Kinshasa — Me Firmin Yangambi nie avoir projeté une insurrection, et à entendre son coinculpé Benjamin Olangi, la détention illégale d'armes ne serait qu'un montage ourdi dans le piège qui leur a été tendu.
Le mercredi 18 novembre 2009, la salle d'audience de la Cour militaire de Kinhasa/Gombe est archicomble. Quatre prévenus sont assis sur le banc des accusés. Ils ont pour noms : Eric Kikunda, Ben Olangi, Me Firmin Yangambi et le colonel Elia Lokundo. Ils sont accusés de tentative de participation à un mouvement insurrectionnel, une infraction passible de la peine de mort.
C'est un combat à armes inégales qui se livre au prétoire. Car d'un côté, la plupart des avocats sont des anciens étudiants en droit du général Munkutu, l'officier qui assume le rôle de ministère public. De l'autre côté, l'organe de la loi est plus galonné que tous les juges.
Après une bataille sans quartiers entre le prévenu Firmin Yangambi Libote et son ancien professeur aujourd'hui accusateur, la Cour militaire a fini par demander au prévenu Ben Olangi comment son ami Eric Kikunda et lui ont été arrêtés. Moment important. Car ce sont eux qui sont censés avoir possédé des armes destinées à Me Firmin Yangambi pour l'insurrection qui aurait été en gestation à Kisangani.
Invité à barre, le prévenu Olangi a dit que le 26 septembre 2009, lui et Eric Kikunda sont allés rencontrer le pasteur Alain à l'hôtel Estoril vers 19h00 pour retirer des documents destinés à Me Firmin Yangambi. Mais au lieu du rendez-vous, ce dernier qui était accompagné d'un inconnu leur a expliqué qu'il n'était pas prêt. Ils ont donc rebroussé chemin avec un garçon de 3 ans qui était à bord.
Quelques mètres à peine franchis, leur voie est barrée par une Jeep rouge. Ils sont arrachés de leurs sièges par des hommes armés et en civil. Jetés dans la Jeep, c'est leur passage à tabac qui commence. Tout en les piétinant, leurs tortionnaires les surprennent par ces mots : «Vous avez des armes».
Après qu'on les eut déshabillés, ils ont été acheminés au camp Kokolo où on leur a présenté des gens costauds en civil. Et on leur a dit : « Ce sont des exécuteurs. Ici on tue de trois manières. Si vous n'acceptez pas ce que nous allons vous dicter, vous serez éliminés ». On les a ensuite emmenés dans un autre endroit et placés de nouveau dans un véhicule après leur avoir bandé les yeux. Ils ont été ensuite mis dans des sacs et arrivés au bord du fleuve, ont leur a mis des bouchons de tissu dans les bouches afin de les empêcher de crier. Leurs tortionnaires leur assénaient toujours des coups de bottes.
Quelques instants plus tard, chacun d'eux a été placé dans un trou, et ces militaires se sont mis à tirailler. Après une vive discussion en swahili, un militaire a crié à un autre : « Laisses ! ». Au même moment, Ben Olangi a entendu un coup de feu. Et quelqu'un est venu lui chuchoter à l'oreille : « Ben, c'est ta dernière chance. On vient d'abattre ton ami Eric, parce qu'il n'a pas voulu marcher. Ce sont vos frères de la Province Orientale qui vous ont livrés. Tu n'es qu'un pauvre étudiant. Accepte simplement qu'on vous a trouvés avec des armes, et que ces armes appartiennent à Me Firmin Yangambi ». Inutile de dire que c'est le même scénario qui se passait du côté de Eric Kikunda. Lui aussi, on lui a fait croire que Ben venait d'être exécuté.
Ce conditionnement terminé, Ben et Eric ont été de nouveau placés dans des véhicules. Direction : services spéciaux et des renseignements de Kin-Mazière. Là, Ben a été placé dans un local où on lui a demandé son adresse afin qu'on aille y déposer l'enfant qui se trouvait dans la voiture. On lui a ensuite placé le bouchon dans la bouche, et un enquêteur a entrepris de gratter le genou de sa jambe gauche avec une pierre tranchante. Lorsque la blessure a commencé à saigner, l'un de ses bourreaux a uriné sur la blessure en ironisant que c'est un médicament efficace.
Lorsqu'on lui a enlevé le bandeau, il s'est aperçu qu'il était seul. Après un temps qui lui a semblé une éternité, on a fini par lui apporter un pantalon grotesque avant de lui faire grimper les escaliers. Parvenu à l'étage, on lui a répété la leçon : « Dis ce que nous t'avons inculqué. Tu es un étudiant, Firmin a déjà fait sa vie. Ici, il y a des gens qui ont déjà fait 8 mois sans être auditionnés ».
Mais quand Ben a demandé à être assisté par un avocat, on lui a appliqué un coup de poing en plein visage, et il s'est mis à saigner. L'un de ses tortionnaires a grondé : «Qui t'a dit que les avocats viennent ici ». Le prévenu Benjamin Olangi a ainsi terminé son récit à l'endroit de la Cour militaire : « Ils ont confectionné leurs procès-verbaux et m'ont ordonné d'avouer ce qu'ils voulaient, en me disant de demander la clémence ».

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