Sénégal: Les mécanismes de justice traditionnelle ont "une portée d'action et des effets limités" (rapport)

Dakar — Une étude comparative portant sur le rôle joué par les mécanismes de justice traditionnelle dans la prise en charge de l'héritage de conflits violents en Afrique montre que ces mécanismes ont "une portée d'action et des effets limités".

Les conclusions de cette étude réalisée au Rwanda, au Mozambique, en Ouganda, en Sierra Leone et au Burundi sont contenues dans un rapport intitulé 'Justice traditionnelle et réconciliation après un conflit violent : la richesse des expériences africaines".

Ce rapport a été publié par l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale (International IDEA), avec le soutien du Service public fédéral "Affaires étrangères, commerce extérieur et coopération au développement de Belgique".

A propos du caractère limité des mécanismes, l'étude qui donne l'exemple du Mozambique, note que "la cérémonie des esprits magamba est un phénomène régional qui est méprisé par la partie chrétienne de la communauté et qui défavorise les femmes".

Victor Igreja et Beatrice Dias-Lambranca, les deux auteurs du chapitre sur le Mozambique, ont "identifié" à cet effet "trois facteurs délimitant l'espace social dans lequel ce rituel est applicable : l'ethnicité, la religion et le sexe".

Autres point faibles, le rapport signale que "les mécanismes de justice traditionnelle ont tendance à exclure les jeunes", expliquant qu"' on les juge immatures ou encore trop ignorants des moeurs locales".

"L'autre source d'exclusion est de nature politique : on tend à protéger certains crimes ou certains coupables des dimensions de responsabilité et de réparation des pratiques autochtones", explique le rapport.

Outre leur portée limitée, les mécanismes de justice traditionnelle sont aussi caractérisés par "des conditions d'application difficiles".

L'étude souligne que "les mécanismes de justice traditionnelle sont conçus pour traiter un nombre relativement limité de méfaits. Elle évoque aussi des "conditions matérielles" et des "contraintes politiques très défavorables" dans les pays concernés.

Elle cite aussi des obstacles matériels, des contraintes politiques et l'érosion du capital social, tout en constant la difficulté à procéder à la réparation.

Elle relève cependant quelques "points forts". Concernant la responsabilité, le rapport estime que les mécanismes non étatiques "sont moins menaçants pour les forces qui redoutent des poursuites", ajoutant qu"' ils intègrent une dimension de reconnaissance des responsabilités". De même, "leur proximité par rapport aux victimes et aux survivants est un autre atout".

En autres points forts, l'étude note que "c'est justement parce qu'ils sont enracinés dans les valeurs et traditions locales établies que les rites collectifs peuvent être à même de créer une atmosphère collective d'ouverture des cÅ"urs et des esprits permettant de dévoiler certaines vérités".


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