San Finna (Ouagadougou)

Burkina Faso: Basile Boli mis en examen puis remis en liberté

UN MULTI-SYMBOLE EN DANGER

Basile Boli, c'est celui qui est entré dans l'histoire footballistique en marquant de Basile Boly, le jour de sa décoration par Nicolas Sarkozy

la tête, ce but libérateur, victorieux qui fit gagner la Coupe d'Europe à la France. Mais l'homme n'était pas que ce symbole. Sur la Canebière, on le fêtait comme un enfant du pays, et « Basilou » le rendait bien aux Marseillais par son entrain, ses éclats de rire, sa sensibilité à fleur de peau qui n'aurait pas détoné dans un roman de Marcel Pagnol.

Grâce à son énergie communicative, à sa passion exaltée du football, les enfants apprenaient à aimer ce sport. Que la France ait réussi à adopter Basile Boli comme peut-être elle ne l'a jamais fait à ce point s'agissant d'un joueur venu du continent premier, voilà qui peuplait les rêves de bien d'Africains en leur donnant la preuve que le mérite et le talent étaient payés à juste prix, quelles que soient les origines sociales ou la couleur dans l'Hexagone.

Ce n'est pas étonnant qu'un chasseur d'hommes comme Nicolas Sarkozy ait flairé en Basile Boli, un animateur, un rabatteur de qualité pour étoffer les troupes de l'UMP.

De la même façon, en raison de ses qualités de mobilisateur, Brice Hortefeux n'avait pas hésité à lui ouvrir des espaces dans le domaine de l'immigration qui lui ouvrit des horizons sur le monde des affaires. Retournement de situation : aujourd'hui, c'est Brice Hortefeux en tant que ministre de l'Intérieur, qui poursuit Basile Boli puisque l'Etat subventionnait largement son association "Entreprendre et réussir en Afrique" (ERA)!

Et patatras, ce sont toutes ces marques de considération, toutes ces potentialités, toutes ces promesses, qui se trouvent menacées avec cette mise en examen du grand joueur pour abus de confiance et recel dans le cadre de l'association ERA qu'il préside. L'enquête porte sur les comptes de celle-ci qui est largement subventionnée par l'Agence nationale de l'accueil des étrangers et des migrations (Anaem).

Nul n'est à l'abri d'un faux pas mais comme on aurait aimé qu'à l'exemple d'un Platini, Basile Boli garde pour lui-même, pour ses admirateurs en France, en Europe comme en Afrique, intacte l'image qu'il a su se construire dans le cÅ"ur de tous.

Dernière minute : Basile Boli vient d'être remis en liberté

VT

SAN FINNA SOLIDAIRE DE TAOUFIK BEN BRIK

Taoufik Ben Brik, nous l'avons plusieurs fois cité dans San Finna : c'est un journaliste tunisien, un écrivain engagé. Bien entendu, le régime de Ben Ali ne le supporte pas et le harcèle. Il vient d'être arrêté pour une prétendue affaire d'agression (il s'est dit victime d'un piège tendu par les services de sécurité) et a été jugé le 19 novembre. Le procès a été qualifié d'«expéditif» par plusieurs avocats. Le verdict tombera en principe le 26 novembre 2009. L'écrivain risque 5 ans de prison. Avant de comparaître, Taoufik Ben Brik avait pu remettre à des amis, le poème qui suit, écrit donc depuis sa prison de Monarguia, à 30 kilomètres de Tunis. San Finna soutient cet homme qui mène un combat pour la liberté et la démocratie en Tunisie mais également pour les mêmes valeurs en Afrique et dans le monde, tellement ses arguments et défenses font écho partout où les peuples subissent la férule de régimes autocratiques et monarchisants. La peinture qu'il a faite de certains régimes qui revêtent le manteau de la démocratie pour mieux l'oppresser, illustrée par cette formule « Une si douce dictature », n'a pas seulement retenti dans les pages de San Finna ; un homme comme cela a besoin d'être soutenu et que l'on fasse campagne pour lui parce qu'en le faisant, on fait campagne pour nous-mêmes.

