La Presse (Tunis)

Tunisie: Secteur du leasing - Un franc succès auprès des PME - Relais du financement par l'endettement bancaire

- Le secteur du leasing devrait être faiblement exposé au risque des mauvaises retombées de la crise mondiale

«L'activité leasing a connu un franc succès auprès des PME qui représentent la grande part du tissu économique tunisien. Entrée en vigueur en 2008, la loi relative à la défiscalisation des charges d'amortissements des biens n'a nullement touché l'activité leasing qui continue à être l'une des sources de financement préférées des PME», c'est ce qu'affirme la dernière étude effectuée sur le secteur du leasing en Tunisie. Cette étude a été menée jusqu'au mois d'août dernier par "MAC SA Intermédiaire en Bourse". Elle montre que l'activité de leasing en Tunisie est une activité relativement jeune, car elle a commencé avec la première société de leasing en 1984, «Tunisie Leasing».

En fait, «le leasing est venu consolider le paysage des services financiers en Tunisie afin de contribuer au financement de l'économie tunisienne et de relayer le financement par l'endettement bancaire».

Le secteur est constitué de dix sociétés opérationnelles. Sept sociétés de leasing sont détenues par des banques, et seulement cinq sont cotées en Bourse. Malgré le franc succès que connaît le secteur, il reste tout de même «confronté à diverses difficultés, telles que l'étroitesse du marché tunisien, la baisse de la marge nette en raison de la rude concurrence, la liquidité serrée et la forte dépendance à l'égard de l'évolution de la situation économique».

Cette même étude déclare que les montants de mise en force continuent à grimper en dépit de ces quelques difficultés. «Le montant global des mises en force a enregistré en 2008 une hausse de 12% contre 38% une année auparavant. L'étude précise, par ailleurs, que le taux de croissance exceptionnel enregistré en 2007 est dû à l'effet d'anticipation de la part des clients et des retombées de la nouvelle loi 2008 relative aux sociétés de leasing».

Sur les dix sociétés de leasing opérationnelles, «Tunisie Leasing» reste leader du marché avec une part de 25,39 %, soit ainsi 208,20 MTND en progression de 36,10 % par rapport à 2007. La seconde position revient à «ATL» avec une part de marché de 16,82%, soit un total de mises en force de 137,90 MTND, en hausse de 20,22 % comparés à 2007. En troisième place, on retrouve selon cette étude «CIL» avec une part de marché de 16,51%. Les deux sociétés «ATL» et «CIL» se disputent depuis quelques années la deuxième position.

D'autre part, et concernant toujours cette radioscopie du secteur, «MAC SA» déclare que «Hannibal Lease» avait poursuivie en 2008 une dynamique en développant le financement des véhicules légers. La société est ainsi classée quatrième avec une part de marché de 9,3%. «UBCI Leasing» et «El Wifack Leasing» arrivent en cinquième et sixième position. «Attijari Leasing», détient une part de 5,3%. L'étude montre que l'activité de cette société de leasing reste soutenue par Attijari Bank, puisqu'elle a connu "un redressement progressif grâce à la consolidation des fonds propres et à l'amélioration de l'exploitation...la participation de «Attijari Bank» dans la capital de TJL est passée à l'issue de la récente opération d'augmentation de capital de 30% à 65%»

La part de marché de la société « AIL » s'élève à la fin de 2008 à 4,9%. Ses mises en force ont signé une hausse de 27,21 % comparés à la même période une année auparavant. Par contre, «Best Lease» a connu une baisse de ses mises en forces de 8,66 % en 2008. Sa part de marché s'est située ainsi à 4,75%. La part de marché de la société «Modern Lease» reste faible et ne dépasse pas les 4 %.

L'étude de «MAC SA» montre que le secteur du leasing est bien engagé dans le financement de l'économie. Les sociétés de leasing se sont conformées aux recommandations de la Banque centrale de Tunisie, et se sont pliées à la réglementation en se penchant durant les trois dernières années sur l'amélioration de la qualité de leur actif. L'étude affirme que «la BCT appelle à atteindre dans l'horizon d'un an les normes internationales en termes de risque, soit un taux de créances classées de 15% et un taux de couverture de 70%».

Les sociétés du secteur ont beaucoup travaillé pour atteindre ces objectifs et le taux des créances classées s'est sensiblement amélioré en 2007 terminant au niveau des 13,7% contre 23,4% en 2006, 26,1% en 2005 et 24,9% en 2004. «Les chiffres de 2008 pour l'ensemble du secteur ne sont pas encore disponibles à la date de rédaction de cette étude. Mais si on se réfère à la qualité des actifs des sociétés cotées, nous pouvant déjà anticiper une amélioration au niveau global" .

Les sociétés de leasing travaillent sans cesse pour perfectionner continuellement la gestion du risque. L'étude assure que «malgré la baisse de 4 points de son taux des créances classées entre l'année 2007-2008, «TJL» a enregistré le taux de créances classées le plus élevé soit 47,38% contre un taux de couverture de 72,2%. Le taux a été réduit grâce à la constitution des comités de suivis hebdomadaires instaurés au sein de la société afin de stopper le flux de dégradation de la qualité de l'actif. Le taux de créances classées de «TLS» est passé à 7,2% contre 10,4 % en 2007, avec un taux de couverture de 88%. Cette amélioration reflète l'efficacité des procédures de recouvrement de la société».

