« Je me suis exprimé dans les différents médias pourtant les gens continuent de dire que je suis mort !»
Depuis quelques temps, les rumeurs font état du décès du chef traditionnel, dah Aligbonon kpotchéhla. A la base de cette information, les révélations d'une nouvelle divinité à Agonli . Approché, l'intéressé a donné ses impressions sur ces rumeurs qui courent sur sa personne. Il en a profité pour s'exprimer sur la gestion du cadre de concertation des religions traditionnelles, les mauvaises intentions prêtées à certaines pratiques malveillantes et les préparatifs de la fête du vodoun.
Les rumeurs courent dans la ville sur votre disparition?
C'est un sentiment de joie. Je viens de constater que je suis un événement. Depuis qu'on parlait de mon départ pour l'au-delà, il y a beaucoup qui sont décédés dont on ne parle pas. Mais, je suis en vie, je me suis exprimé dans les différents médias pourtant les gens continuent de dire que je suis mort. Ce qui veut dire que beaucoup seraient contents de ma mort. Ce qui est normal, et il y a aussi beaucoup qui pleurent ma mort. Lorsque tu constates que tu es un événement, tu n'es plus surpris. Je pense que mes enfants vont réfléchir en sachant que si l'événement vient, ils vont dépenser beaucoup d'argent pour recevoir tout ce monde.
Moi, ça ne me gêne pas. Il paraît qu'il y a un nouveau Dieu à Agonli qui fait des révélations. C'est lui qui a dit que je suis parti et d'autres ont dit que je suis devenu aveugle, voire paralysé. Tout cela ne me gène en rien. Ce qui est important, c'est que je sais maintenant que je suis un événement. Il faut savoir que ce n'est pas grâce à ma volonté que je suis encore en vie. Je n'y pense même pas. Je dors correctement. Si l'heure arrive, l'homme n'y peut rien. J'ai rencontré le ministre Ahanhanzo, j'ai eu quelques temps d'antenne, mais je n'ai pas évoqué cette situation. Il faut laisser les gens parler, c'est la démocratie.
Au sujet du cadre de concertation des confessions religieuses, que pensez-vous de son mode de fonctionnement ?
C'est une très bonne initiative. J'apprécie cette initiative du Chef de l'Etat, Boni Yayi. Je ne parle pas de la gestion que nous sommes en train de faire de ce cadre de concertation. C'est louable que ce soit celui qui est pasteur, qui a pensé à toutes les religions qui se sont regroupées au sein de ce cadre de concertation. Je veux seulement rester dans ce cadre pour apprécier le gouvernement. L'homme étant toujours l'homme, il faut toujours compter sur le comportement des hommes.
Sincèrement, on gère très mal. Mais, est-ce la faute du gouvernement ?
Je n'aime pas critiquer, je suis positif. Le Chef de l'Etat a quand même de belles idées, malheureusement, les gens qui doivent les appliquer ne sont pas prêts.
Le week-end passé, les confessions religieuses ont reçu des chèques du gouvernement. Au niveau de la religion traditionnelle, comment comptez-vous gérer cette manne pour éviter des mécontents ?
L'année passée, c'est moi qui, avais eu les 100 millions de F Cfa. Est-ce que vous avez appris un problème sur la distribution ? Je ne partage pas des petits lots. C'est en le faisant qu'on a souvent de petits problèmes. C'est clair. Atacora a eu sa part, Ouémé-Plateau a eu 14 millions de F Cfa. Tous les départements ont eu leur part. Ce sont les gens qui ont géré les départements qui ont eu de problèmes. Cette année, on a donné de chèque blanc d'abord, mais la liquidité n'est pas encore prête. C'est lorsque l'argent sera prêt qu'on décidera du partage. Mais je ne crois pas qu'il y aura autre forme de partage cette année. Il semble que les gens attendent de voir clair dans la gestion de l'année dernière. Il n'y a pas grand problème à ce niveau à ma connaissance. «Normalement, un chef religieux doit être une référence, un repère»
L'intervention d'une confession religieuse sur Capp Fm a conduit à la suspension de la chaîne. Pensez-vous que la religion doit interférer en politique ?
Normalement, un chef religieux doit être une référence, un repère. Lorsqu'il commence par insulter que pouvons-nous avoir comme repère que ce soit en religion traditionnelle, musulmane ou judéochrétienne ? Le comportement doit être un modèle. Je n'ai pas de mots pour les apprécier. Mais il paraît que dans ces groupes, il y a des catégories très impolies, de cas exceptionnels. Je ne sais pas, si c'est le cas de celui qui a causé la suspension de la radio. Ce qui est certain, on retrouve dans ces groupes, des comportements qu'on croyait n'être que le fait de la religion traditionnelle. Maintenant, la religion qui se réclame de la famille de Dieu, comme si les autres n'ont pas de Dieu, qui se comporte de la sorte et a besoin d'être canalisée. Il revient à leur chef de les réunir et les moraliser un peu. Je demande à la Haac de revoir sa décision, car la radio, c'est pour tout le monde. Je ne veux pas dire que la Haac a mal fait son travail, parce que ce n'est pas mon domaine. Chacun a son domaine de compétence. Nous ne pouvons que demander la clémence. «Je demande à la Haac de revoir sa décision, car la radio, c'est pour tout le monde»
Des individus ont été appréhendés, la fois passée, en train de profaner des tombes. Semble-t-il que les ossements servent à faire des cérémonies. Cette pratique, ne jette-t-elle pas de l'opprobre sur la religion traditionnelle ?
