Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Assises 2009 - Accusée d'infanticide - La cour acquitte Salimata Diop

L'infanticide s'est invitée hier à la barre des assises avec la dame Salimata Diop, accusée d'avoir volontairement commis un homicide sur son enfant mort-né et de l'avoir inhumé sans autorisation préalable de l'autorité habilitée. Elle a été acquittée pour le premier délit et condamnée à deux mois pour le second.

Profondément ébranlée et timide à l'excès, la dame Salimata Diop qui a recouvré sa liberté après plus de trois ans de détention peut bien remercier le ciel. La cour l'a acquittée faute de preuve. Placée sous le mandat de dépôt du 4 septembre 2006, cette dame vivant à Waoundé (département de Kanel), s'est solidement agrippée à la thèse selon laquelle « l'enfant » qu'elle a expulsée de son ventre était sans vie, même si elle a pris le risque de l'enterrer de manière illégitime. Une constance, qui a beaucoup joué sur son acquittement.

Agée de 31 ans, cette ménagère, mariée depuis l'âge de 13 ans à un émigré établi en France et mère de cinq enfants pourra bien profiter de cette liberté pour mieux méditer sur certaines valeurs.

En effet, c'est dans la nuit du 1er septembre 2006 que la brigade de gendarmerie de Waoundé est informée qu'une dame qui était enceinte ne portait plus sa grossesse alors que personne n'était au courant de son accouchement. C'est sur ces entrefaites que les gendarmes se transportent au domicile conjugal de Salimata Diop, qui reconnaît avoir accouché le 24 août 2006 d'un enfant mort-né dont elle ignore le sexe et qu'elle a inhumé au bord du fleuve. L'exhumation du corps, le 2 septembre, a permis la découverte d'un des restes d'un os ressemblant à celui d'un crâne. Et le certificat de genre de mort délivré par l'homme de l'art fait état d'un fragment de la croûte crânienne d'un nouveau-né qui ne permettait pas d'avoir des éléments d'orientation pour déterminer les causes de la mort.

A la barre, Salimata Diop, qui en était à sa troisième grossesse hors mariage, a précisé qu'elle était enceinte de l'oeuvre d'un certain Adama Lam, qui réfutera d'ailleurs à la barre avoir eu des contacts physiques avec l'accusée. Toutefois, elle a soutenu que cette grossesse n'est jamais arrivée à terme. Elle a été constante sur le fait que cette « erreur » n'était arrivée qu'à son troisième mois. Poursuivant, elle a expliqué que le jour des faits, elle a senti des douleurs au bas ventre et, profitant de la vacuité de la maison, elle est allée aux toilettes où elle s'est étalée sur une natte qu'elle avait pris le soin d'emporter avec elle. C'est une heure plus tard qu'elle a senti « l'enfant » sortir de son ventre. Elle a, par la suite, mis la « chose » dans un seau avant d'aller tranquillement l'enterrer au bord du fleuve. Mais ce qui a étonné l'avocat général, c'est le fait que cette dame qui, auparavant, a eu cinq grossesses normales, ait caché son état à son entourage et refusé de faire des visites prénatales. Il s'est demandé si le fait que son mari se trouve en France et le refus du présumé auteur de cette grossesse n'étaient pas une raison pour l'accusée de commettre son acte. Mais Salimata Diop a expliqué qu'elle tenait bien à garder son enfant si jamais il était arrivé à terme et son mari ne verrait aucun inconvénient à cela.

Le représentant du ministère public a trouvé louche qu'elle n'ait pas pris le soin d'aller dans une structure médicale. Mais, malgré toutes les contradictions qu'il a relevées dans les déclarations de l'accusée, il a reconnu sa constance, car Salimata Diop, du début à la fin, a soutenu que l'enfant n'était pas en vie. Il a reconnu la carence du dossier. Pour l'avocat général, plusieurs éléments permettent d'accréditer la thèse de l'infanticide. Car, a-t-il estimé, l'accusée n'est pas novice en la matière, mais aussi n'a pas voulu que l'on sache qu'elle était en état de grossesse, en atteste son refus d'effectuer des visites prénatales.

Pour l'infanticide, l'avocat général s'en est remis à la sagesse de la cour. S'agissant de la violation des lois sur les inhumations, il a requis six mois d'emprisonnement ferme.

De son côté, l'avocat de la défense a demandé l'acquittement de sa cliente. Selon Me Mamadou Ciré Bâ, on ne peut pas poursuivre Salimata Diop du délit d'infanticide parce qu'il n'y a pas de preuve qui permette d'aller dans le sens d'une condamnation.

La cour a finalement acquitté Salimata Diop pour le chef d'infanticide, mais l'a condamnée à deux mois d'emprisonnement ferme pour la violation des lois sur les inhumations.


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