Le Soleil (Dakar)

Afrique de l'Ouest: Première édition du festival du Sahel - Veillée musicale sous les dunes de Lompoul

Le week-end dernier, le désert de Lompoul, à une vingtaine de kilomètres de Kébémer, a abrité la première édition du Festival du Sahel. Un grand moment de rencontres et de découvertes pour les nombreux artistes, mélomanes et touristes qui avaient pris d'assaut les dunes de sable de cette localité.

Lompoul village. La voiture quitte l'asphalte pour faire un slalom d'une dizaine de minutes sur une piste sablonneuse. Il faut une grande dextérité pour manoeuvrer dans cette zone que seuls les Pick-up et autres camions osent emprunter. Au bout de la piste, un autre décor s'offre au visiteur, contrastant avec la rusticité des lieux. Des tentes de nomades sont lovées au bas de grandes dunes de sable. Ici, le visiteur semble débarquer au milieu de nulle part.

Rien que du sable à perte de vue. Un vent frisquet fait bouger le feuillage de quelques eucalyptus et vient balayer la vaste place où est installé le podium. Le cadre choisi pour abriter la première édition du Festival Sahel tranche avec le confort des salles de concert et autres théâtres de verdure des grandes villes. Mais les nombreux mélomanes sénégalais et touristes européens venus inaugurer l'événement se contentent bien de ce décor qui les change bien des endroits qu'ils on l'habitude de fréquenter.

Ce vendredi soir, premier jour du festival, en succédant à Baba Maal et son orchestre sur la scène, Noura et son groupe chauffent l'ambiance et font oublier le vent frisquet. Cette chanteuse mauritanienne que certains spectateurs découvrent pour la première fois ou revoient pour la deuxième fois cette année au Sénégal promène le public entre rythmes acoustiques traditionnels maures et toucouleurs, reggae, coupé décalé et... mbalakh.

Ambassadrice de la musique maure, à l'image de Malouma, elle chante dans sa langue maternelle. Pour mieux communier avec le public, Noura appelle à la rescousse son choriste, un jeune pulaar qui s'exprime à merveille en wolof et en français. Le bonhomme s'y prend si bien que tout le monde se met à bouger dans le sable, au pied du podium. C'est dans cette ambiance, vers deux heures du matin, que s'achève le spectacle. Les festivaliers regagnent leurs tentes par petits groupes. Le lendemain samedi, à l'image d'un grand bivouac, tout le monde se réunit à l'ombre du restaurant. Certains papotent sous une tente maure, verres et théière à coté, pour reprendre des forces. D'autres, touristes européens et festivaliers sénégalais partent pour un tour sur les dunes, à dos de chameau. De quoi s'occuper avant le spectacle de la seconde soirée.

GUITARES, TAMBOURS ET CALEBASSES

Le joueur de kora Abdoulaye Cissokho et son groupe de la ville de Saint-Louis du Sénégal sont les premiers à monter sur scène. A trente-huit ans, ce natif de Kolda s'affirme de jour en jour dans le monde de la musique. Et ce soir, malgré les quelques caprices de la sonorisation éprouvée par le cadre naturel, son quintet composé de jeunes instrumentistes sénégalais offre un savant mélange de jazz et de rythmes afro-mandingues.

Ses morceaux « Sutura », « Mansani Cissé » et « Daouda Sané » font se lever les spectateurs assis à même le sable et qui s'invitent volontiers à la danse. Des pas timides qui s'accélèrent avec l'arrivée du groupe nigérien Etran Finatawa sur le podium. Ces cinq musiciens et chanteurs, des Touareg et des Peuls wodaabe du Niger, jouent un mélange de sonorités propres à leur terroir. Deux guitares électriques, un petit tambour et deux calebasses renversées dans un récipient rempli d'eau, accompagnés de chants en tamashek et en peul, suffisent pour faire bouger le public.

Leur accoutrement, typiquement traditionnel, suscite une grande curiosité chez le public. Les Peuls wodaabe arborent des tuniques en cuir et portent des plumes d'autruches sur la tête tandis que les Touareg sont drapés de boubous avec des turbans en indigo bien enroulés autour du visage, ne laissant apparaître que leurs yeux.

