En compagnie du représentant résident du Fonds monétaire international au Sénégal, Mme Valéria Fichera, le Chef de mission du FMI, Norbert Funke, tire ici un bilan globalement positif des ses rencontres et prédit une croissance de 3,4 % en 2010. Il précise les conditions de la relance : paiement des dettes, poursuite des réformes, accès au foncier, etc. Une Interview à deux voix...
Vous avez effectué une mission de deux semaines au Sénégal. Quels sont les grands axes de vos rencontres avec les autorités ?
Nous étions ici pour la quatrième revue du programme de l'Instrument de soutien à la politique économique (Ispe), la deuxième revue de l'accord sur la facilité de protection contre les chocs exogènes (fce). C'est une revue régulière qui se passe deux fois par an. Et pendant les dernières semaines, nous avons évalué les développements économiques au Sénégal, nous avons discuté sur l'impact de la crise financière et des chocs internes. Nous avons aussi passé en revue la mise en oeuvre du programme avec le Sénégal et discuté sur les réformes à venir.
Le Sénégal a subi, au cours de ces deux dernières années, quelques chocs qui ont un peu perturbé la marche de l'économie. A propos de ces chocs, quelles mesures et quelles actions prioritaires pensez-vous qu'il faudrait prendre ?
Comme vous l'avez bien indiqué, il y avait au moins quatre ou cinq chocs durant les deux dernières années. Il s'agit du choc pétrolier, du choc alimentaire, de la crise financière mondiale. En plus, le Sénégal a connu des défis internes à savoir des problèmes dans le secteur de l'électricité et les inondations de cet été. Actuellement, avec la crise financière mondiale qui a affecté le Sénégal par plusieurs canaux de transmission, ça veut dire une demande plus faible pour les exportations du pays, une pression à la baisse concernant l'investissement direct et aussi les envois des fonds des travailleurs.
Comment doit-on faire face à ces crises ?
Le Fmi donne en général des conseils à beaucoup de pays en Afrique sub-saharienne. Par exemple, s'il y a des disponibilités, d'utiliser la politique budgétaire pour essayer d'atténuer l'impact du choc. Et c'est aussi dans le cadre de la dernière revue que nous avons réévalué nos objectifs pour la politique budgétaire au Sénégal. En plus, le Fonds a appuyé le pays par des conseils au plan économique, mais aussi par l'assistance technique et à travers la facilité financière contre les chocs exogènes, dont nous avons augmenté l'accès en attendant la dernière revue.
Concrètement, sur cette facilité contre les chocs exogènes, qu'est-ce qui a été fait ?
La facilité porte sur un montant de 120 millions de droits de tirage spéciaux (Dts) en trois décaissements. Il reste encore deux décaissements après cette revue : en décembre et en juillet. Et le décaissement qui reste est de 48 milliards de Fcfa pour les deux revues à venir.
Le Sénégal avait entrepris à un moment une série de réformes pour l'amélioration du climat des affaires. Comment appréciez-vous les réformes qui ont été menées jusqu'ici ?
Ce sont de bonnes réformes et elles sont en train de se dérouler. Mais normalement, ce genre de réformes pour l'amélioration du climat des affaires prend du temps parce qu'il concerne plusieurs domaines : les domaines de la justice, de la fiscalité, de l'administration. Donc, le gouvernement est en train d'avancer sur ces volets avec différentes vitesses. Mais comme on disait, par exemple pour le climat des affaires, un secteur électrique performent est très important.
C'est un secteur où, dans l'avenir, le gouvernement doit rétablir un système qui fonctionne bien, performant et transparent.
Tout dernièrement, le Sénégal a réussi à attirer des investisseurs nationaux autour de Sénégal Airlines, par exemple. Comment appréciez-vous l'impulsion qui a été donné au partenariat public-privé ?
Le secteur privé doit jouer un rôle clé. C'est vraiment le moteur du développement économique dans tous les pays. C'est pourquoi il est important d'avoir un bon climat des affaires pour attirer les investissements privés. En plus, en Afrique subsaharienne en général, les gaps en matière d'infrastructures restent encore élevés et on doit mettre en place des politiques appropriées pour attirer les investisseurs.
Il y a l'ensemble de ces projets qui sont en cours : l'autoroute à péage, l'aéroport international Blaise Diagne, et qui, par rapport à la demande sociale, étaient des choix assez difficiles. Pensez-vous que c'est là qu'on doit reporter le focus, sur ces grandes infrastructures structurantes ?
