Fraternité Matin (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Film - L'ISTC promeut la réconciliation par le grand écran

Abidjan — Kassy Vincent Ofantchié, journaliste-producteur, enseignant à l'ISTC depuis 7 années vient de réaliser un film « N'gazoua ou l'adversité », projeté en avant-première ce matin pour la presse à l'Institut des Sciences et Techniques de la Communication, à Cocody. Il apporte ainsi sa contribution au processus de sortie de crise dans une Côte d'Ivoire qui a connu un séisme militaro-politique aux conséquences sociales incalculables.

« Car, je me considère désormais MOI, Paix et Tolérance.» C'est en ces termes que le personnage principal du film Marc Henry Junior, s'est défini dans son mot de fin à l'issue de la cérémonie de dédicace de son livre qui porte un titre éponyme « MOI, PAIX et TOLERANCE ». Le scénario du film met en scène le drame psychologique de Marc Henry Junior, qui, enfant assiste au massacre de sa famille pendant la guerre dans son pays. De sa cachette, il grave dans sa mémoire le tatouage sur l'épaule du bourreau de sa famille, le Major Kepou alias Gâchette Facile. Quelques années plus tard, Marc Henry Junior, devient directeur d'une banque de la place et épouse Cécile Kepou. Il découvre lors de l'anniversaire de sa fille que son beau père est le bourreau de ses parents. Avec cette découverte, Marc Henry Junior menace son beau père de mort. Vengera-t-il ses parents ou épargnera-t-il la vie de son beau-père ?

Marc Henry Junior vit un psychodrame. Il est tenaillé par l'image du massacre de ses parents, une fois devenu grand.Malgré sa posture sociale enviable et une vie de famille assez confortable, il ne réussit pas à se faire de défaire de ce passé douloureux. Il connaît bien souvent alors au bureau des moments longs d'absence et quand à table, son beau -père évoque son parcours et lui demande de leur parler de sa vie, de son enfance avec ses parents jusqu'à son ascension sociale, sa fiancée Cécile Kepou est frappé par sa trop absence et elle le soupçonne même de mener une seconde vie avec une autre femme. Ses nuits sont peuplées de cauchemars portés par la scène horrible de l'assassinat de ses parents et déprimé, il ne peut s'empêcher d'aller à cette confession qui révèle son profond drame : « Jusqu'à quand vais-je continuer à me mentir à moi-même et cacher ma vraie identité ? » Sa vraie identité d'enfant de guerre, rongé par la haine et un grand sentiment de vengeance, va l'amener à rechercher les bourreaux de ses parents. Il se surprend même un jour, sortant d'une entreprise, à se jeter, manquant de peu de l'étrangler, sur un ouvrier qui portait un tatouage et occupé à déplacer des cartons de produits : « Je tiens mon assassin. Tu es le meurtrier de mes parents. Tu portes un tatouage et tu es un membre des miliciens qui ont tué mes parents » avant de réaliser qu'il faisait erreur « Oh ! Oh ! Il est trop jeune ».

Puis, en désespoir de cause, il part rencontrer un prêtre, l'abbé Louis-Joseph Zehia, secrétaire de la Conférence épiscopale de Côte d'Ivoire à qui il confie son désir de vengeance : «Tu peux changer les choses par la force et ta capacité à pardonner. L'or n'a-t-il pas été éprouvé par le feu. Ton désir de vengeance est là mais la paix, l'amour et la tolérance sont plus grands que la vengeance. Je te demande de pardonner et non pas d'oublier. Même si on ne pardonner sans oublier faits comme notre seigneur. C'est à ceux qui lui ont fais beaucoup de mal qu'il a le plus donné d'amour».

Suite à la tentative de noyade manqué de sa fille de 5 ans au cours de son anniversaire et qui a sauvé par son beau-père, il reconnaît sur l'avant-bras de ce dernier le tatouage que portait les assassins de ses parents et notamment celui qui les as égorgés. Il découvre avec ahurissement le diable dans le bénitier que constituait sa nouvelle famille. Effondré, il confie avec grande émotion son désarroi à Dieu devant la Basilique de Yamoussoukro et implore son soutien. Sa petite famille est menacée de dissolution, sa belle famille a le vague à l'âme.Tout semble s'écrouler autour de lui. Et son beau-père, celui par qui tout est arrivé, qui s'abîme dans l'alcool pour oublier son spleen, ne pouvant plus les regards des autres, appelle Marc Henry Junior et lui annonce par téléphone qu'il a décidé de se donner la mort. Pour se répandre du mal qu'il a fait à celui devenu son gendre par le fait du hasard. Il quitte avec empressement son bureau pour éviter l'irréparable. La force de l'amour, de la tolérance et du pardon a triomphé de la haine et du désir de vengeance. La famille de nouveau, réunie, s'est retrouvée à la cérémonie de dédicace du livre de Marc Henry Junior.

Ce film « N'gazoua ou l'adversité » qui selon son réalisateur Kassy Vincent Ofantchié va servir à faire une tournée de sensibilisation dans toutes les régions de la Côte d'Ivoire, n'a pas seulement dépeint les maux qui minent l'Afrique et notamment la Côte d'Ivoire mais s'est surtout évertué par son message à désarmer les coeurs et les esprits en vue de se tourner vers les vertus de l'Afrique d'autrefois. De l'avis de Koumassi Virginie, sous-directeur de l'ISTC, c'est un film qui invite le monde à faire un travail soi-même. Il est plein d'espérance parce qu'il encourage au dépassement. Il pourra servir la bonne cause que mène en ce moment l'Onuci,qui travaille sur la promotion de la culture de la paix sur le terrain,note Claude Tamo, point focal Arts et Culture, chef du service information et plaidoyer du secteur abidjan. Tchieffolo Benjamin, représentant le DG de la RTI, s'est engagé à promouvoir ce film sur les antennes de cette institution.


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