Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Assises 2009 à Kaolack - 10 ans au vendeur de thé trafiquant de drogue

La criminalisation du trafic de drogue était une nouveauté, les vendeurs et autres trafiquants sont prévenus. D'autant plus que les juges semblent vouloir frapper très fort pour arrêter le fléau de la vente et de la consommation des drogues. Ibrahima Traoré, traduit devant la cour d'assises de Kaolack, ne dira pas le contraire puisqu'il a été condamné à dix ans.

Vendeur de thé devant l'Eternel, Ibrahima Traoré n'a pas trouvé de différence entre ce produit et l'herbe qui tue, au point d'oublier que la ressemblance entre ces deux produits s'arrête à leur couleur verte. Ainsi, tenté par l'argent facile, la transition ne lui est pas parue difficile puisqu'il a franchi le pas qu'il ne fallait pas pour verser dans la vente du « yamba ».

C'est d'ailleurs pour le délit de trafic de chanvre indien qu'il a été arrêté, inculpé et renvoyé devant la Cour d'assises de Kaolack qui l'a jugé et condamné à 10 ans de travaux forcés.

Les faits ayant conduit Ibrahima Traoré devant la barre de la Cour d'appel se sont déroulés le 15 mars 2008 à la frontière entre le Mali et le Sénégal. Ce jour-là, une opération de sécurisation de la gendarmerie de Kidira a permis l'interpellation d'un vendeur de thé qui, à la vue des hommes en bleu, est pris de panique, attirant ainsi l'attention des gendarmes.

Fouillé, ces derniers trouvèrent dans les poches du vendeur de thé des graines de chanvre indien. Conduit chez lui à des fins de perquisition, il a été trouvé dans l'une des deux chambres occupées par l'une des épouses de Traoré des briques de « yamba » et un seau à moitié rempli de ce produit, pour un poids total de 8 kilogrammes.

Interpellé sur l'origine de cette marchandise prohibée, le mis en cause reconnaît sans trop de difficultés en être le propriétaire avant de revenir sur ses déclarations pour affirmer que le produit appartenait à un certain Samaké qui serait son voisin. Le problème est que personne, parmi les témoins entendus sur cette affaire, même le délégué de quartier, ne connaissait ce fameux Samaké.

Dans cette affaire, il y avait autant d'éléments probants qui ont permis à la chambre d'accusation de renvoyer Traoré devant la Cour d'assises, malgré ses dénégations.

Devant la barre, l'inculpé a continué à nier, pour dire que ces 8 kilogrammes de chanvre indien ne lui appartenaient guère, mais bien à Samaké qui, selon lui, est le locataire de la chambre où le produit interdit a été découvert.

Appelés à la barre, les différents témoins, Awa Diallo, Moussa Traoré, cultivateur de son état et Mamadou Kiriko ont affirmé ne pas connaître ce Samaké qui n'habiterait ni la maison, ni le quartier.

L'avocat général ira plus loin, soutenant avec force qu'Ibrahima Traoré était un trafiquant notoire. Pour le représentant du ministère public, il est constant que les gendarmes, en fouillant l'interpellé, ont trouvé dans ses poches des graines de chanvre indien, avant de découvrir dans l'une des chambres qu'il occupe avec ses épouses, 8 kilogrammes de ce produit. Pour l'avocat général, jusque-là, tout est simple. Il a rappelé que l'accusé avait dans un premier temps reconnu les faits qui lui sont reprochés chez les gendarmes, avant de se rétracter et parler d'un certain Samaké qui serait propriétaire du produit découvert. Aussi, a-t-il ajouté que ce Samaké, en fait, n'existe que dans l'imagination de l'accusé qui cherche à se dérober, même si tous les témoignages l'accablent, surtout en ce qui concerne la propriété de la marchandise.

C'est compte tenu de tout cela que l'avocat général a demandé à la Cour de retenir Ibrahima Traoré dans les liens de la prévention et de le condamner à 12 ans de travaux forcés.

L'avocat de la défense n'a nullement partagé ces convictions du représentant du ministère public, s'appesantissant plus sur la chambre où le chanvre a été découvert et sur Samaké que son client a cité comme étant le propriétaire du produit découvert. Il regrette que l'enquête ait été orientée dès le départ, raison pour laquelle celle chez qui le chanvre a été trouvé, notamment une certaine Tacko, n'a jamais été entendue.

Compte tenu de ces observations, l'avocat de la défense a plaidé l'acquittement. La Cour, après avoir reconnu Ibrahima Traoré coupable de trafic intérieur de chanvre indien, l'a condamné à 10 ans de travaux forcés.


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