« Tenir une conférence de presse dans un contexte politique tendu pour les membres de l'Armée relève d'un militantisme. La tenir dans l'enceinte d'un palais d'Etat, abritant les bureaux du président, chef de file d'une mouvance, démontre une coloration politique certaine. Elle suppose au moins une autorisation du maître de céans, au mieux une directive, ce qui induit les responsabilités de celui-ci dans une manoeuvre de politisation et de division des Forces armées, contrairement à l'esprit des assises militaires du mois de mai ».
Ivato. Cette riposte - car c'en est une - à la conférence de presse de la troupe des lieutenants-colonels Lylison et Charles, viennent du commandant Roger Luc et du capitaine Mbohoazy Lahinilainy. Le premier s'était distingué le 28 août 2009 à l'aéroport d'Ivato en tenant tête au commandant Charles (promu lieutenant-colonel depuis) qui voulait arrêter manu militari Manandafy Rakotonirina à son retour de Maputo II. Le capitaine Roger Luc (il avait ce grade à l'époque) était également présent à Ivato lors du retour au pays du général Rasolomahandry. Le lendemain, sa photo devait paraître à travers un communiqué qui se voulait être « un rappel et un avertissement aux politiciens de ne pas utiliser le nom de l'Armée dans des déclarations susceptibles de semer la division au sein de l'Armée ».
Directoire militaire. L'esprit de ce communiqué paru le 1er septembre 2009 est repris par le commandant Roger et le capitaine Mbohoazy Lahinilainy qui font remarquer qu' « il n'est pas difficile pour les autres mouvances de trouver neuf colonels et (ou) lieutenants-colonels parmi le millier que compte le pays afin de leur faire faire une conférence de presse. Le fait de ne pas procéder ainsi révèle une volonté ostentatoire d'apaisement politique et répond en même temps à l'aspiration d'une partie de l'Armée à se mettre en réserve de la chose politique ». Lançant à leur tour une mise en garde, les deux officiers d'ajouter qu' « il n'empêche que les politiciens ne disposent pas de toute une vie pour former le gouvernement. Les bruits de bottes remettent forcément à l'ordre du jour l'idée d'un directoire militaire ».
Fonctions régaliennes. En réponse aux lieutenants-colonels Lylison et Charles qui ont puisé dans le site de Wikipédia les 4 points des fonctions régaliennes dévolues à un Chef d'Etat, les deux jeunes officiers de souligner que « dans le cas d'espèce, faire du juridisme amènerait à installer en tant que président de la République jusqu'aux prochaines élections conformément à la Constitution, l'ancien président du Sénat ». Le commandant Roger Luc qui appartient au corps du 1er RFI et le capitaine Mbohoazy Lahinilainy - actuellement au pays - qui prépare son doctorat en sciences politiques en France, de faire savoir que « les fonctions régaliennes qui existent bel et bien se définissent comme étant les fonctions dans l'exercice, ne peuvent être déléguées par l'Etat et pour lequel il peut recourir à des moyens exorbitants du droit commun. Tout cela n'a rien à voir avec la tête du ministre qui gère le département ».
Cohabitation. Enfonçant le clou pour ne pas dire la baïonnette, les deux officiers de faire un tant soit peu du droit comparé pour dire que « partout dans le monde, une cohabitation implique un partage des ministères de souveraineté. Le cas échéant, il fallait garder toutes les institutions, réintégrer l'ancien PM et gérer de manière exclusive cette transition ».
Fauteuils. Faisant allusion au président de la transition, le commandant et le capitaine de rappeler que « pour une âme bien née, la valeur n'attend pas le nombre des années, mais le respect de la parole donnée est tout au moins une qualité primordiale pour un homme d'Etat ». Et de terminer leur communiqué en citant Jean-Jacques Rousseau qui disait: « Les tigres ne se déchirent que pour manger, mais nous nous sommes entretués pour des paragraphes ». Parodiant l'auteur de l'oeuvre «Du contrat social », Roger Luc et Mbohoazy Lahinilainy de déclarer: « Nous, Malgaches, nous nous entretuons pour des fauteuils, pour des symboles ». Les deux officiers seront sans doute plus explicites lors de la conférence de presse qu'ils tiendront demain à Antsirabe, dans le cadre de la célébration de l'anniversaire de la 20ème promotion de l'Acmil. Ombimanga de la 20ème, le commandant Roger Luc n'ira sans doute pas jusqu'à faire les cornes aux lieutenants-colonels Lylison et Charles.

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