Dakar — Au lendemain de la qualification au Mondial 2010 de l'Algérie aux dépens de l'Egypte à l'issue d'un poignant match de barrage disputé au Soudan, la lecture de l'ouvrage du journaliste français Michel Nait-Challal permet de se rendre compte que les actuels coéquipiers de Rafik Saifi sont les héritiers d'une formation née dans la douleur et l'affirmation de l'identité nationale.
En effet, les Fennecs d'aujourd'hui sont le processus d'un enfantement débuté à la fin des années 1950 et que relate avec force détails l'ouvrage intitulé "Dribbleurs de l'indépendance, l'incroyable histoires de l'équipe de football du FLN algérien".
Pour l'auteur dont l'ouvrage est paru en 2008 aux éditions Prolongations, les performances sportives de cette formation à l'acronyme tirée d'un mouvement indépendantiste ont fait que les Européens sont parvenus à s'intéresser à l'Algérie et à le "situer sur le globe terrestre".
Le talents de ses footballeurs ont permis également de ne rien " ignorer sur la lutte " pour l'indépendance de l'Algérie, ajoute Michel Nait-Challal.
Il écrit à sujet : "Tous les pays traversés garderont un souvenir rare de cette troupe spectaculaire et courageuse. Désormais, une grande partie de l'Europe peut situer l'Algérie sur le globe terrestre. Mieux, elle n'ignore plus rien de sa lutte pour l'indépendance".
Tout commence, relève-t-il, quand en avril 1958, le sociétaire de Saint Etienne Rachid Mekhloufi considéré à l'époque comme l'un des meilleurs footballeurs français, quitte en catimini la France avec cinq autres joueurs (Mokhtar Aribi, Hamid Kermali, Ben Toufir Zitouni Boubekeur et Bekhloufi) pour rejoindre l'équipe nationale du FLN. Basée à Tunis, la première sélection algérienne avait pour mission d'être "l'ambassadrice de la cause indépendantiste" défendue par le FLN.
"Le rôle de cette équipe, outre le fait que la recette de ses matches sera versée dans les caisses du FLN, sera de porter les coureurs de l'Algérie", note le journaliste-écrivain.
Mais cette tache ne sera pas facile. En effet, la FIFA, sur demande de la Fédération française de football (FFF), menace de sanctionner les pays qui disputeront des matches amicaux avec les coéquipiers de Rachid Mekhloufi.
La Confédération africaine (CAF), créée en 1957, sous l'impulsion de l'Egypte, l'Afrique du Sud, le Soudan et l'Ethiopie, suit à la lettre les instructions de la FIFA.
L'autre raison expliquant l'attitude de la CAF résidait, selon le journaliste français, dans le fait qu'un match contre la belle machine à jouer de l'équipe du FLN risquait de "remettre en cause la suprématie de l'Egypte sur le football africain".
L'équipe nationale d'Egypte qui régnait en maître sur le continent avait remporté la première Coupe d'Afrique des nations (CAN) disputée au Soudan à Khartoum en 1957.
"Dans cette période de nationalisme exacerbé, écrit Michel Nait-Challal, une défaite face à l'Algérie une formation de va-nu-pieds, sans reconnaissance officielle serait du pire effet".
Qu'à cela ne tienne, l'équipe sur FLN se tourne vers l'Europe de l'Est et entame sa saga par une victoire de 4 à 1 sur le club croate de NK Rijeka, le 12 mars 1961. Après une défaite (3-0) contre Zagreb et un match nul contre (1-1) en Slovénie, ils pulvérisent 9 à 0 la formation bosniaque de Tuzla avant d'étonner le monde en atomisant 6 à 1 la Yougoslavie du grand Sekularak.
Au total, les "Diamants bruns", appellation à l'époque des footballeurs algériens, ont disputé de 1958 à 1962, 83 rencontres pour 57 victoires contre 14 matchs nuls et 12 défaites.
Entre autres adversaires, ils ont rencontré et battu à huit reprises le Maroc, en ont fait autant contre la Tunisie rencontrée à six reprises, battu la Bulgarie quatre fois pour neuf rencontres disputées, terrassé la Hongrie trois fois pour six rencontres disputées, battu deux fois l'URSS en cinq rencontres et pris le dessus à six reprises sur la Tchécoslovaquie en huit rencontres jouées.
Plus de cinquante ans après, la rivalité footballistique entre l'Algérie et l'Egypte n'a rien perdu de sa virulence, à l'image des incidents ayant précédé le match retour du Caire comptant pour les éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) et du Mondial.
En conclusion, note l'auteur, "l'équipe (la sélection algérienne) a effectué des progrès considérables. Elle a démontré qu'elle se situait au niveau des meilleures formations européennes du moment. Le niveau de ses performances la place assurément au sommet du football africain".
Une thèse confortée par la qualification au Mondial 2010 décrochée de haute lutte mercredi au Soudan par les Fennecs face à leurs éternels rivaux, les Pharaons d'Egypte.
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