La Presse (Tunis)

Tunisie: Les enfants perdus de la compagnie R.I.P.O.S.T.E (France)

« Le son de l'image et l'image du son »

Les enfants perdus, une pièce signée la compagnie française R.I.P.O.S.T.E (Réaction Inspirée par les Propos Outrageux et Sécuritaires Théorisés chez l'Elite) créée en 2005 par D' de Kabal, a rencontré le public tunisien, lundi dernier, au centre culturel Houssine-Bouzaiane.

D' de Kabal, précurseur de rap en France au début des années 90, poète, slameur, rappeur et metteur en scène, signe le texte de cette pièce et partage sa mise en scène avec Farid Bakri, danseur de rue autodidacte, amateur d'arts martiaux. Ce dernier se forme d'abord dans de diverses techniques de danse (classique, jazz, africaine ). En 1993, il effectue un stage sur les danses hip-hop en relation avec les arts du cirque et la danse contemporaine. Il est aujourd'hui reconnu comme l'un des pionniers de la danse hip-hop en France.

Nombreux étaient ceux qui sont venus écouter le récit de «Quart de portion» comme on l'appelle dans son quartier. «On n'a jamais eu d'abonnement, c'est comme si au départ on avait reçu une carte d'échec», c'est en ces termes qu'il commence son discours poético-urbain. Il parle de ghetto, de «la partie sale et cachée de la douce France» et surtout de la culture du hip-hop, une musique, un état d'esprit, une manière de vivre, une philosophie, celle des «paysans de l'asphalte». Sur scène un D.J envoie le son vite récupéré par deux jeunes danseurs, Olivier Lefrançois et Johnny Martinago, et ce sont des tableaux dansés aux lignes onduleuses et aux déambulations parlées.

Les enfants perdus alliant poésie, danse et musique nous envoie vers les débuts du rap, sa genèse. On redécouvre avec lui, le breakdance, le djing, le graff. Les mots se corsent progressivement, se précisent, deviennent outils et matériaux de jeux. «On est né dans la (sou)ffrance» crie l'orateur, et les danseurs lui répondent par des mouvements convulsifs comme sous l'emprise d'un choc électrique. Cette évolution des mots se fait au même rythme que la libération bruyante des chaises, car le public, qui s'est rué au début vers ce spectacle, semblait regretter d'être venu. Pas trop sensibles à la plaidoirie du jeune «Quart de portion» ou à la culture hip-hop ?

«Imagine des façades se réveillant toutes maquillées Imagine des femmes délaissées que des fous décident de leur redonner leur beauté », déclame l'orateur en parlant du graff et du rap qui enlèvent un peu de la froideur de l'asphalte et du béton «Les murs se causent entre eux se plaignent pour qu'on les peigne», ces murs qui se fissurent, craquent, se plient, se ploient, métaphore des quartiers marginalisés de la France, de cette part maudite de la «cité». Le rappeur reprend, dans ce même sens, avec un jeu de mots qui fait la subtilité de son slam: «Les murs murent- les murmures ».

Le rideau se ferme sur un rap à la poésie effrénée et intense : «Les mots peuvent être des couleurs, des déambulations, des sons même les mots les plus sales peuvent être recrachés par la poésie »


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