Sud Quotidien (Dakar)

Afrique: Transferys d'argent vers l'Afrique - Cela coûte de plus en plus cher

Aux engagements des chefs d'Etat et de gouvernement en juillet 2009 de réduire les coûts des envois de 50% durant les cinq prochaines années, suit une tendance à la hausse de ces derniers qui atteignent jusqu'à 25% du montant transféré.

Les engagements, les résolutions, les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Demandez aux chefs d'Etat et de gouvernements qui s'étaient réunis à Aquila (Italie) en juillet dernier et qui avaient pris l'engagement ferme d'encourager un environnement compétitif et de briser les barrières afin de réduire les coûts des envois de 50% durant les cinq prochaines années. Parce que s'il est prématuré, moins d'un an après cet engagement, de juger de leur volonté, il est tout aussi remarquable de constater que depuis, les transferts d'argent restent handicapés par les coûts des commissions qui ont plutôt tendance à augmenter, si l'on en croît le dernier rapport, intitulé Sending Money Home to Africa du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), dévoilé à l'occasion du forum mondial sur les envois de fonds 2009, tenu à Tunis récemment. Tenez, alors qu'ils diminuent en Asie et en Amérique latine, ils atteignent jusqu'à 25% du montant transféré en Afrique. Quand on sait que l'Afrique se taille une part gargantuesque dans les flux mondiaux de transferts de fonds qui représentent 300 milliards de dollars, soit bien plus que les investissements directs étrangers et le montant des aides au développement confondus... les travailleurs africains envoient plus de 40 milliards de dollars américains vers leur pays d'origine chaque année. Toutefois, outre les lois restrictives, les commissions élevées constituent un obstacle pour ces envois de fonds qui aident les gens à sortir de la pauvreté. 30% à 40% de tous les envois de fonds vers l'Afrique seraient ainsi destinés aux zones rurales.

Alternatives à WU et MG ?

A ce niveau, le rapport du Fida semble dénoncer la main mise qu'exercent les deux grosses compagnies de transfert d'argent que sont Western Union et Money Gram qui contrôlent 65% des points de paiement où les envois de fonds sont encaissés. Et elles le font sans état d'âme. Outre les commissions qu'elles imposent sur les opérations de transferts, elles engrangent des ressources substantielles de revenus par ailleurs : les gains qu'elles réalisent sur les opérations en devise en appliquant leurs propres taux de change. Aussi, la rentabilité dégagée par WU s'élèverait en tout cas à plus de 33 %, soit un profit opérationnel de près de 1 milliard d'euro pour un chiffre d'affaires de 3 milliards. Ric Duques, ancien PDG de First Data Corp., la maison-mère de Western Union, n'avait-il pas déclaré un jour au Financial Times : cela m'est complètement égal que Western Union gagne - en théorie - de l'argent en exploitant les pauvres. Je dis ça parce que nous sommes le moyen le plus rapide, le plus sûr et le plus efficace d'envoyer des fonds." ?... C'est dire...

En effet, la majeure part des transferts provient de pays à devises fortes telles que l'Euro et le dollar US. C'est dans ces devises que les banques locales sont couvertes sur les opérations de paiement des transferts qui, eux, sont effectués en monnaie locale (FCfa). Outre les commissions perçues sur les opérations de transfert, ces devises sont particulièrement utiles à ces banques locales dans le règlement de leurs opérations de commerce extérieur (règlement des importations pour le compte de leurs clients importateurs).

Dès lors, le rapport du Fida de suggérer une multiplication des postes de déboursement dont le nombre en Afrique serait le même que celui du Mexique et qui représenterait seulement un dixième de la population africaine.

Les pays africains eux-mêmes ont une grande part de responsabilité dans cette situation. Il semble qu'ils font la part belle à ces grosses compagnies en imposant des restrictions sur d'autres types d'institutions comme celles de microfinance, plus présentes que les banques sur le territoire national et qui, selon les rapporteurs, peuvent offrir des services d'envois de fonds. Seulement, les institutions de microfinance intervenant dans ce secteur ne profiteraient cependant pas de cette opportunité dans la mesure où elles sont obligées d'opérer sous le parapluie d'une banque dans laquelle leur compte est libellé en monnaie locale. Elles ne profitent en fait que des commissions de transferts. Il en serait de même des opérateurs intervenant sous le parapluie d'une banque locale.

La cause est entendue, il s'agit de démocratiser davantage les services de transferts de fonds, entre autres mécanismes, pour contribuer à rendre l'encaissement de l'argent moins coûteux pour les familles africaines. Il faut reconnaitre que cela se fait déjà notamment au Sénégal où on note une présence de plus en plus marquée de la Poste, notamment dans des zones faiblement bancarisées (dans certains quartiers populaires de la capitale et dans toutes les villes et de nombreux villages de l'intérieur du pays). C'est dans ces zones que la Poste possède un avantage concurrentiel car elle y possède des bureaux opérationnels proches des populations bénéficiaires des transferts en provenance de l'étranger. Afin d'offrir une qualité de service identique à celle des banques commerciales, la Poste utilise ses services traditionnels pour les transferts locaux (nationaux), mais il faut dire qu'elle utilise aussi des services de l'opérateur WU dont elle est également un agent pour les transferts internationaux.

Cependant, l'autre problématique qui se pose au transfert d'argent vers les populations africaines notamment, réside dans l'utilisation par les destinataires de ces fonds. La plupart de l'argent envoyé chez-eux par les migrants est dépensé pour la consommation quotidienne. Le véritable combat se situe à ce niveau afin de susciter l'investissement de ces fonds dans la production et donc dans le développement.


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