Un film brumeux
Le public a répondu présent, avant-hier, lors de la soirée d'ouverture de Views of America consacrée au cinéma indépendant américain. Les spectateurs, pour la plupart des professionnels du cinéma, entre réalisateurs, producteurs, journalistes et cinéphiles, ont pu découvrir le dernier opus du réalisateur français Bertrand Tavernier, In the electric mist (Dans la brume électrique).
Avant la projection du film, Hichem Ben Khamsa, l'initiateur de cette manifestation, en a brièvement retracé la genèse, cédant ensuite la parole à Son Excellence Gordon Gray, l'ambassadeur des Etats-Unis à Tunis, qui a souligné le rôle du cinéma et son importance tant il favorise la connaissance mutuelle et le rapprochement entre les peuples.
Place maintenant au film qui s'ouvre sur un travelling latéral, dans les forêts marécageuses et brumeuses de New Iberia, en Louisiane, qui se fige sur le corps inerte d'une jeune fille, les enquêteurs s'affairant tout autour. Le ton est donné, il s'agit d'un film policier façon «américaine». La fable, une adaptation du roman policier de James Lee Burke, suit à la trace un inspecteur, Dave Robicheaux (interprété par Tommy Lee Jones), qui guette un tueur en série. Entre-temps, il fait la rencontre d'Elrod Sykes, une grande star hollywoodienne de passage en Louisiane pour tourner un film sur la guerre de Sécession. Ce film est soutenu financièrement par le mafieux Jiulis Balboni (interprété par John Goodman). Elrod confie à Dave qu'il a repéré, gisant dans un marais, le corps décomposé d'un homme noir enchaîné, ce qui réveille chez le détective de vieux souvenirs
Au fil du récit, un lien se crée entre les multiples meurtres, ceux des jeunes filles, perpétrés au présent, et celui du passé Certes, l'histoire est quelque peu complexe, compliquée, voire le lien entre les assassinats est quelque peu tiré par les cheveux, mais ce qui retient l'attention, c'est l'atmosphère que réussit à rendre le réalisateur, grâce entre autres à des décors naturels brumeux, mystérieux et quasi hypnotiques de la Louisiane, véritable personnage.
Fidèle à ses credo et à ses engagements contre la guerre, l'injustice, ainsi que le colonialisme, Bertrand Tavernier évoque l'état du monde en reliant la guerre de Sécession qui a conduit à l'abolition de l'esclavage (sujet du film en tournage en Louisiane et évoquée par le meurtre du jeune Noir) et les crimes d'aujourd'hui perpétrés par les détenteurs du capital et du pouvoir économique. Cela pour dire aussi la nécessité du retour vers le passé et vers la mémoire afin de mieux appréhender le présent et l'avenir. La dualité passé/présent est également exprimée par des scènes oniriques, où le héros, Tommy Lee Jones, côtoie un groupe de soldats avec à leur tête un vétéran qui lui prodigue de nombreux conseils.
Malgré un ton moralisateur et une histoire embrouillée, brumeuse même, le film, par sa mise en scène enlevée et alerte, ses décors naturels, la justesse des acteurs et surtout sa bande-son (airs de blues de Buddy Guy et de jazz de Sidney Bechet), arrive à accrocher.

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