Non, ce n'est pas la religion traditionnelle. Tout le monde le fait, que ce soient les autres religions. Le reste, c'est de l'hypocrisie. Le mauvais est toujours mauvais, même s'il est né dans la religion moderne, il est né mauvais et il restera mauvais. Lorsque quelque chose arrive comme cela, on l'attribue rapidement à la religion traditionnelle et l'on commence à la salir. Celui qui l'a fait, est de quel culte ? Pourquoi on dit que c'est la religion traditionnelle ?
Peut-être que c'est un fidèle?
Non, il n'est pas fidèle. S'il est un fidèle de culte, il ne peut même pas aller vers les tombes, parce que c'est interdit pour un fidèle d'aller sur les tombes, de ne pas récupérer les restes humains. Lorsqu'on va au cimetière, il y a des cérémonies. Même si, c'est ta propre mère qui est décédée, après les funérailles, il y a des rituels de purification qu'il faut faire. Un fidèle pur ne peut adopter une telle pratique. Si l'homme est mauvais, il faut le reconnaitre. Que ce soit dans la croyance chrétienne ou traditionnelle, il y a des mauvais partout. Il est inutile de taxer la religion traditionnelle de tous les maux. Les criminels et les faux se retrouvent aussi dans les autres religions. Ce sont ceux-là qui ont appris la parole mieuilleuse pour escroquer. Donc, c'est une mauvaise chose. Mais dire que c'est la tradition, c'est faux. «Il faut qu'on pense à la réhabilitation des couvents»
Comment préparez-vous la fête du 10 janvier ?
Je ne peux pas dire que nous avons commencé à la préparer. Nous gérons pour l'instant, nos différents. Mais, au niveau de l'état major, nous avons prévu que la fête soit célébrée cette fois à Tchaourou. Ce qui permettra aux deux nord de bénéficier de cette année de la fête avant qu'elle ne revienne au sud. Dans ce sens, nous avons envoyé un devis à l'Etat qui ne s'est pas encore prononcé. Nous avons déjà mis un comité local sur pied afin que lorsque l'argent sera disponible, il soit mieux géré. Ce que j'ai fait et signé de ma main. Il n'y aura pas un bureau directeur qui prendra la part du lion dans l'argent qui sera débloqué pour la fête. J'ai suggéré qu'une part soit réservée pour la surveillance et les démarches, le reste sera confié au président du comité local.
Moi, je veux avoir la paix. Faire la fête au bord de la voie, me faire rire. Il faut qu'on pense à la réhabilitation des couvents dans lesquels, nous pouvons fêter comme les autres religions. Avez-vous jamais vu les catholiques fêter en érigeant des bâches dans les quartiers ? Il fête toujours au sein de leurs églises. Je suis en train de constater que les chefs traditionnels manquent d'interlocuteurs valables. Pour tout ce Bénin, on nous donne 15 millions de F Cfa pour fêter le 10 janvier qui amène beaucoup de devises dans le pays. Les touristes et autres étrangers arrivent au Bénin, à l'occasion de cette fête. Si, ce sont les musulmans qui veulent voyager, ils bénéficient à partir de 500 ou 800 millions de F Cfa. Ce n'est pas que je suis contre les musulmans. Mieux, les chefs traditionnels ne peuvent pas se réunir et avoir une position commune, ils préfèrent faire la guerre de leadership. C'est pour cette raison que je me retire totalement pour rester le médiateur naturel traditionnel. Car, celui qui veut trancher, ne doit pas prendre partie. Ce qui m'impose d'être neutre dans tout.
Nous sommes à l'approche des fêtes de fin d'année, quels conseils pouvez-vous donner aux Béninois ?
La politique a divisé beaucoup de choses. Il suffit d'être dans un parti politique pour imposer sa loi. Moi, je nous demande seulement de réfléchir au sein de la religion traditionnelle pour voir si nous sommes reconnus. Comment nous nous gérons ? Nous gérons mal les ressources humaines et même tout. Ce n'est pas la faute du gouvernement. Je ne sais pas quels conseils donnés. Le cerveau est verrouillé par le colonisateur. Même si tu commences par lui donner de bons conseils, il devient ton ami. D'ici peu, je vais commencer par regrouper les gens afin de récupérer les laissés pour compte, ceci pour la formation d'un bon conseil national du culte vodoun. Et je vais rester en dehors, car j'ai beaucoup de choses à faire. Il ne me plait plus de rester dans un groupe où il y a trop de problèmes.
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