On pense que pour le développement d'un pays, les infrastructures sont très importantes. Il faut avancer sur les infrastructures, mais il faut avancer aussi sur les engagements que le pays a pris envers les objectifs de réduction de la pauvreté et les objectifs de nature sociale.
On ne voit pas de contradiction entre les deux. Les deux objectifs doivent marcher, parce que sans des infrastructures suffisantes et performantes, le secteur privé ne se développera pas. Et sans secteur privé performant et développé, il n'y aura pas de croissance qui est un des éléments essentiels pour la réduction de la pauvreté. Mais en même temps, il faut que chacun des aspects de la réduction de la pauvreté soit pris en charge dans le cadre des politiques du gouvernement et donc, dans le budget.
Le représentant résident est arrivé à un moment où nous sortions de périodes assez difficiles avec notamment les dérapages budgétaires et « l'affaire Segura ». Diriez-vous que ces questions sont totalement derrière nous ?
Le dérapage budgétaire était très élevé pendant la fin de 2008. Je crois que les autorités ont fait beaucoup d'efforts pour améliorer le processus budgétaire et réduire systématiquement les entorses qui existaient à l'époque. C'était aussi dans le cadre du programme Ispe que les autorités ont fait beaucoup de progrès. Les autorités doivent continuer dans ces domaines et, en particulier, renforcer la transparence.
Par exemple, nous proposons de publier systématiquement, chaque mois, les développements concernant l'exécution du budget.
L' « affaire Segura » ?
Il y avait eu un communiqué de presse du Fmi qui donnait tous les détails. Pendant cette mission, nous, on a comme toujours discuté sur le développement économique et c'était une revue tout à fait normale et relative aux engagements que le gouvernement avait pris dans ce programme.
Comment se porte le Sénégal en matière de cadrage macroéconomique ?
Comme tous les pays dans le monde et de la région, le Sénégal a souffert de la crise internationale qui venait de suivre la flambée des prix des denrées alimentaires et du pétrole. Donc, cette crise a eu impact sur l'économie sénégalaise, aboutissant à une croissance plus réduite.
On croit que la politique économique du pays a été quand même assez prudente et a permis au Sénégal de traverser une période difficile sans le déclenchement de crises majeures. Concernant l'année à venir, nous projetons une légère relance de l'activité économique en relation avec la reprise mondiale. Pour le Sénégal, actuellement, nous projetons un taux de croissance d'environ 3,4 % pour 2010 après un taux de croissance beaucoup plus faible de 1,2 %, l'estimation pour 2009.
Vous projetez 3,4 % de croissance. Que faut-il faire pour y arriver ?
Il y a deux facteurs importants : premièrement, il faut que la relance de l'activité économique se matérialise vraiment et, deuxièmement, il est essentiel que le Sénégal poursuive les réformes structurelles et de manière plus rapide. Il n'y a pas de délais, mais il faut mettre en place des réformes essentielles.
Il y a des domaines dans lesquels on n'avait pas beaucoup avancé. C'est le cas de la justice, il y en a d'autres où il faut accélérer ?
Sur tous les domaines où il y a des réformes à faire, comme on l'a dit, il y a eu des progrès mais pour se rattraper surtout après une période difficile due à la situation mondiale, il faudrait même faire plus qu'avant pour s'assurer qu'on revient à des niveaux de croissance beaucoup plus élevés. Parce que si on dit maintenant 3,5 %, c'est bien parce que nous sortons d'une crise, mais ce n'est pas le taux de croissance dont le Sénégal a besoin pour son développement. Et pour ça, il faut avancer avec les réformes, il faut maintenir une stabilité macroéconomique. Et pour le moment, la politique fiscale est en ligne avec le maintien de la stabilité macroéconomique. Ce qui nous parait également très important, c'est de normaliser complètement les relations avec le secteur privé. Une première étape importante était de réduire les délais dans les paiements. Il reste encore des choses à régler, particulièrement après un audit qui a été fait au milieu de cette année. On a identifié des engagements extrabudgétaires d'un montant de 36 milliards de Fcfa. En plus, à la fin de 2008, il y avait une dette des agences et établissements publics de 67 milliards de Fcfa. Le gouvernement a indiqué son intention de les régler, il nous parait donc important de continuer à faire des progrès dans ces domaines pour finalement, concrètement, normaliser les relations avec le secteur privé.
Comment se portent les relations entre le Fmi et le Sénégal ?
Les relations sont bonnes. On a des relations de programmes depuis plusieurs années. Pour le programme actuel, l'ISPE, qui a commencé en 2007, on a des revues régulières et des échanges très ouverts et très animés.

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