Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Le cri de coeur des «Shi»

Alors que le mot « viol » n'existe pas en langue mashi, les Bashi constituent la communauté la plus victimisée des actes abjects, méprisables et ignominieux que sont les barbaries sexuelles.

Telle est l'une des conclusions de la conférence sur les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants dans l'Est de la RDC qu'a organisée, hier lundi 16 novembre au Cepas/Gombe, l'association des Bashi de Kinshasa dénommée « Cinyabuguma ». Divers exposés ont, à cette occasion, alimenté les chaudes discussions sur les motivations et les conséquences de ce fléau. En premier lieu, Dr Denis Mukwege, médecin directeur de l'Hôpital Général de Référence/Panzi, a planché sur « le viol comme arme de guerre ». Pour lui, le viol utilisé par les groupes armés est plus une stratégie de guerre qu'une arme. A ce jour, environ 30.000 victimes ont été prises en charge à ce jour par son centre médical. 80% d'entre elles ont déclaré avoir été violées par les hommes armés parlant une langue étrangère, alors que 15% affirment que les violeurs parlaient une des langues locales.

Bien que chaque groupe ait son mode opératoire, tous visent cependant un seul intérêt : l'anéantissement physique et psychologique. « Ils pensent qu'il faut nuire en profondeur. Enfants, jeunes et vieilles, tous sont systématiquement violés dans le seul but d'installer la terreur et le traumatisme » a martelé le médecin. Conséquence de cette brutalité : déplacement de populations, réduction démographique, destruction du tissu économique et social, honte humiliante, insécurité permanente, etc. Comme pistes des solutions, Dr Mukwege recommande la prise en charge curative en restaurant les victimes et leurs communautés ; la prévention primordiale en travaillant pour la paix durable dans la région des Grands Lacs ; la prévention primaire en luttant contre les viols et violences de droit commun ainsi que contre le viol comme tactique de guerre. Abondant dans le même sens, le colonel Toussaint Muntazini a exposé lui sur la problématique de la lutte contre les violences sexuelles. Il a salué la volonté de l'Etat congolais de conjurer ce fléau par la mise en place d'un arsenal juridique.

Quant à l'exposé de Me Franck Mulenda, avocat près la CPI, il a porté sur les « Mécanismes des Tribunaux Pénaux Internationaux, la CPI et les chambres mixtes ». Cet avocat a détaillé les dispositions prises par ces instances pour assister les victimes et éventuellement réparer les délits. Dans la même optique, Bachu Marie-Jeanne a exposé sur la prise en charge des victimes. Enfin, directrice pays de l'Ong suisse « International Center for Migration Health and Development », Anne Judith Ndombasi a expliqué le bienfait du recours à une justice réparatrice dite « Transitionnelle » comme solution alternative et complémentaire à la justice pénale internationale. Soulignons que cette conférence de l'association « Cinyabuguma », actuellement présidée par Désiré Kashemwa Zirhayanibirhi, a été honorée par la présence du ministre de la Justice, Luzolo Bambi Lessa.


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