Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Infanticide - Amy Mbaye écope de cinq ans de travaux forcés

Reconnue coupable du crime d'infanticide, l'accusée Amy Mbaye retrouve les siens. La sanction prononcée est couverte par la période de détention préventive.

Amy Mbaye est catégorique. Son enfant est venu au monde sans la vie. « Quand j'ai accouché, l'enfant n'a pas poussé de cris. Je suis restée 30 minutes avant de l'enterrer », dit-elle, à la barre. Des propos qu'elle n'a pas cessé de répéter en dépit des questions du président et de l'avocat général sur son comportement, notamment le fait d'avoir dissimulé cette grossesse à sa mère. « Je ne voulais pas l'inquiéter parce qu'elle était malade et très âgée », répond-elle. L'accusée vivait avec sa fille de quatre ans et sa mère âgées de 86 ans qui ne pouvait plus rien faire seule. Elle décédera au cours de la détention d'Amy Mbaye.

Divorcée, l'accusée avait eu une relation amoureuse avec Mamadou Cissé des oeuvres de qui elle était tombée enceinte. Dans la nuit du 29 octobre 2004, elle donnait naissance à un enfant sans vie et à l'aide d'une écumoire, elle avait creusé un trou près de la fenêtre pour l'y enterrer. En enterrant son enfant vers quatre heures du matin, elle ne savait pas que cet acte allait entraîner son arrestation pour infanticide.

L'avocat général Alioune Cissokho est convaincu que l'accusée avait nourri le dessein de mettre fin à la vie de l'enfant. « Elle avait mûri son plan », martèle-t-il. Il ajoute : « on est en train de banaliser l'infanticide. Autant il faut pourfendre les auteurs de violences sur les femmes autant il faut sanctionner sévèrement les violences faites aux enfants ». L'avocat général estime que il n'y a rien de « plus ignoble que d'enterrer vivant son enfant ». Il a demandé pour la répression, la condamnation d'Amy Mbaye à 10 ans de travaux forcés.

Un réquisitoire qui a soulevé l'ire de Me Pape Jean Sèye. « Ce dossier est maigre comme les mollets de mon grand-père », lance-t-il, à l'entame de sa plaidoirie reprochant à l'avocat général de s'être livré à un cours de philosophie sur la morale plutôt qu'à une démonstration juridique. « L'avocat général s'est fondé sur des présomptions pour demander la condamnation d'Amy Mbaye, avance-t-il. En matière criminelle, vous le savez mieux que moi, les présomptions ne suffisent pas pour établir la culpabilité d'un accusé, rappelle-t-il ». Le droit pénal étant celui de la certitude, Me Pape Jean Sèye a demandé l'acquittement de sa cliente. Il a ajouté que même le certificat de genre de mort établi par un spécialiste ne renseigne pas sur les causes de la mort de l'enfant. La demande d'acquittement est réitérée par Me Abdourahmane Sow, l'autre conseil de l'accusée.

La cour a, dans son verdict, condamné Amy Mbaye à cinq ans de travaux. Une peine déjà purgée par l'accusée qui retrouve les siens.


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