Un premier

semestre 2009

probant

Egalement, la société «CIL» s'est démarquée par un taux de couverture des créances de 94% à fin 2008 contre 88% en 2007 et un taux de créances classées de 8%. «Wifack» se distingue également par une bonne qualité d'actif avec un taux de créances classées, à 2,5% et un taux de couverture de 91,29%». Les raisons de cette performance s'expliquent par le fait que le portefeuille de la société est relativement jeune si on le comparait aux portefeuilles des autres sociétés de leasing. Pour l'«ATL», le taux de créances classées s'est aussi amélioré en 2008 affichant ainsi un taux de 8,6% contre 10,4% en 2007. Par contre, le taux de couverture s'est légèrement rétracté en se situant à 78,3%. «Les bonnes réalisations de 2008 semblent bien se prolonger en 2009, puisque les mises en force ont signé une belle hausse de 14,2%». L'étude montre que durant le premier semestre, la société «Attijari leasing» est parvenue à faire quadrupler ses mises en force. La société «Hannibal Lease» a signé également une progression considérable des mises en force qui sont passées du simple au double (+44,1%). «TLS» et «Best Lease» sont les deux seules sociétés qui ont vu leurs mises en force baisser».

L'étude montre avec plus de détails qu'au cours du «deuxième trimestre de l'année 2009, l'activité du secteur a été marquée par la reprise de la société «Attijari Leasing»suite à la consolidation de son assise financière et par le soutien de son actionnaire «Attijari Bank». La situation de «Attijari Leasing» s'est nettement améliorée avec un total des mises en force en hausse de 150,3% (+79,5% pour le produit net de leasing) entre juin 2008 et juin 2009. Toutes les autres sociétés ont signé une progression de leurs indicateurs sauf «TLS» qui a vu ses mises en force diminuer de 2,1% contre une progression de 8,2% du produit net de leasing».

D'une manière générale, cette étude assure que le secteur du leasing devrait être faiblement exposé aux risques de la crise mondiale. «Selon le bilan consolidé des sociétés cotées du secteur du leasing, le total des actifs des sociétés s'est inscrit en hausse de 15,06 % par rapport à l'année 2007, soit une augmentation de 128,42 DTN. Cette hausse est due principalement à l'évolution du montant des créances sur la clientèle de leasing et factoring qui a augmenté de 130 MTND. Cette rubrique représente 90,70 % du montant total des actif».

L'étude montre également que le total des passifs des sociétés de leasing a totalisé, en 2008, près de 828,8 MD contre 736,3 MDT par rapport à 2007, soit une hausse de 12,56%. La hausse de 13,8% des «Emprunts et dettes rattachés» a été le principal contributeur à cette hausse du passif dont 88% sont composés par ce poste.

En 2008, trois sociétés cotées ont émis des emprunts obligataires : «Tunisie Leasing» (45 MD), «ATL» (37 MD) et «CIL» (25 MD). Pendant les sept premiers mois de l'année 2009, il y a eu des émissions de nouveaux emprunts obligataires dont l'enveloppe totale s'est élevée à 85 MD. Outre le recours aux emprunts obligataires et à l'endettement bancaire, les sociétés de leasing ont consolidé leurs ressources via le renforcement des fonds propres. La valeur des fonds propres des sociétés de leasing est passée sur la période 2007-2008 de 116 MDT à 152 MDT, et ce, suite à la réalisation de différentes opérations d'augmentation de capital.

Entraves ou pas ?

Toutes ces progressions et améliorations ressenties et démontrées tout au long de cette étude dévoilent que les sociétés de leasing restent un maillon important de la chaîne de financement de l'économie nationale. Les professionnels du secteur en sont tout à fait conscients et pensent que les changements apportés par la loi de finances 2008, aurait des effets négatifs sur le niveau d'activité des sociétés de leasing. «Les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent la grande part du tissu économique tunisien, recouraient massivement au crédit-bail en raison de l'avantage fiscal offert par ce mode de financement à savoir un amortissement accélèré.» Or, après la promulgation de cette loi, les biens loués sont comptabilisés directement dans l'actif de la société prenante. Mais, heureusement, la bonne orientation du secteur en 2008 et au premier semestre 2009 a dissipé toutes les craintes des opérateurs, confirmant la forte compétitivité de l'activité leasing. L'étude met l'accent toutefois sur les taux appliqués par les sociétés de leasing qui restent élevés et qui se rapprochent de plus en plus de ceux appliqués par les banques. Cette étude pointe du doigt la rude concurrence observée depuis quelques années dans le secteur, ce qui a eu «des effets négatifs sur les taux de sortie. Et pour pallier ce problème, les sociétés de leasing ont été appelées à réduire leurs coûts de refinancement».

«Les sociétés de leasing sont dans l'obligation de veiller à la qualité de leurs actifs, à suivre une politique de provisionnement assez rigoureuse et à maîtriser leurs charges d'exploitation, et ce, pour qu'elles puissent faire, face à des éventuels risques opérationnels».

Pour finir, l'étude résume les points forts de ce secteur qui assure un rôle important dans le financement de l'économie.

Il jouit d'un portefeuille clients assaini, d'une expérience confirmée, d'une diversification régionale, d'une célérité de la prise de décision comparée aux banques et d'avantage fiscal des financements par le leasing.

Toutefois, le secteur présente également des faiblesses, notamment une forte concurrence posant des problèmes de viabilité de certaines compagnies, une exposition à la concurrence des banques, une petite taille des compagnies de leasing, une activité «mono-produit» réduisant la marge de manoeuvre, une faible rentabilité et une forte vulnérabilité à la conjoncture.

L'activité du leasing présente des opportunités, comme la croissance économique soutenue, le mouvement de concentration (fusion/acquisition) et le développement de nouvelles activités. Au chapitre des menaces pour le secteur, l'étude relève l'agressivité commerciale des banques, l'enchérissement des coûts de refinancement ou la libéralisation du secteur des services.


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