Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Les témoignages accablants des victimes

L'ONG congolaise des droits de l'homme, la Voix de sans Voix pour les droits de l'homme a organisé mercredi à son siège sise avenue des écuries un point de presse autour de la « Problématique des expulsions des Rd Congolais de l'Angola : des témoins parlent ».

Cette épineuse question tient encore les devant de la scène dans les relations de bon voisinage entre la République d'Angola et la République démocratique du Congo et fait état de violations massives des droits de l'homme commises à l'endroit des Congolais expulsés.

Pour Justin Chiba de VsV, après un travail de terrain fouillé, vient l'occasion de donner la parole aux victimes afin que celles-ci apportent à travers leurs récits, un démenti à la version officielle de faits soutenue par les officiels angolais qui refusaient de reconnaître les allégations d'atteintes de droits de l'homme lors de ces opérations menées par l'armée angolaise dans les localités frontalières de la province du Bas-Congo de Kabinda et Soyo.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de faire parler les victimes ?

Pour Justin Chiba, il fallait s'entourer de toutes les précautions d'usage après le travail de terrain. Toutes les actions que nous avions menées ici, dont le sit-in et d'autre actions pour manifester notre indignation , d'une part, et d'autre part, cette action sont aujourd'hui une sonnette d'alarme tirée afin d'interpeller les deux pays sur les expulsions futures pour que pareilles choses ne se répètent plus à l'endroit de nos compatriotes. Car selon informations en sa possession le gouvernement de Luanda prévoit d'autres vagues de renvois massifs de sans papiers début 2010 à l'issue de la coupe d'Afrique des nations que ce pays va organiser en janvier prochain.

Les victimes témoignent « Je m'appelle N'Simba Pembele, je suis peintre de mon état et j'ai vécu de 2006 à 2009 à Soyo au quartier Kimbumba où j'exerçai mon travail sans problème. Cependant tout a basculé un matin du 28 septembre dernier, lorsque à travers une rumeur persistance, j'ai appris que les services d'immigration angolaise organisaient de rapt de Congolais tard la nuit pour les renvoyer au pays. On faisait aussi mention de actes de tortures qu'administrait l'unité de police du genre Pir de chez-nous qui accompagnait cette opération, de viol et de saisi de biens et argent. Dans une localité où les Congolais tenaient toute la petite économie, j'avais du mal à comprendre.

Pour moi, cette histoire ne tenait pas débout du fait que nous vivions en bons termes avec les Angolais. Sans savoir pourquoi, le lendemain j'ai été rattrapé par la réalité et la dureté, la première vague composée des 12 embarcations avec près de 8 mille Congolais étaient renvoyés en Rd Congo sans ménagement et la rythme s'est poursuivi pendant longtemps. Cette fois-ci on renvoyait le congolais, en ordre ou pas. Avant de mettre dans les embarcations, la police de frontières et l'immigration prenait le soin de vous dépouiller de tous vos papiers. Cette situation a duré jusqu'au 7 octobre J'ai ainsi vu des gens se faire déchirer leurs cartes consulaire et de résident par ces agents. Plus grave, c'est le président de la communauté Congolaise dans cette localité qui le premier en a fait le frais, lui et sa famille ont été remballé sans rien emporter. Pendant plus d'une semaine être congolais était devenu un calvaire, nous vivions dans la clandestinité pour éviter de se faire arrêter. Et pour échapper au mauvais traitement et à nos bourreaux, nous nous cachions le jour dans des marais boueux près de l'océan.

Par la suite, la police et l'immigration ont recouru au service de « Dreda », une sorte de Kuluna qui avaient reçu pour mission de traquer et de livrer aux autorités les Congolais pour expulsion. Même candidat au retour volontaire, les Congolais ont été maltraités. Cette vague passée, un premier communiqué officiel lu sur les antennes de la radio angolaise a finalement accordé un ultimatum de trois jours aux Congolais de partir. Mais lorsque les autorités angolais ont appris quel la RD Congo expulsait à son tour les Angolais, notre situation s'est aggravée. Un deuxième communiqué est venu mettre en garde tout angolais qui garderai un congolais sous peine de condamnation et de payer une amande de 1000 dollars. Le soir mon bailleur qui me devait ma garantie, est venu me signifier que je devais regagner mon pays sans sourciller. Et en octobre, lorsque j'ai réclamé ma garantie locative, celui-ci m'a simplement conseillé de rentrer au risque de laisser ma peau. J'ai alors dans cette précipitation pris mes effets pour rejoindre mon épouse qui se trouvait en soins au pays.

Par ailleurs lors de cette chasse à l'homme nous avions aussi reçu de témoignages qui faisaient état de quatre Congolais tués. Arrivé au pays par Moanda, j'ai été étonné et contrasté du traitement humain que le Congo réservait aux angolais expulsés alors que nous étions objet de sévisses et de tortures de la part des services angolais. Au moment où je parle, 37 de nos compatriotes qui ont tenté de regagner l'Angola croupissent actuellement dans les geôles de l'autre côté.

Pour cela, je demande au gouvernement congolais de prendre toutes les mesures nécessaires pour que ces compatriotes recouvrent leur liberté. Mais aussi que les deux pays prennent toutes les dispositions afin d'éviter les tensions. Car, pour avoir vécu là-bas, je ne sais plus vivre au pays, là-bas j'ai mes habitudes. » « Moi, c'est madame Bayela Cecile. Au fait je n'habite pas l'Angola, mais j'allais régulièrement à Kabinda pour mon commerce de pagne. J'ai été moi aussi victime de rafle des services angolais. En effet, au mois d'octobre je devais recouvrer mes dettes sur place.

Malheureusement, deux jours après mon arrivée, la police et l'immigration angolaise sont venues avec de camions en pleine nuit pour nous reconduire à la frontière. De mes yeux, j'ai vu de jeunes filles violées par les éléments de la police commis aux expulsions. C'était de scènes indescriptibles. Avant la frontière, ces éléments nous ont dépouillé de tout. Et une fois, la frontière franchie, nous avons eu toutes les peines du monde pour arriver à Kinshasa. J'ai alors tout perdu, je ne sais pas comment subvenir aux besoins de ma famille, mes enfants ne savent pas rentrer à l'école. Je demande aux autorités de nous venir en aide, car nous avons tout perdu.»


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