La Fondation allemande Konrad Adenauer, en partenariat avec l'Université papale grégorienne et le Centre européen de recherche stratégique, organise mercredi à Rome un séminaire consacré aux relations entre l'Afrique et l'Europe. Robert Dussey, le conseiller diplomatique du président du Togo, prendra la parole dans la journée sur le thème de la nouvelle société africaine des cultures.
Robert Dussey s'interroge. Quelle est la politique culturelle du continent? Pourquoi l'Afrique n'arrive t'elle pas à s'affirmer culturellement? Et dresse un constat: la période post-coloniale n'a pas été forcément porteuse d'un réel discours de renaissance de la pensée.
Voici le discours que prononcera Robert Dussey mercredi à Rome
Introduction
C'est avec un immense plaisir que je vous présente cette réflexion. Ma joie est profonde parce que le monde entier vient de célébrer le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Pendant 40 ans, le monde se réclamait d'un bloc ou d'un autre. L'Afrique était-elle aussi victime de cette division artificielle du monde occidental. De la vision de l'Afrique en général, c'est particulièrement la culture africaine qui en a souffert.
Quelle est la politique culturelle du continent? Pourquoi l'Afrique n'arrive t'elle pas à s'affirmer culturellement?
Plaider pour une nouvelle société africaine des cultures consiste à faire une évolution des différentes aires culturelles régionales et nationales.
S'agissant de la pensée et de la formation théorique, force est de reconnaître que, depuis la période pré-coloniale caractérisée par le refus et l'émergence des formations politiques et syndicales, la période post-coloniale n'a pas été forcément porteuse d'un réel discours de renaissance de la pensée.
Le leg historique
Depuis les indépendances, les courants de pensées se sont multipliés et distillés sous l'ombre de l'occident et du fameux camp socialiste. Ainsi, de nombreux théoriciens africains étaient véritablement les relais des deux blocs de l'ouest et de l'est. Les capitalistes et les socialistes se partagent le champ idéologique. Certains qui se réclamaient nationalistes forgèrent leurs discours en référence aux traditions et aux valeurs culturelles et religieuses. Malheureusement, après les indépendances, un vide théorique et idéologique s'est imposé faute de construction et de productions théoriques et idéologiques autonomes. Les intellectuels furent divisés entre Marxiste, ... etc. C'est dans cette ambiance de diversions théoriques et de dérives idéologiques que les mouvements politiques et syndicaux en Afrique se sont battus.
Au niveau de la pensée, à l'échelle mondiale, le néopositivisme et le positivisme se sont cristallisés. Au plan philosophique, la crise de la vérité aura un effet négatif sur la production de la connaissance et de l'élaboration du discours, ainsi la crise de l'épistémologie devenait une donnée nouvelle.
Cinquante ans après les indépendances
Le constat est le suivant:
• Crise culturelle des sociétés africaines,
• Une nouvelle épistémologie historique,
• Une relecture de l'histoire,
• Une critique culturelle,
• Elaboration de nouveaux parodigmes et d'un champ conceptuel,
• Définition et élaboration d'une nouvelle pensée africaine,
• Définir le nouveau type culturel, l'ordre "osirien" comme matrice de la centralité de la culture.
Nous avons l'impression que la pensée est restée dans les limites de l'ethnicisme critique. Léopold Sédar Senghor est demeuré le penseur ayant le mérite d'avoir élaboré et pensé la méthodologie de la négritude et du socialisme démocratique en Afrique. Wolé Soyinka, s'est distingué positivement comme étant un littéraire critique. Sauf à mon sens le "conscientisme" de Nkrumah, qui représentait une approche originale philosophique à valeur expérimentale.
Ainsi, il apparaît que la plupart des recherches fondées sur des sources de la pensée africaine, n'auront qu'un caractère de faire valoir ou pour se prévaloir. Certains auteurs ont affiché une attitude totale de méconnaissance de l'histoire, de la sociologie, disons une ignorance impardonnable de l'histoire culturelle et sociale des aires culturelles africaines.
Aujourd'hui, la position semble moins évoluer car la crise de la vérité corrélative à la crise de l'épistémologie, n'a pas été étudiée par la plupart des philosophes africains de manière à contribuer à la résoudre. Or il s'agit en fait de la recherche de la vérité scientifique et donc de penser l'impensé. Il faut dire que cet impensé est hélas enfoui, faute de courage et de volonté de créer ce courant d'intellectuels de métiers au dire de Théophile Obenga. Ce courant doit se constituer avec des artisans, de la révolution intellectuelle, se fondant sur l'histoire, la société, les hommes, les traditions, les valeurs, les symboles, les mythes etc.
Conclusion
Pour conclure, il convient de prendre en compte l'horizon historique de l'Afrique. Cette démarche renvoie à une exigence qui est celle de la recherche constante et rigoureuse.
Ainsi, la nouvelle politique culturelle africaine doit être: penser par soi-même, pour soi, l'aptitude de se forger un statut autonome, dans la connaissance et dans le savoir. La mise en ordre exige la révision systématique de tous les registres. Les Universités africaines doivent contribuer à l'élaboration d'une pensée et d'une pratique scientifique. Le moment est venu d'inviter à l'action et de susciter la réflexion. Créer des courants de pensée, régénérer l'homme africain, le rendre apte à corriger l'histoire et façonner son devenir, répondre aux défis, assumer son propre développement dans la paix par l'acquisition et la maîtrise du savoir scientifique, technique et technologique.
Le plaidoyer renvoie enfin à une veille intellectuelle, et une révolution intellectuelle, pour un réveil de conscience, en vue d'une véritable renaissance des Etats et Peuples Africains. Il faut enfin penser à la renaissance d'une nouvelle société africaine des cultures capables de redessiner le destin de l'Afrique.
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