Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Jean Miot - L'écran sauvera l'écrit

Le président de la section française de l'Upf pense qu'internet ne tuera pas les autres médias, dans la thématique «internet et management des médias», développée ce jour.

Qu'entendez-vous par management des médias?

C'est de savoir si on peut rentabiliser une entreprise de presse. Jusqu'à présent, dans l'histoire de la communication, il y a eu deux révolutions extraordinaires. La première, c'était Gutenberg et la seconde est internet. Il s'agit d'ailleurs d'une révolution prodigieuse, qui bouleverse complètement le monde, la société et toute la planète. Qui bouleverse également toute la presse. La question qu'on doit se poser : est-ce que demain on lira encore la presse sur du papier ? A cela j'ai une réponse formelle. Oui, parce qu'on ne pourra jamais se contenter d'une information brute, immédiate souvent non vérifiée, d'où le thème de nos travaux. Le citoyen ne saurait se contenter d'une information aussi brève, aussi sèche. Il a besoin de commentaire et d'analyse. C'est à ce niveau que j'ai un théorème, qui dit que l'écran sauvera l'écrit.

Quand vous dites que l'écran sauvera l'écrit, comment cela se manifestera-t-il?

Le sauvetage ne sera possible qu'à conditions que les journaux, qui vont également produire l'information sur le web, ne s'amusent pas à y produire ce qu'ils ont fait sur le papier. Car à ce moment là, le lecteur n'ira pas acheter son journal. Il ira directement et gratuitement sur le net. Personne n'accepte de payer pour aller lire son journal sur internet. En effet, la tare d'internet, c'est la gratuité. On le voit bien, les grands éditeurs aux Etats-Unis essayent de faire payer les internautes pour aller lire leur journal. C'est extrêmement difficile. Seuls quelques grands journaux, très spécifiques, comme le Financial Times, qui donnent vraiment une valeur ajoutée extrême, forçant le lecteur à aller lire la version web.

A ce moment, s'il faut faire la différence entre l'édition en ligne et l'édition classique, il y aura forcément des coûts financiers conséquents ?

Le journaliste aujourd'hui est forcément un journaliste pluri média. Jusqu'à présent, on était attaché à un titre, une radio ou une télévision. Or, en ce moment, même les télévisions produisent de l'écrit, du texte. Ca veut dire que notre métier est totalement bouleversé par ce phénomène d'internet. A partir du moment où le journaliste est plurimédia, ce qu'il produira, il le fera sur le papier. Et les autres informations, qu'il n'aura pas exploitées sur le même sujet, seront mises en ligne. Il existe les blogs. Maintenant, chaque journaliste a son blog avec le nom du journal attaché. Que font-ils dans ce blog ? Les internautes vont lire, ce qu'ils n'ont pas eu la place de mettre mis sur le papier. Car, il y a des limites sur le papier. Or, sur le bloçg, il sera possible de développer, de faire de nouvelles informations et de renvoyer même à d'autres liens. Alors que le rôle du papier sera d'apporter l'analyse, l'explication profonde, le commentaire.

Faut-il donc mobiliser beaucoup plus de fonds dans la gestion des médias en intégrant internet?

La difficulté, c'est que l'équilibre économique du support web n'existe pas encore, parce que la publicité est très faible. Donc, il va falloir le trouver. Et là, on le voit bien, même dans les plus grands groupes, on en est aux balbutiements. Le drame c'est qu'à la crise structurelle que vit la presse partout dans le monde s'ajoute aujourd'hui la crise conjoncturelle, qui fait que dans le monde industrielle, on vous licencie à tour de bras, on supprime des postes. C'est ça le problème du management de la presse. Comment trouver l'équilibre ? Un journal comme le figaro a 17% de son chiffre d'affaires représenté par internet. C'est énorme. Or, ces 17% sont totalement déficitaires. Il n'y a pas encore les recettes de publicité. Ca va venir, petit à petit. Avec la publicité, ce sera des liens de services qui permettront d'alimenter et de soutenir économiquement ce nouveau support qu'est le web.


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