Le public, à l'unisson, danse et tape des mains. Certains spectateurs, alignés au pied du podium, s'offrent même des pas cadencés, très en phase avec la musique du groupe nigérien. Une musique qui rappelle bien la vie des nomades avec les cris de bergers derrière leur troupeau. Formé en 2004, Etran Finatawa tourne un peu partout dans le monde, nous explique Bamo Agola, un des chanteurs. Le cadre naturel qu'offre le désert de Lompoul n'est pas étranger aux musiciens de ce groupe.

Très à l'aise, ils ont livré, samedi soir, un spectacle à la hauteur des attentes des festivaliers. Une ambiance que Habib Koité du Mali et ses quatre musiciens ont maintenue. Ce natif de la ville de Thiès, au Sénégal, se sent comme chez lui à Kayes et son joueur de tama fait plaisir à plus d'un en tapant à fond dans son instrument. Le célèbre chanteur malien, très porté vers les rythmes afro-mandingues, a bien fait danser le public. Son tube « Fatouma » est fredonné par les spectateurs qui connaissent bien les paroles. L'artiste malien nous a confié sa fierté d'être invité à cette première édition du Festival du Sahel.

L'événement, selon son initiateur Rafael Rodriguez, président d'Africa Travel Group, est une volonté de sortir du circuit touristique classique pour vendre la destination Sénégal. « En tant que réceptif de quatre vingt-trois opérateurs en France, en Espagne et dans toute l'Europe, nous voulons montrer une autre image du Sénégal : son patrimoine, ses sites comme ici le désert de Lompoul que même des Sénégalais méconnaissent », nous explique-t-il. En s'inspirant de ce qui se fait en Afrique de l'Ouest où certaines zones désertiques abritent des manifestations musicales, les initiateurs du Festival du Sahel veulent faire la différence en choisissant le cadre des dunes de Lompoul. L'année prochaine, la deuxième édition aura lieu en novembre, mais avant cela des leçons seront tirées afin d'accueillir plus de touristes, de festivaliers et de mélomanes friands de découvertes et de musiques du monde...

Entre rencontres et découverte de talents

La première édition du Festival du Sahel a vu défiler des musiciens sénégalais, mauritaniens, nigériens et maliens. Ces artistes ont salué la pertinence de cette initiative.

Qu'est-ce qui lie le yéla de Baba Maal, l'ardine de Noura, les sonorités tamashek et peules du groupe Etran Finatawa et l'afro mandingue de Habib Koïta ? Ce sont toutes des musiques jouées par les peuples du désert. Les initiateurs de la première édition du Festival du Sahel ont convié ces variétés musicales à défiler sur une même scène. Des rythmes que la géographie et l'histoire unissent, d'où leurs ressemblances.

Cet événement qui s'est déroulé du 20 au 22 novembre 2009 dans le désert de Lompoul a été salué par tous les artistes invités. Une initiative qui, selon eux, va permettre aux peuples du Sahel d'exprimer tout ce talent qui les caractérise et, en même temps, de parler de leurs problèmes quotidiens dominés par la problématique de l'environnement. Pour Baba Maal, le Sahel a besoin de rencontres de ce genre. Même tonalité chez le koriste Ablaye Cissokho, un musicien bien connu du festival de jazz de Saint-Louis. « Au-delà de l'aspect musical, nous avons besoin de tels événements pour booster le tourisme. C'est aussi un grand moment de rencontres musicales pour les artistes du Sahel. Il y a de nombreux talents au Sénégal et en Afrique de l'Ouest, et ce cadre leur permet de s'exprimer », souligne-t-il.

Autre fait qui a marqué les artistes, c'est l'endroit dans lequel s'est déroulé le festival. Un coin niché entre les dunes de sables du désert de Lompoul et qui fait penser aux images du Sahara. Le chanteur Habib Koïté est même étonné de voir qu'il existe un tel cadre au Sénégal, qui n'a rien à envier au désert malien. Cet endroit est, selon lui, idéal pour faire entendre les sonorités musicales du Sahel. Cela correspond bien avec l'option des organisateurs qui veulent montrer au monde une autre image du Sahel, en mettant l'accent sur sa richesse culturelle et l'importance de sa tradition orale véhiculée par ses chanteurs, à travers la musique.


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