Un handicapé physique cambrioleur, il faut reconnaître que cela ne court nullement les rues. Si pour toute règle il y a une exception, l'histoire de la Cour d'assises retiendra que Moussa Camara Diop en est une, inscrite dans les annales de la criminalité.
De taille moyenne et de teint noir, le physique reposant sur des jambes frêles et disproportionnées entamées par le handicap, les mâchoires fortes supportant mal une déformation faciale, Moussa Camara Diop, poursuivi devant la cour d'appel de Kaolack pour le délit de tentative de vol en réunion avec violence et port d'arme et association de malfaiteurs, a beaucoup pleuré, versant toutes les larmes de son corps en voyant sa victime. Larmes de crocodile ou sentiment de regret et d'amendement ? Le public s'est longuement posé la question sans peut être trouver la réponse.
En tout cas, il s'en est bien sorti car la Cour ne l'a finalement condamné qu'à 5 ans de travaux forcés. Il retrouvera la liberté dans deux ans. Mais pourquoi cet handicapé s'est il retrouvé en prison ? Le 25 juillet 2005 à Koungheul, aux environs de 21 heures, 3 individus encagoulés et armés de fusil et de barre de fer s'étaient introduits à l'intérieur de la pharmacie « la Koungheuloise » avec effraction. Ils avaient manifestement l'intention de la cambrioler. Les malfaiteurs avaient alors enjoint au pharmacien Abdoul Bâ, tenu en respect par l'un des leurs qui avait pointé son fusil sur son front, de lui remettre le contenu de sa caisse. Feignant s'exécuter, au moment où deux malfaiteurs faisaient le tour du comptoir, Abdoul Bâ a profité d'un moment d'inattention de celui qui s'occupait de lui pour se saisir du fusil qu'il a tenté d'arracher. Le malfaiteur n'ayant pas lâché prise, le fusil se cassa en deux.
Alertés par les cris retentissants du pharmacien, les voisins sont venus en masse au secours. Sentant que leur plan a échoué, les cambrioleurs ont battu en retraite, poursuivis par les populations. Moussa Camara Diop, un des leurs, diminué par son handicap, est appréhendé aux abords de la gare routière où il a été découvert nu comme un ver de terre, tentant ainsi de se camoufler dans l'obscurité.
Présenté au gendarmes enquêteurs, Moussa reconnaîtra les faits sans difficulté, expliquant avoir agi en compagnie des nommés, Babacar Ndao et Kéba Mané qui détenaient respectivement le fusil et un coupe-coupe. Quant à lui, il était armé d'une barre de fer. Confronté au pharmacien Abdoul Bâ, ce dernier déclarait l'avoir formellement reconnu comme étant celui qui détenait le fusil. Mais coup de théâtre. Devant le magistrat instructeur, Moussa Camara Diop est revenu sur ses aveux.
Difficile de le croire d'autant que ses dénégations dénotent une volonté manifeste de ne pas assumer ses responsabilités. En effet, outre le fait qu'il a été formellement reconnu par sa victime comme étant celui qui avait pointé son fusil sur lui, il avait déclaré au cours de l'enquête qu'il avait loué le fusil à 15.000 francs jour, auprès d'un certain Alassane Diouf, ce qui corrobore les aveux faits devant les gendarmes enquêteurs.
L'enquête de personnalité a révélé que Moussa a abandonné tôt l'école pour verser dans la délinquance juvénile, qu'il a été condamné à plusieurs reprises pour vol et qu'il n'offre aucun espoir de reclassement social.
Répondant aux questions du président de la Cour, Moussa Camara Diop, non seulement nia les faits qui lui sont reprochés, mais a tellement varié dans ses déclarations que certains le prenaient pour un malade mental.
Devant la barre, son père explique que Moussa n'était pas sain d'esprit, pour avoir séjourné à l'hôpital psychiatrique de Thiaroye. Il a cependant souligné que son fils avait déjà commis trois vols dont le dernier lui a valu d'être renvoyé de l'école.
Pour l'avocat général, le fait que l'accusé se soit effondré au vu de sa victime signifie beaucoup de choses pour l'accusé qui, selon lui, est un récidiviste auteur d'au moins trois vols dans sa vie. Dans sa conclusion, le représentant du ministère public a requis une condamnation de 20 ans de travaux forcés.
L'avocat de la défense, Me Ibrahima Bèye, a insisté sur le défaut de scellés, en l'absence du fusil et même des autres armes blanches présumées utilisées. Ainsi, a-t-il plaidé l'acquittement de son client pour défaut de preuves. Après avoir délibéré conformément à la loi, la Cour a condamné Moussa Camara Diop à 5 ans de travaux forcés et à payer 500.000 francs de dommages et intérêts à la victime.

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