Ainsi donc, Ali Bongo, à l'instar de tous les autres chefs d'Etats africains fraîchement élus, n'aura pas résisté au désormais traditionnel rituel d'entreprendre le voyage parisien pour y recevoir la bénédiction et l'onction du maître de l'Elysée. A vrai dire, on s'y attendait un peu, tant la chose est de bonne guerre. Tant d'enjeux sont dans la mise et on ne voit pas comment Bongo fils, à moins qu'il n'ait délibérément choisi de jouer les iconoclastes, aurait pu vraiment l'éviter. Visiblement ce ne sera pas là son penchant, bien au contraire, puisqu'il aura opté, pour sa première visite hors du continent, de prendre le chemin de l'ancienne métropole. Il administre par l'occasion même une bonne leçon de realpolitik à ceux qui, parmi ses détracteurs, pensaient que les liens un temps distendus entre Paris et Libreville allaient tout droit vers l'implosion : l'entente entre les deux pays demeure chaleureuse et l'amitié, envers et contre tout, solide.
Car, il faut le reconnaître, le navire des relations unissant la France et le Gabon aura tangué un bon moment. Peu de temps avant sa mort, Omar Bongo n'avait pas vraiment apprécié la plainte déposée dans la capitale française contre lui et d'autres chefs d'Etats africains, par des ONG les accusant de disposer de biens immobiliers acquis à la faveur d'argent public détourné. Le froid qui s'en est suivi ira jusqu'à dissuader l'ex-pilier de la Françafrique d'aller se faire soigner en France. Ses derniers soins, il les recevra, hospitalisé dans une clinique espagnole.
A l'époque d'ailleurs, la capitale gabonaise fustigera « l'acharnement complice des médias français » qui s'étaient fait l'écho de la plainte des ONG, y voyant la main du parti au pouvoir et menacera même de « réexaminer en profondeur les accords de coopération entre la France et le Gabon. » Mais visiblement on n'en arrivera pas là puisque, il y a seulement quelques semaines, la justice hexagonale a en définitive, refusé, en appel, d'ouvrir une enquête sur la question. Le chemin est à nouveau aplani et Bongo fils peut en toute sérénité se rendre dans l'ex-métropole pour normaliser le reste. On a bien dit qu'avec Sarkozy, il s'entretiendrait de la question du moment, le bien fameux changement climatique, mais, de toute évidence, il ne devrait pas y avoir que cela, realpolitik oblige.
Et ce, d'autant plus que les deux pays ont tout à gagner dans une normalisation future de leurs relations réciproques. L'héritier de Omar Bongo Ondimba, s'il tient à garder la place qu'occupait Feu son père, dans le pré carré français et s'il désire rester le porte-voix de l'Hexagone dans la région, a besoin d'entretenir de sains et solides liens avec l'ancienne métropole. Et ce, d'autant qu'il ne manque pas de sérieux rivaux dans son entourage pour lui en disputer le leadership. Preuve d'ailleurs que malgré tout ce qu'on dit, la Françafrique a de beaux restes. Et ils sont enviés.
La France elle aussi a besoin d'un « assainissement » de ses relations avec Ali Bongo. Après s'être fâchée avec le père, elle trouve son intérêt en se réconciliant avec le fils. Et ce faisant, c'est sa mainmise sur cette région ainsi que sur le continent africain qu'elle sauvegarde, en attendant peut-être de l'améliorer dans le futur. Bien sûr, aux obsèques de Bongo père, le président français Nicolas Sarkozy avait essuyé quelques quolibets et remarques désobligeantes. Tout au long du processus électoral, plus tard, les adversaires d'Ali Bongo accuseront la France de lui avoir donné de façon très manifeste, sa préférence. Il en résulta les attaques contre les intérêts et des symboles français à la proclamation des résultats. Tout cela est bien la preuve que l'image de l'ancienne puissance coloniale reste quelque peu ternie au sein de l'opinion gabonaise depuis l'élection présidentielle du 30 août 2009. Nul doute que les deux pays ressentent un intérêt évident que tout cela se calme un peu, que le climat revienne à la normale. Ils se donneront sans doute les moyens nécessaires pour y parvenir. La visite de Ali Bongo à Paris est sans doute un premier pas qui augure de nombreuses autres à sa suite. La France possède de solides investissements au pays de Bongo, une base militaire française y est installée et cela représente sans doute énormément aux yeux de l'ancienne métropole.
Ali Bongo, pour sa part, a promis de faire de son Gabon natal un pays émergent. Nul doute que pour réaliser ce rêve, il n'y a rien de tel que le rétablissement de relations d'excellence avec Paris. Le pétrole gabonais ne coulant plus à flot comme de par le passé, le pays étant à l'instar de tous les autres, soumis aux soubresauts causés par la crise économique et financière, il vaut mieux avoir des « amis sûrs » sur lesquels compter en cas de besoin. Et s'il se trouve que ces amis comme par hasard trouvent « intéressant » de porter secours, rien à dire, c'est tout bénéfice. On l'aura compris, Ali Bongo aura choisi de ne pas sectionner le cordon ombilical qui lie le Gabon à la France. De toute évidence, il ne sera pas le seul à se réjouir de ce qu'on conviendra sans doute d'appeler « amitié retrouvée », à l'issue de sa visite d'Etat au palais de l'Elysée. La traditionnelle poignée de mains des deux chefs d'Etat, sur le perron du palais présidentiel symbolisera sans doute le point de départ d'une ère nouvelle que le fils Bongo aura choisie pour son pays. Jeune chef d'Etat, il aura sans doute déjà compris que l'Elysée, comme la sirène, est resplendissante de charme et chante des airs irrésistibles. La realpolitik aura fait le reste.

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