La Presse (Tunis)

Tunisie: Présence des arts - Galerie Aïn Profusion de talents

Plusieurs espaces permettent aux nostalgiques d'un centre d'arts vivants abritant tous les artistes de renouer avec nos meilleurs peintres sur plusieurs générations en ce mois de novembre et jusqu'au 15 décembre.

Pendant la longue période de l'été, ils nous manquent, on dirait qu'ils désertent mais pas du tout : ils préparent une production renouvelée, approfondie, particulièrement Sarfati et Megdiche

Les lumières et l'aquarelle

Des talents confirmés se confrontent à la galerie Aïn dans le domaine précieux de l'aquarelle. Ils sont acteurs de la vie culturelle depuis les années 70, ce sont Victor Sarfati, M'hamed M'timet, Béchir Kouniali. Ils nous offrent des tonalités, des personnalités et des origines différentes.

La lumière ruisselle sous un soleil de plomb avec le Sudiste M'timet, lumière frontale de Zarzis avec une aquarelle peu diluée qui garde des couleurs vives et toujours une place ombragée, une projection qui pourrait nous indiquer l'heure, si nous étions attentifs. Il y a des baigneuses, la cueillette des olives. Quelques dessins montrent l'aisance et la badinerie de nus au trait minimal.

Victor Sarfati diffuse une lumière plus ténue, plus nordique. Il maintient une forme impeccable - surtout des chevaux - dans une dilution qui atténue les couleurs et permet une grande transparence. On trouve cela aussi chez Kouniali.

Lumière diaphane, aérienne, plutôt brune mais c'est à peine si la couleur se pose sur le papier. Les lignes de force modèlent le corps simple et nerveux des chevaux, avec une pointe d'humour pour «la croupe», le cavalier et sa monture sont saisis de dos. Dans une autre veine, Sarfati sait comme personne fouiller les portraits en petit format, ou l'attitude paisible d'un homme assis. Sarfati a été marqué par sa région de Béja.

Béchir Kouniali a une manière plus douce que M'timet de rendre une atmosphère du Sud, de Djerba car il préfère le «lever du jour» aux après-midi brûlants.

Energie cosmique

Certains des exposants utilisant l'huile ou la photographie manifestent une grande effervescence. On doit à Mohamed Ayed, le galeriste si sérieux et accueillant,de grands tirages couleurs audacieux par le travail du négatif (qui nous fait croire à une lumière de feu d'artifice au milieu de la nuit).

Certainement, son art avec les manipulations au laboratoire a pu influencer des travaux picturaux - plus ou moins directement. Habib Saïdi fouille à coups de taches multicolores des paysages, mais surtout il parvient à synthétiser tout un paysage de collines en un cri déchirant : c'est à voir absolument, la tragédie de Thelja (autour de Redayef), la montagne forme sa pointe en un visage féminin martyrisé.

Bady Chouchane joue de mille couleurs en un jeu flamboyant de lumières, que ce soit dans «la Rencontre» ou «la Porte bleue», les lumières du Sahel. On rencontre encore Mohamed Zouari, à qui on pardonne des tableaux de poissons vu son origine de Kélibia il y a des dessins de A. Briki et des tableaux de Mokhtar Hanène.

Un autre art et un grand artiste sont là : ce sont les sculptures en bronze de Hechmi Marzouk. On connaît son art monumental, mais les statuettes concentrent virtuosité, finesse et humour comme «la femme à la bicyclette» ou «la maternité» : une femme imposante est accompagnée d'un être si petit qu'on se demande si c'est un autre enfant ou un mari dépassé par les événements

Une contribution précieuse à l'exposition : les dessins de Marzouk, au trait minimal digne d'un architecte (et cela donne une idée de la naissance d'une sculpture).

Avec un galeriste «encyclopédiste», la visite est très enrichissante.


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