Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Jean-Daniel Bécache - Un réalisateur enfièvré

Ingénieur du son français, il a réalisé quatre films documentaires sur le Cameroun.

Dans l'avion qui le mène au Cameroun en 2000, Jean Daniel Bécache profite du paysage bleu azur que lui offrent les hublots. Il rêve des sites exotiques qu'il compte visiter en mettant pied à terre. Il rêve de tout, sauf de caméra. Mais lorsqu'il foule le sol camerounais, côtoie ses habitants, sillonne ses beaux quartiers et bidonvilles, l'envie lui prend de filmer. Il cherche alors des prétextes pour parler de cette Afrique en miniature, d'une humanité entêtante qui se refuse à ployer sous le lourd fardeau de la pauvreté. Des prétextes, «Jidibi» en trouve, puisqu'il y en a. Sur les sols pas droits de Douala et Yaoundé. Sur les toits défraîchis de Bépanda et d'Etoa Meki. «Il y a ici, quelque chose qui a le chic pour animer littéralement ma caméra et mon stylo», déclare Jean Daniel Bécache. Loin de chercher la raison de cette frénésie, le réalisateur filme des scènes de vie à la camerounaise, ou des scènes de vie camerouno-chinoises.

Il s'émerveille, en effet, de ce qui, pour nous, relève de l'ordinaire. De la passion d'un jeune camerounais pour le cinéma, dans un environnement où cet art reste un vocable. De sa rencontre amicale avec Eddy, naît un court métrage de 27 minutes : «Eddy cinéaste premier». Jean Daniel croit en avoir finit avec le Cameroun. Mais c'est sans compter sur sa caméra, qui s'agite, s'anime, se refuse à ignorer des problématiques existentielles, qui ne demandent qu'à être mises en lumière. Alors Jdb se ravise à tourner. A aller à la rencontre de ces Européens qui vivent ici dans la pauvreté et la misère et qu'une expression camerounaise qualifie de «faux blancs». C'est le titre de son second bébé made in Cameroon. «Faux blancs» sort en 2004, puis «Au nom de Jésus». L'auteur se refuse à découdre avec le pays de Roger Milla. Une histoire d'amour en est la raison, en fait.

«A travers ma femme, j'ai aimé l'Afrique», explique-t-il. «Mon ex-femme» devrait-il dire. Ah, Béatrice la Camerounaise ! Mais passons à une autre histoire. Celle des «Chinois au Cameroun comme s'il en pleuvait». Des Chinoises vendeuses de beignets, Jdb en a vues au Cameroun. C'est le déclic du tournage de «Fièvre jaune», sortie en 2009 et projeté à Douala le 07 octobre dernier, dans la salle de spectacle du Centre culturel Blaise Cendrars. Le réalisateur y met un peu de poésie en voix off. Des rimes mélodieuses qui contrastent avec la force des images. Des clichés à la fois poignants et saisissants d'un pays-estomac. Qui avale tout, ne rejette rien. S'adapte sans frémir. «Mon Cameroun, c'est la joie dans le chaos», lance Jdb.

Ingénieur du son diplômé de l'Ecole nationale supérieure de Louis lumière, le premier amour de Jean Daniel Bécache est la musique. L'une des raisons qui le mène d'ailleurs au Cameroun, c'est la rénovation du studio de production «Dobel» à Douala. Il est par ailleurs amateur de chant lyrique (il est contre-ténor). Il est piqué par le virus de la réalisation en fréquentant de nombreux plateaux de tournage dans plusieurs pays d'Europe. Ses compétences dans ce domaine s'affinent ainsi auprès des réalisateurs de séries télévisées, de longs métrages et de documentaires. Et, depuis qu'il a fait l'expérience de l'image, il n'a plus raccroché la caméra, ni la perche. Il vit aisément ses dualités. Le son et l'image. La France et le Cameroun. Ses meilleurs amis sont ici. Et plutôt nombreux. Il en a perdu quelques-uns aussi. Ici, dans son second pays.


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