Une simple balade dans les différentes friperies suffit pour comprendre que les Tunisiens sont de grands consommateurs de vêtements d'occasion. Le Tunisien moyen et modeste n'a pas besoin de se déplacer en Europe pour s'offrir des habits signés. Il suffit de se rendre à El Hafsia, Ibn Khaldoun, l'Ariana et d'autres lieux pour s'habiller H et M, Celio, Etam...
Les friperies sont la destination de toutes les catégories sociales. Riches et modestes sont des clients fidèles des commerçants d'habits d'occasion. Aujourd'hui, ce commerce s'impose comme un vrai concurrent pour les usines de textile. Les gérants des boutiques de prêt-à-porter manifestent leurs mécontentements vis-à-vis des friperies.
Notre promenade pour la découverte de ce monde débute à l'Ariana, juste derrière le Marché municipal. Dans un grand souk couvert, des dizaines de commerçants vendent des vêtements, des chaussures, des ceintures et des sacs d'occasion. D'autres, se sont spécialisés dans la vente des jouets, des rideaux et des couvertures.
Sur de grands étalages, des vêtements et des chaussures de toutes les marques sont exposés en désordre. Les clients des friperies sont, généralement, des gens patients et capables de fouiller pendant une ou deux heures dans les différents étalages.
Dans un coin de ce souk célèbre, un fripier, la quarantaine, vêtu d'un jean et d'un blouson noir, donne de la voix pour attirer l'attention des clientes qui sont nombreuses à pénétrer dans le lieu.
«Je suis dans le domaine depuis une dizaine d'années. Ce commerce ne cesse de fleurir. Quotidiennement, je rencontre toutes les catégories sociales qui viennent fouiller dans mes étalages. Même pendant les périodes des Aïds, les Tunisiens s'habillent en vêtements d'occasion. Pour ce qui est du rapport qualité-prix, les gens choisissent d'acheter des friperies au lieu des boutiques de prêt-à-porter», souligne le commerçant.
Depuis un quart d'heure, debout devant l'étalage de vêtements pour femme, Mouna examine les dessins d'une robe d'hiver qu'elle a tirée de ce désordre.
«Il faut avoir de la chance pour trouver de belles choses à des prix abordables. Pour moi, ce n'est pas toujours le cas. Parfois, d'une simple fouille, je découvre une pièce à la mode et qui me convient parfaitement. Mais, parfois, je passe des heures sans dénicher une chose intéressante», a confié Mouna.
Nédra, une autre cliente des friperies, se dirige vers un étalage de pantalons pour femme. Elle prend un pantalon, puis un autre, un autre encore. Elle cligne des yeux en les tenant à bout de mains, les rapproche pour découvrir la qualité de tissu. Un petit détail de coupe d'un pantalon noir retient son attention. Nédra jette les autres et décide d'acheter celui-ci.
«Chaque vendredi après-midi, je visite cette friperie. Une grande partie de ma garde-robe est formée de vêtements d'occasion. Je suis fonctionnaire et suis obligée de diversifier mes tenues. La friperie est une solution idéale. Il suffit de laver la pièce achetée, la repasser pour avoir une nouvelle tenue dans la garde -robe», a précisé Nedra.
Par ailleurs, certains clients évoquent des problèmes sanitaires causés par les chaussures et les ceintures vendues dans les friperies. Ainsi, la question de la qualité des produits exposés en friperie se pose.
Les vêtements, les chaussures, les ceintures, les jouets et autres produits vendus dans les friperies ne subissent aucun contrôle sanitaire. Il n'existe pas encore d'unités et d'équipes qui effectuent des visites de contrôle sanitaire aux friperies. Mais il faut noter, dans ce même registre, que les ceintures et les chaussures d'occasion sont des produits sous douane. Ils sont importés, tranformés puis exportés. Donc, la circulation de ces produits sur le marché local pose des interrogations.
L'organisation du secteur des vêtements d'occasion
Le secteur des habits d'occasion est organisé par le décret n° 2396 de l'année 1995 et le décret 2038 de l'année 2005. Ces deux décrets expliquent les méthodes d'importation, de transformation et de distribution des vêtements d'occasion.
L'importation de ces vêtements s'effectue par les entreprises bénéficiant du système d'entrepôts industriels. Ce système est délivré par une décision du ministère des Finances en prenant l'avis du ministère de l'Industrie.
On compte, actuellement, 51 dépôts industriels, dont 47 sont partiellement exportateurs et 4 sont totalement des exportateurs. Les investissements sont de l'ordre de 88 MD. Le secteur de l'importation, de transformation et d'exportation de vêtement d'occasion emploie 5.300 ouvriers.
Par ailleurs, le quota des habits d'occasion distribués sur le marché local est fixé par le ministère du Commerce et de l'Artisanat en prenant l'avis du ministère de l'Industrie, de l'Energie et des Petites et Moyennes entreprises. Le quota actuel est de 10.500 tonnes.
Un comité national de distribution des habits d'occasion est chargé de distribuer ce quota sur les gouvernorats. Le quota annuel de chaque gouvernorat est fixé selon certains critères, notamment le nombre d'habitants, la place géographique, le taux des habitants des zones rurales, le nombre des commerçants de détail.
Pour ce qui est du quota des entreprises industrielles bénéficiant du système d'entrepôt industriel, d'autres critères sont pris en considération. Il s'agit du volet social du projet, la participation au développement régional, l'exportation et la transformation.
La distribution des quotas réservés aux régions se fait à deux niveaux. Au niveau du commerce de gros, le gouverneur, et après consultation du conseil régional du commerce, recrute les commerçants de gros parmi les personnes physiques et les personnalités morales bénéficiant des compétences et des ressources matérielles nécessaires pour ce type de commerce. Chaque commerçant reçoit un certificat d'achat des vêtements d'occasion. On compte, actuellement, 321 commerçants de gros.
Pour ce qui est de la vente au détail, le gouverneur fixe le quota de chaque commerçant qui reçoit un certificat de «bénéficiaire de quota». On compte 11.000 commerçants de détail.

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