LE POETE ET LE TYRAN

Monsieur le Juge,

le prévenu a-t-il droit à une parole licite ?

Comment, alors que vous m'interrompez

exigeant un non ou un oui...

Le droit, je vous le dis, votre Honneur,

pour nous autres Arabes,

qui sommes peuple amateur de préliminaires

avant toute réponse !

A présent, vous allez m'écouter...

Le marché, la Grand-Place, le ventre de la ville

grouillent de cette clameur :

la justice, en mon pays, est inexistante ;

la justice passa et s'en fut ;

la justice a rejoint le Sein du Seigneur,

qui fit que nul n'est pérenne,

fut-il magnifique ou tyran.

Ne vous souciez point de ces mots,

les gens sont saisis de fièvre délirante

et d'hallucinations.

J'ai vu, quant à moi, de mes propres pupilles

ce que la cécité des mécréants ne saurait distinguer,

le fin mot de l'histoire :

la justice n'est pas absente,

c'est la cause qui est illusoire,

ou l'accusation, si vous préférez, qui peine à exister

condamnée qu'elle fut à la peine capitale.

Nous sommes alors aujourd'hui jugés et condamnés

en manque d'accusation.

Comme l'amant est en manque de sa bien-aimée,

Je me consume de désir pour une accusation savoureuse.

Monsieur le juge vénérable

scrutez bien avec moi ces fariboles

exercez votre perçant jugement :

L'on m'accuse d'avoir administré une torgnole

à une dame innocente,

de l'avoir gratifiée d'une ruade,

d'avoir tiré sa chevelure de sirène,

griffé ses joues de pomme rouge,

brisé ses côtes de gazelle...

Comment un poète peut-il commettre autant de fautes de goût ?

Notre poète disait

« nous aimons le pays comme nul ne l'aime »,

je réponds en contrepoint

« j'aime les femmes comme nul ne les aime ».

A toutes les femmes de la terre et des cieux j'ai chanté :

la foudre a tonné sur les contreforts du Kef,

son écho a atteint les confins des terres de Abid,

j'ai cru entendre là le tonnerre de Dieu,

c'était en fait le rire de ma bien-aimée.

A la policière travestie je voudrais dire :

tu es la bien-aimée, tu es le poème,

mais où se scelle donc la vérité ?

Tu fus dure avec moi,

sans répit ni nuance,

j'aurais préféré que tu me taxes d'assassin

ou de voleur de tout ce qui fut thésaurisé durant votre règne.

Mais rosser une femme ? Que désastre !

Où donc se scelle la vérité ?

La vérité est que je me suis aventuré

dans les recoins du palais du dragon,

une promenade devenue cauchemar sans issue.

La vérité est que c'est une affaire

entre moi et Zaba le Grand,

souverain du pays,

une affaire qui concerne Hallaj, le poète et le tyran,

Charlie Chaplin et le dictateur,

Shéherazade et Shahryar...

Dites à mon geôlier de ne pas se fâcher.

Je ne suis, quant à moi, pas en colère,

l'esprit en paix

non pas parce qu'innocent,

parce que coupable de l'avoir dépouillé

de ses derniers masques et parures,

de l'avoir laissé nu comme un nouveau-né

en proie aux moqueurs et aux ricanants.

Ceux qui ne sont point familiers du soleil

sont atteints, à la lumière, de glaucome.

Le soleil se lève, alors sauve-toi, vampire !

Buveur de sang !

Fuis ! Fuis ! Et fais ce qu'il te plaît.

Mes paroles sont libres

comme le souffle de la brise !

Aucune geôle ni aucune cage

ne peut retenir le fugitif qui te parle

de derrière ces barreaux.

Quand la récitation servile

sera étouffée par la bonne nouvelle,

le jour venu,

tu seras humble et poli...

Carthage, cette tombe lugubre où manque le cadavre...

L'idiot fléchira pour faire place à l'étendard et à la bataille.

Tu lâcheras la bride à la démesure

et n'étouffera point le hennissement de ta monture

Elle porte en sa croupe un combattant...


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