ne peut parler de modernisation de la banque sans évoquer la lancinante question de sa recapitalisation.
Avec son éternel calme du chat assis, Jean Claude Masangu Mulongo a mis le doigt dans la plaie en insistant sur l'incontournabilité de l'opération. « Ce sera la phase suivante après celle de restructuration ». Le moment est venu pour mettre fin à certains comportements infalisant comme cette habitude de se présenter chaque année devant le Gouvernement pour solliciter des subventions d'équilibre. « Le schéma de recapitalisation, nous le faisons avec le gouvernement », a précisé Masangu Mulongo. Il devrait permettre à la Banque Centrale du Congo de disposer de moyens de sa politique. La recette n'est pas particulière à la BCC. Des institutions telles la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International fonctionnent aussi sous ce régime. Le discours des pays membres à leur endroit est du reste très simple : « nous mettons nos moyens à votre disposition, vous devez vous restructurer ».
L'affaire de 150 milliards FC Face à la rumeur maintenant relayée par des représentants du peuple et faisant état d'un « trou » de 150 milliards de Francs Congolais à la Banque Centrale du Congo, Jean-Claude Masangu a joué la carte de la transparence. « Il n' y a pas de trou du tout. Le problème est plutôt mal posé ». Et de préciser : il y a eu des engagements par rapport au plan de trésorerie. Pour environ 100 à 120 milliards de FC, ces engagements excédaient le fond de caisse. Cette situation a du reste fait l'objet de discussions avec les experts du Fonds Monétaire International et le malentendu a été dissipé. Il a été souhaité une plus grande coordination entre le gouvernement et la Banque Centrale du Congo dans l'ordonnancement des dépenses.
En tout état de cause, le problème a été résolu. On a décidé de nettoyer, de voir clair en gelant les dépenses, de manière à disposer d'un plan de trésorerie qui soit cohérent. Ce sont des choses à éviter à l'avenir car, en toute logique, le plan d'engagement des dépenses devrait correspondre au plan de trésorerie.

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