San Finna (Ouagadougou)

Burkina Faso: An un du drame de Boromo

QUAND UNE STELE ET UNE JOURNEE NATIONALE CACHENT LA REALITE !

« La raison est hellène, l'émotion est nègre » Pouvait-on en vouloir à Léopold Sédar Senghor, poète et ancien président du Sénégal quand il écrivait ces mots ? Certainement non ! Car quoiqu'on dise, les Africains face à un malheur ou à un bonheur, perdent quasiment la raison. Emportés par l'émotion, ils oublient de dégager les tenants et les aboutissements des évènements pour s'inscrire dans une logique de recherche de solution idoine et raisonnable.

C'est du moins le constat qui se dégage dans la gestion des catastrophes. Et celle que nous évoquons ici, est le drame survenu à Boromo il y a un an. En effet, le 15 novembre 2008 sur la route nationale n°1, un car de transport mixte est rentré en collision avec un véhicule de 10 tonnes. Le bilan fut macabre ! Et du jamais vu depuis que des véhicules circulent sur les routes de notre pays. De source officielle, quatre-vingt dix neuf (99) passagers périrent calcinés dans l'accident et quarante six (46) furent grièvement blessés. Au-delà des familles des victimes, c'est toute la nation qui traversait un deuil.

En l'absence du chef de l'Etat, Tertius Zongo avec quelques membres du gouvernement, effectuera un déplacement sur les lieux du drame. Promesse sera faite d'apporter des soins aux blessés et d'aider les familles endeuillées à se faire dédommager. Un (1) an après, ces promesses ont quasiment été reléguées aux oubliettes. Un (1) an, à notre sens, c'est largement suffisant pour un Etat responsable de tenir ses promesses. Il est regrettable que même les blessés n'aient pas été assistés comme il se devait par l'Etat. Ils seraient d'ailleurs morts s'ils s'étaient fiés aux belles promesses gouvernementales. Notre confrère, "Le Pays" a fait un reportage auprès des victimes. L'évidence est qu'après le sinistre, les blessés et les familles des victimes ont été délaissés, comme si rien ne s'était passé un certain 15 novembre 2008 à quelques kilomètres de Boromo. L'émotion du départ a fait place à un oubli inacceptable.

Un an après, pris à défaut, le gouvernement fait beaucoup de bruit autour de cette érection de stèle, autour de cette journée nationale de sensibilisation sur la sécurité routière, comme pour tenter de faire oublier les fautes commises. La stèle, la Journée, c'est bien mais les familles endeuillées et les blessés n'en demandaient pas tant : tous, dans leur for intérieur, auraient simplement aimé être vraiment accompagnés et ce ne fut pas le cas !

Ce qu'on note aussi, c'est le manque criard de politique préventive dans ce genre de drames. On avait cru qu'après Boromo, le gouvernement allait prendre des mesures rigoureuses et immédiates pour minimiser vraiment les accidents de circulation. Ce ne fut pas le cas et on peut affirmer que rien n'a changé en un an : les routes continuent pour la plupart à être mal construites ; les anciennes à se dégrader à la vitesse grand V ; les véhicules de Mathusalem continuent de circuler grâce à des pots de vin multiples au lieu d'être retirés purement et simplement de la circulation par les autorités ; les véhicules en surcharge continuent de traverser (et même à vive allure s'il vous plaît) tout le pays sans être inquiétés. Il y a démission des autorités. On ne fait pas ce qu'il faut pour mettre de l'ordre dans le secteur des transports routiers. Et la loi d'Orientation des Transports Terrestres est loin d'avoir eu, en tout cas jusqu'à présent, les résultats escomptés.

Nous avons tendu notre micro à certaines personnes pour leur jugement après un (1) an, de ce qu'il est convenu d'appeler le drame de Boromo.

Adama Séré, Secrétaire Général du REDB

« Je pense que le 15 novembre 2008, a été très sombre pour le pays, au regard du drame qui est survenu à Boromo. C'est en effet tout le peuple burkinabè qui fut touché par ce regrettable accident. Donc aujourd'hui si le gouvernement fait de cette date une journée nationale de sensibilisation, c'est une bonne chose. Autrement, c'est toujours bien de poser des actes majeurs tel qu'une stèle car cela jalonne la vie de la nation. C'est un devoir de mémoire. C'est aussi important pour la génération future. Cependant, il faut aussi regretter que la gestion du drame soit ainsi. Il y a d'abord des bonnes intentions de nos autorités, mais jusque là rien, car les familles des victimes se plaignent toujours. Enfin par rapport à la gestion globale de la circulation, on voit des véhicules sans contrôle technique et des transports mixtes qui circulent. Cela voudrait dire qu'on n'a pas encore pris conscience du danger de Boromo. Ainsi va le pays. »

Kindo Souleymane, enseignant du lycée

« C'est toujours triste de penser au drame de Boromo. D'abord parce que ce jour, il y a eu des êtres humains qui ont été calcinés et que d'autres ont été blessés grièvement. C'est vraiment un drame que le pays n'avait jamais eu. L'autre volet, c'est que c'est triste parce qu'aucun traitement responsable n'a été donné aux victimes. Tout le monde pensait que pour une fois, le président du Faso allait rentrer précipitamment au pays et faire quelque chose lui-même pour les victimes. Mais rien. Ensuite, un (1) an après, on ne peut pas imaginer que le gouvernement n'a pas daigné apporter de l'aide aux blessés et aux parents des victimes. Certains se plaignent. Ce n'est pas sérieux. Il faut que nos autorités, en lieu et place des discours inutiles, réagissent pour ceux qui se trouvent victimes des catastrophes. C'est déplorable ! Dieu seul sait combien d'accidents se sont passés après Boromo. Tout ça parce que Boromo n'avait rien dit aux autorités. Si ce n'est pas de l'hypocrisie. »


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