Midi Madagasikara (Antananarivo)

Madagascar: Parole d'artiste - « Faire découvrir aux jeunes le sens des valeurs culturelles qu'ils n'ont pas connues ! »

interview

Elle est l'une des vedettes emblématiques de cette TVM qui est, quoique l'on dise, le fleuron du paysage audiovisuel malgache. Lucette Botralahy a peu à peu façonné « Tselatra » pour en faire l'émission culturelle « culte » qu'elle est devenue aujourd'hui. Bien qu'elle dise qu'elle n'est pas une artiste, la jeune femme a parfaitement su se mettre dans la peau de ceux qu'elle a reçus sur son plateau. Aujourd'hui, après une parenthèse de six ans, elle reprend du service avec un « Tselatra » traitant les sujets culturels avec plus de profondeur. Elle était donc toute indiquée pour être l'invitée de notre rubrique. Elle nous parle de sa perception de la culture et de la manière dont elle et son équipe comptent la faire passer dans son émission. Mais elle aborde aussi le sujet du contexte dans lequel évolue le pays en ce moment.

Lucette Botralahy, «Tselatra » est une des émissions « cultes » de la TVM. Elle puise son originalité dans la façon dont votre équipe l'a conçue. Son retour, aujourd'hui, s'accompagne-t-il de nouvelles orientations ?

« Tselatra » ne peut pas être comparée à d'autres émissions culturelles télévisées. Elle a son image de marque et nous comptons bien ne pas la modifier. Nous voulons traiter les sujets culturels de manière plus complète et jouer ainsi pleinement notre rôle d'informateur et d'éducateur.

Comment a démarré l'émission « Tselatra » et comment s'est passée votre intégration dans l'équipe qui l'a conçue ?

L'émission a démarré en 1993. A l'époque, j'étais encore speakrine. Nicolas Ratsimandresy, le concepteur de «Tselatra » m'avait alors demandé si je voulais en être la présentatrice. J'ai évidemment tout de suite accepté. L'idée de base était de dépasser le cadre promotionnel des thèmes culturels que nous abordions. Il fallait aller au-delà et apporter une matière à réflexion. Cependant, nous ne perdions pas de vue qu'il fallait mettre en avant le côté « loisirs » des sujets.

Parlez nous des changements que vous avez apportés dans l'émission « Tselatra ».

Aujourd'hui, l'émission est plus en prise avec la réalité quotidienne. Nous nous ouvrons beaucoup plus sur les préoccupations des jeunes. Nous allons les accompagner dans leur manière d'appréhender le monde dans lequel ils vivent. Tenez, je vais vous citer un exemple : nous allons parler de la mode du « piercing » dans une prochaine émission. Nous ne pouvons pas ignorer la mondialisation et c'est la raison pour laquelle nous sommes tout à fait ouverts à ce qui vient de l'extérieur. Le maître mot pour nous est « ouverture ». Nous recevrons sur notre plateau les artistes qui en manifesteront le désir. Mais il ne s'agira pas de promotion d'un événement, mais d'un désir de s'exprimer. Il n'y aura pas d'exclusion, mais nous nous réservons quand même le droit de choisir les invités. Parler de la culture est un sujet très vaste, mais notre rôle est aussi de faire découvrir aux jeunes le sens des valeurs culturelles qu'ils n'ont pas connues.

Vous êtes l'âme de l'émission « Tselatra » et c'est à travers vous que les téléspectateurs découvrent la culture malgache. La réussite de l'émission ne vient-elle pas aussi du tempérament d'artiste qui sommeille en vous ?

Je ne suis pas une artiste. Je ne crée pas, je ne compose pas. Je sais apprécier ce qui est beau. Mon rôle dans l'émission est de faire ressortir les qualités de ceux qui viennent sur le plateau.

Permettez-moi de revenir à la charge car je me souviens d'un concert de Hery de Njila au CCESCA auquel vous avez participé. Vous êtes également une « mpikabary » émérite. Le fait d'être mariée à un artiste célèbre n'est certainement pas anodin.

Ce concert auquel j'avais participé est unique et je n'ai pas renouvelé l'expérience. Le fait d'être mariée à Benny ne signifie pas que j'ai des dispositions artistiques. Je suis une « mpikabary » et je suis souvent sollicitée pour des mariages. Je suis aussi devenue maître de cérémonie et c'est une fonction que j'exerce régulièrement quand on me le demande.

Dans le contexte actuel, comment voyez-vous l'avenir du pays ?

Je reste très optimiste quand à l'avenir du pays. La culture de l'excellence est ancrée un peu partout et toute cette bassesse et ces comportements indignes disparaîtront d'eux-mêmes. Je suis aussi très croyante et je vois autour de moi ces chaînes de prière qui se forment. J'ai la conviction que les événements que nous vivons devaient arriver.


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