La Presse (Tunis)

Tunisie: Journées théâtrales de carthage

Le colloque international "Au seuil du deuxième centenaire du théâtre tunisien : quel avenir pour le théâtre dans le monde?", organisé dans le cadre de la 14e édition des Journées théâtrales de Carthage et de la célébration du centenaire du théâtre tunisien, a réuni un nombre important d'universitaires, d'intellectuels et d'hommes de théâtre de Tunisie, du monde arabe et d'Occident.

La seconde journée a été une occasion de réfléchir sur les esthétiques de métissage dans le théâtre et leurs implications, ainsi que sur l'avenir du 4e art. Plusieurs personnalités ont pris part aux séances dont Ezzedine Madani, Mahmoud Majeri, Mohamed Moumen, Fathi Akkari, Ridha Boukadida, de Tunisie; Julie Sermon et Robert Abirached de France; Soleimane Al Bassam de Koweït; Salwa Naimi et Abd Al Moneim Amayri, de Syrie et Abderrahmen Ben Zidane du Maroc.

Les intervenants ont mentionné le développement des expériences pluridisciplinaires dans le théâtre, depuis maintenant plusieurs années. Ils ont noté une ouverture croissante du 4e art aux autres disciplines artistiques comme la danse, le cirque, les arts plastiques, etc. Ce décloisonnement des frontières a permis l'enrichissement de la pratique théâtrale de par le monde. Une pratique qui s'est trouvée, par ailleurs, enrichie par les innovations technologiques et scientifiques. Plusieurs metteurs en scène ont, dans ce sens, intégré dans leurs productions plusieurs médiums contemporains, comme la vidéo, l'infographie, le cinéma, les effets spéciaux, etc. A chaque fois, l'introduction d'un nouvel outil a changé, voire bouleversé, les techniques théâtrales, la conception de l'espace scénique, l'appréhension de la temporalité et de la matérialité, le jeu des acteurs et même les esthétiques de cet art dit archaïque qu'est le théâtre.

Ces techniques de métissage ou "greffes", appréciées par certains et rejetées par d'autres, ont ainsi permis l'émergence d'un langage théâtral nouveau, se démarquant de la facture traditionnelle. Mais qu'elles s'inscrivent dans une mode passagère ou dans une réflexion, elles ne mettraient point en danger l'intégrité du théâtre, un art qui a été de tout temps multimédia, dans le sens littéral du terme.

L'introduction des technologies nouvelles dans le théâtre a aussi amené les spécialistes à s'interroger sur le statut de l'artiste dans ce "nouveau théâtre" et sur l'influence de ces artefacts sur son jeu.

Les communiquants ont, par ailleurs, parlé du texte théâtral, de son essence, de son statut et de son devenir, ainsi que de la confrontation entre la sémiotique du verbe et la sémiotique du geste. Le texte porte-t-il sa théâtralité en lui-même, ou ne trouve-t-il son sens qu'à travers sa représentation sur scène? Est-il indispensable aujourd'hui, est-il aussi important qu'autrefois? Malgré les expériences qui ont tenté d'en faire abstraction, le texte aurait toujours sa place au théâtre. D'après certains intervenants, le théâtre tunisien et arabe, en général, sera toujours prisonnier du mot. Il se trouve qu'il est incapable de dépasser l'expression verbale en raison de la nature même de la société. Conclusion : le Verbe sera toujours le maître-mot du théâtre.

Ce colloque a aussi été l'occasion de discuter de l'identité du 4e art, notamment à travers l'expérience de transposition d'un texte théâtral universel dans la réalité arabo-musulmane. Et c'est l'exemple de Richard III, un texte de Shakespeare revu par le metteur en scène koweïtien Soleimane Al Bassam qui a illustré cette question d'une grande importance. Cela a été le point de départ pour parler du déchirement du théâtre arabe entre son envie d'occidentalisation et sa volonté d'enracinement.

A partir de toutes ces données, et à partir de l'état actuel des choses, les intervenants, loin de vouloir "prophétiser", ont tenté d'esquisser, quoique peu, le devenir du théâtre. L'exercice n'a pas été facile et des réponses claires n'ont pas, de toute évidence, été données. Cela étant, on continue à poser les mêmes questions sur le théâtre. Alors, quel visage aura le théâtre de demain? Eh bien, nous le saurons... demain !


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