Le consultant en matière de sécurité et problèmes transfrontaliers auprès de la Ceeac décrypte les contours de l'environnement Tchado-Camerounais.
Quelles sont les problèmes de sécurité qu'on rencontre entre les Cameroun et le Tchad ?
Les problèmes de sécurité entre le Cameroun et le Tchad sont légion. Mais la question la plus préoccupante semble être l'une des questions centrales de cette réunion de la commission mixte permanente de sécurité et notamment la question du grand banditisme transfrontalier. Or, la notion de grand banditisme elle-même est tellement vaste qu'elle est englobante. Elle est un élément de la criminalité transfrontalière. Mais, le grand banditisme lui-même est polysémique.
Il y a évidement la question des coupeurs de route qui semble faire partie du paysage depuis au moins deux décennies au point de devenir anodin, mais dangereusement anodin. Puisque depuis au moins cinq ans on est passé à une autre étape du phénomène des coupeurs de route. En ce sens qu'en plus de ceux qui barrent la route, on y a ajouté les preneurs d'otages le long de la frontière orientale du Cameroun et dans des zones comme le Mayo-Kani et le Mbéré.
Au-delà, se constitue et semble se proliférer des phénomènes militaro-criminels. Car, vous avez des groupes qui semblent officiellement faire de la politique en ce sens qu'ils s'opposent à des gouvernements en place dans des pays voisins. Mais dans le même temps, ils perpètrent des actes résolument criminels dans le sens de ce qu'on a coutume d'appeler le banditisme militaire. Non pas qu'il s'agisse d'un banditisme perpétré par des militaires, mais par des hommes en tenue dans une région où tous ceux qui portent la tenue ne sont pas nécessairement militaires.
Ces problèmes peuvent-ils être résolus dans une démarche bilatérale ?
Je pense qu'il y a nécessairement un besoin de combinaisons de l'approche bilatérale et multilatérale. La première démarche est nécessairement bilatérale. Mais celle là est double. Parce que vous avez le bilatéral local et le bilatéral inter-national. Bilatéralisme local en ce sens que les autorités frontalières (traditionnelles, administratives et militaires) ont depuis toujours coopérer dans le sens de la répression de la transmigration des criminels, du banditisme frontalier. Mais entre les Etats, le problème se pose beaucoup plus au niveau du fait que, parfois les actions conjointes au niveau des frontières bute aussi au niveau de l'absence de politiques au niveau national ; des politiques de coopération frontalière en matière de sécurité. Notamment pour ce qui concerne des questions aussi urgentes que le droit de poursuite. Et lorsque deux Etats prennent conscience des difficultés à gérer la transmigration des criminels, menaces contre la paix et la sécurité, on peut dire que c'est le principal pas à sauter pour qu'on puisse trouver une solution durable.
Mais une fois qu'au niveau bilatéral il y a des bases sereines de coopération, on peut aller à l'échelon multilatéral. Ce multilatéralisme englobe ici le cadre de la Cemac, mais bien plus la Ceeac. Une Ceeac qui dans le cadre de la mise en oeuvre du programme frontière de l'Union africaine a fait de la sécurité dans les zones frontalières, un des éléments clés de son programme. En occurrence, il faut dire que le Cameroun tout comme le Tchad, en tant que parties prenantes du Copax (Le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Afrique centrale) et de la Fomac (force militaire de l'Afrique centrale) ont démontré qu'ils ne négligent pas cette dimension transfrontalière. Car, il est difficile dans le cadre de la frontière Tchad-Cameroun de parvenir à une résolution efficiente des problèmes qui se posent, si on n'intègre pas la République centrafricaine.
Entre le Cameroun et la Rca, il y a eu la rencontre de Bertoua de 2005 qui a démontré pour la 1ère fois, le souci des deux Etats d'aller au-delà du problème de la simple gestion des problèmes frontaliers pour rechercher des solutions durables. Et on a vu les effets avec notamment les manoeuvres conjointes qui ont été faites. Par exemple, lorsqu'il a fallu libérer les otages de Toktoyo. Donc, le long de la frontière orientale du Cameroun, il y a une dimension de solution bilatérale, mais il y a une dimension multilatérale. Compte tenu tout au moins, de la trilogie Tchad-Cameroun-Rca, dans ce qu'on a coutume d'appeler la ceinture des coupeurs de route ou le triangle de la mort. Mais qui ne concerne pas que les coupeurs de route, mais aussi les preneurs d'otages, les confédérations militaro-criminelles qui se sont mises en places, tout cet entrepreneuriat de l'insécurité qui s'est installé dans cette zone. Rien donc de ce qui aura été décidé à Maroua ne pourra atteindre ses objectifs finaux, si d'autres parties notamment les populations, n'interviennent pas.

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