Alors que dans un pays frère, un grand festival de cinéma était gâché à cause d'un malheureux match de football, l'invité d'honneur, le 7e art algérien en l'occurrence, lâché, malgré quelques efforts de bon aloi, à la vindicte populaire, et ses représentants contraints de changer le fauteuil de prestige qui leur était réservé pour le siège du premier avion à destination de leur pays.
La Tunisie qui, elle aussi, venait de connaître les déboires d'une élimination footballistique sans gloire, donnait une toute autre image à ses invités (débarqués en pleine désillusion) venus assister à ses 14e Journées théâtrales de Carthage.
Ambiance festive au centre-ville, des représentations à guichets fermés en majorité, cafés bondés jusque tard dans la soirée, Monsieur Tout-le-monde, et pas seulement les amoureux du théâtre, se laissait entraîner dans cette animation culturelle qui a laissé, loin derrière, la déception sportive. Des amis jordaniens, émiratis, irakiens et français discutaient, il y a deux jours, de ce phénomène des temps modernes, où le football est devenu une excuse à tous les errements et à toutes les exagérations. Ils s'étonnaient que le culturel se permît, dans un pays à grande tradition culturelle, de manquer à ses obligations d'hôte et de renoncer à l'hommage qu'il a choisi de rendre à un cinéma frère.En parallèle, ils saluaient l'attitude fair-play des Tunisiens qui, bien qu'aussi passionnés pour leurs couleurs et pour le ballon rond que les Egyptiens ou les Algériens, ont démontré que le sport n'est pas, et ne doit pas être, ce qu'il y a de plus important dans la vie.
La maturité, la conscience civilisationnelle et le respect de la vie et de ce qu'elle offre d'autre ont prévalu sous nos cieux parce qu'une grande partie de notre intelligentsia, de nos médias, soutenue par le politique, a su donner la vraie mesure des choses.Ce faisant, ils ont empêché le déchaînement populaire des passions. La déviation était possible, mais la raison l'a emporté. Il n'y a pas eu d'affaire montée en épingle, de «tête de Turc» ni de camouflet à la culture du pays.
Nous n'irons pas en Afrique du Sud, c'est dommage, mais c'est peut-être tant mieux, parce qu'au fond nous avions voulu nous y rendre avec les honneurs, surtout pas à travers une qualification tronquée, comme c'est le cas pour certains, et des procédés extrasportifs.
Qu'importe que nos JTC ne fussent pas du niveau que nous aurions souhaité, elles ont établi que la Tunisie est la terre où le culturel et le civilisationnel prévalent toujours, quels que soient les enjeux.Nos invités artistes et avant eux nos «adversaires» sportifs, dont l'intégrité physique n'a jamais été menacée, l'ont su et relevé.Nous en sommes fiers.

Comments Post a comment