Sénégal: Plaidoyer pour la prise en compte des femmes dans les politiques de migration

Dakar — La directrice du Laboratoire genre de l'Institut fondamental d'Afrique noir (IFAN), le docteur Fatou Sow Sarr, a plaidé, vendredi à Dakar, pour une meilleure considération des femmes, veuves ou mères de migrants disparus, dans les politiques de migration.

"L'objectif avoué de cette recherche est d'amener à une meilleure prise en compte des femmes, de leurs droits à bénéficier des retombées des politiques mises en place" a-t-elle dit d'une communication portant sur "genre et migration clandestine dans les zones côtières au Sénégal".

La rencontre est organisée par l'Institut de population, développement et santé de la reproduction (IPDSR), sur le thème : "Migration et mondialisation : enjeux et défis futurs".

Mais cette prise en compte concerne aussi "les ressources octroyées par les pays européens pour endiguer ce phénomène" a-t-elle précisé, déplorant que "ces politiques ne s'intéressent qu'aux rapatriés vivants".

Pourtant, "les mères et les veuves des disparus ont besoin d'appui et ont le droit de réclamer leur part des fonds disponibles", a-t-elle souligné.

Revenant sur les motivations de son étude, elle a rappelé "le départ massif vers l'Espagne de 2006" et le traitement fait de cette affaire par les "médiats et les pouvoirs publics" qui ont imputé ce phénomène aux femmes.

C'est pourquoi à travers son travail mené sur "cinq sites (Saint- Louis, Cayar, Thiaroye sur mer, Mbour et Kaffountine) et concernant 321 personnes (159 hommes et 162 femmes), elle a voulu "cerner la part de responsabilité des hommes, des femmes et des pouvoirs publics" sur cette migration.

"L'étude a révélé que contrairement aux suppositions avancées jusqu'ici, les pères participent plus que les mères au financement du voyage du migrant mais aussi elle a permis d'identifier le rôle déterminant joué par les marabouts et les féticheurs", a-t-elle expliqué.

Mais dans certains cas, les femmes peuvent être "convoyeuses" de migrants en achetant des pirogues qu'elles remettent aux pécheurs", a-t-elle précisé.

La sociologue décrit les parents qui financent ces voyages, qui échouent à hauteur de "49%" à Thiaroye sur mer, comme des "personnes âgées, polygames, à faibles revenus, ouvriers ou pêcheurs".

Cette migration touche essentiellement des "hommes ayant une moyenne d'âge de 29 ans, allant de 13 à 55 ans pour des destinations comme l'Espagne et l'Italie qui, une fois arrivés, vivent dans des conditions très difficiles" a-t-elle soutenu.

Ce phénomène a un impact sur les "conditions de vie des familles (situation de pauvreté)" et entraîne "une transformation des rapports sociaux (conflits entre conjoints, appauvrissement des femmes, construction d'une identité de mère en souffrance), a-t-elle fait savoir.

Selon elle, cette étude a aussi montré comment à partir "d'une identité collective de mères ayant vécu une expérience commune de souffrance, les femmes sont en train de prendre en main leur destin, pour plus d'autonomisation".

"Au-delà de l'espace domestique de Thiaroye sur mer, on assiste à l'émergence d'une élite populaire féminine dans l'espace public en passe de devenir une actrice incontournable dans le développement local des communautés", a-t-elle expliqué.


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