La Presse (Tunis)

Tunisie: Transport aérien - Retarifications abusives

Pardonnez-nous, cher lecteur, car en lisant ces quelques mots, vous êtes déjà en train de vous laisser entraîner dans une jungle, celle des tarifs de billets d'avion... Rien de palpitant, reconnaissez-le ! C'est une histoire de changement de tarif, qui intervient entre un aller et un retour, et qui oblige le passager à subir une « retarification»- un concept, voyez-vous, qui sonne très sérieux, très honorable, mais qui, dans le fond, dissimule mal son caractère indiscutablement malhonnête.

L'affaire que nous allons évoquer ici n'a guère d'importance en elle-même, si ce n'est qu'elle révèle l'existence de pratiques étranges. En fait, une compagnie aérienne étrangère a introduit, depuis août dernier, une tarification nouvelle en ce qui concerne les enfants de moins de 12 ans non-accompagnés : en contrepartie de l'accompagnement de l'enfant à travers les services de police et de douane, il y a un supplément de deux fois 50 euros... oui, rien que cela ! A quoi s'ajoute la différence entre le tarif enfant et le tarif adulte. Car, dès lors qu'il n'est pas accompagné, l'enfant perd l'avantage du tarif enfant et se voit soumettre au tarif adulte. C'est en tout cas ce qui est expliqué par le service de cette compagnie.

On pourrait s'attendre à ce que cette mesure ne concerne que les passagers dont le billet a été acheté après la date de son introduction. Que, pour un billet acheté au printemps, en avril ou mai, dont l'aller se situe au début de l'été et le retour après le mois d'août, voire même dont l'aller et le retour se situent tous deux après le mois d'août, ce sont les tarifs du moment où l'achat du billet a été effectué qui sont retenus, donc les anciens. Or non seulement ce n'est pas le cas mais, de plus, il y a un effet rétroactif : il suffit que la date du retour se situe après le mois d'août pour qu'une retarification complète soit effectuée, aussi bien sur le retour que sur l'aller. Et tout cela au moment de l'embarquement, à quelques instants du décollage.

On imagine la contrariété du client qui apprend la nouvelle à ce moment précis : il est pris de court, tenu de payer au pied levé pour un tarif qu'on vient de lui annoncer et dont la différence avec l'ancien varie selon la destination, mais qui est de l'ordre de 300 DT en direction d'une ville comme Lyon, à titre d'exemple. On imagine aussi le cas où, pour une raison ou une autre, une telle somme ne se trouve pas en poche, sous quelque forme que ce soit.

Est-ce parce que les responsables de cette compagnie sont plus ou moins conscients du côté assez abusif et, de plus, anti-compétitif de cette mesure que certaines agences de voyage l'ignorent totalement ? On ne saurait le dire. Ce qui est sûr, cependant, c'est que des agences l'ignorent bel et bien. C'est tellement vrai que l'une d'entre elles a continué de vendre des billets pour le compte de cette compagnie avec l'ancien tarif, alors qu'on était déjà au mois d'octobre : «Vous comprenez bien que ce n'est pas dans notre intérêt de vendre moins cher. Nous n'avions aucune raison de cacher cette information à notre client».

La compagnie assure de son côté qu'elle informe les agences en leur envoyant des notes tarifaires à chaque fois qu'il y a des modifications. Mais l'agence ne confirme pas : «Nous n'avons rien reçu. Si la compagnie a envoyé une note tarifaire comme elle le prétend, qu'elle le prouve: il doit bien y avoir une trace...»

Qui croire ? Qui est responsable de la rupture dans la courroie de transmission de l'information, l'expéditeur ou le destinataire ? Et du fait, par conséquent, que le client se trouve privé d'un élément essentiel pour effectuer son choix en pleine connaissance de cause?

Bien difficile d'apporter ici la moindre réponse. Mais la pratique des tarifs rétroactifs, qui jure avec les bases les plus élémentaires en matière de respect du libre choix du client, constitue sans doute un élément à charge qu'on ne saurait ignorer.


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