Le recasement, une autre pratique interdite par les textes, gêne considérablement les établissements d'enseignement privé.
Cette pratique semble revenue en force et ainsi de plus en plus de principaux et de proviseurs recasent massivement des élèves exclus du public ou qui fréquentaient le privé.
Le recasement consiste à inscrire irrégulièrement un élève dans une école publique, la voie légale étant l'admission à un concours d'entrée (en 6e ou examens spéciaux pour les autres niveaux). Il a longtemps annihilé les efforts de l'Etat pour améliorer la qualité du travail dans le public. Tout le monde s'est plaint des conditions pénibles créées par des effectifs pléthoriques dans les classes. Il appartient donc aux autorités académiques de veiller avec rigueur pour mettre fin à cette pratique nuisible à tout point de vue.
Il constitue une injustice flagrante, car tous les élèves n'en bénéficient pas. Si certains chefs d'établissement ne le pratiquent pas, d'autres le font sans aucune gêne. Souvent par faiblesse devant les nombreux 'cas' posés par des collègues ou des parents. Il peut arriver aussi - il faut hélas le déplorer - qu'on le fasse pour de l'argent ! Mais le recasement peut se faire sous plusieurs formes : inscription directe sur les listes, transferts fictifs d'élèves exclus du public ou venus du privé, concours d'entrée bidon, non autorisés par la tutelle et servant uniquement de prétexte pour régulariser des recasés.
C'est le comble quand ce concours est ouvert à des élèves provenant de structures non reconnues, illégales Avec toutes ces pratiques, notre système éducatif va de plus en plus à la dérive ! Les grands perdants, ce sont les enfants et leurs parents comme les voyageurs qui empruntent pour voyager des véhicules peu surs et dont les conducteurs sont soit sans pièces en règle, ou ne savent même pas bien conduire ! Il faut mettre fin à ce bricolage dans un secteur aussi vital et stratégique que l'éducation de nos enfants. Le premier concerné est l'Etat à tous les échelons de la hiérarchie. Ce ne sera pas facile, mais il faut le faire, avec une véritable volonté administrative.
Cette lutte concerne aussi les responsables des véritables établissements d'enseignement privé. A la fois pour la concurrence déloyale et aussi par principe pour le règne de l'Etat de droit, qui est la garantie la plus sûre dans une république. Ce combat est aussi celui des enseignants de bonne foi qui, à l'époque où naissaient les véritables Acap, dispensaient gratuitement et en cours du soir des enseignements pour aider des candidats en classe d'examen. Ces derniers contribuaient modestement pour l'achat de la craie et du petit matériel pédagogique.
Cette contribution ne manquera pas de déranger, car il y a des intérêts en jeu. Mais ceux qui me connaissent, ne seront pas surpris. Au-delà de la sauvegarde de mes intérêts de déclarant responsable et directeur d'une école privée, il y a les préoccupations supérieures d'un militant convaincu et engagé pour la cause d'un système éducatif de qualité qui est la voie la plus sûre pour voir enfin un Sénégal véritablement émergent. Après plus de 40 ans dans l'enseignement, je continue encore à dispenser des cours et ai tissé avec beaucoup de jeunes enseignants des rapports de qualité. J'échange sans cesse avec eux sur les problèmes d'éducation et beaucoup d'entre eux me conseillent d'écrire un ou des livres pour partager mon expérience. Nous sommes donc tout à fait en phase. Inch Allah, je vais m'y mettre.
Pour le 'khar màtt', nous savons tous que vu l'insuffisance actuelle des enseignants de qualité, il est indispensable. Il faut donc le tolérer, mais le réglementer car, exercé à outrance, il nuit aussi bien au public qu'au privé et aussi aux enseignants eux-mêmes, car 'bët du yanu wànde xam na lu bopp àtan te lu ëpp tuuru'.
Je ne terminerai pas cette contribution sans lancer aux responsables des établissements privés laïcs classiques un appel à s'organiser en amicales afin de mettre fin au bricolage et à l'amateurisme qui est en train de s'installer comme un cancer dans ce secteur sensible. Pour ma part, c'est un combat citoyen que je mènerai jusqu'à mes dernières forces. Je ne suis ni un saint, ni un donneur de leçons. J'avoue tout de suite que jeune enseignant, j'ai eu à commettre des erreurs, des fautes. Ce sont des raisons non de blocage ou d'un quelconque complexe, mais bien au contraire des motivations pour aider ceux qui ont choisi ce métier noble, mais si difficile.

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