Il aurait dû quitter le pouvoir le 22 décembre 2009, et des milliers de Nigériens ont entrepris de le lui rappeler. Car, en effet, Mamadou Tandja a décidé, entre temps, de jouer dans la continuité. Là-bas, on dit «tazartché».
Une tendance qui a cours dans plusieurs capitales africaines, où l'on use de tous les moyens pour s'arc-bouter au fauteuil présidentiel. Le Niger de Mamadou Tandja n'a pas échappé à l'exception, devenue règle. Le bistouri constitutionnel est passé par là, avec force épreuves et... épreuve de force: dissolutions en cascade d'institutions, élections contestables et contestées, révision constitutionnelle imposée, changement in extremis de République...
Les espoirs d'alternance au pouvoir pour 2010, ou tout au moins la sauvegarde espérée d'un départ constitutionnellement acquis, ont été flétris, déçus. On peut donc comprendre qu'une partie de la population nigérienne refuse d'accepter ce fait accompli. D'autant que, par-delà ce passage en force, le Niger, qui s'est mis la communauté internationale à dos, est notamment exclu des instances de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest. De quoi donner un peu de punch à l'opposition, qui est restée constante dans sa position de contestation de cette ligne dure du «tazartché».
C'est, du reste, cette position, qui s'inscrit somme toute comme une profonde conviction que le pays de Hamani Diori est sur une mauvaise pente, qu'a tenu à réaffirmer la Coordination des forces démocratiques pour la république (CFDR), dont les militants et sympathisants sont descendus dans les rues de Niamey, par milliers, le dimanche 22 novembre 2009, pour réclamer le départ du président Tandja. C'est vrai que le contexte est favorable pour l'opposition, au moment où les pressions de la communauté internationale se font plus insistantes, afin que «l'homme de la continuité» engage de vraies discussions pour un retour à l'ordre constitutionnel dans son pays.
Seulement voilà! La question reste entière et personne ne porte de gants pour la poser: «Le président Tandja est-il prêt à faire des concessions pour trouver un compromis institutionnel au Niger?» Par-delà les grondements de la rue qui, exaspérée, a scandé, dimanche dernier, «Tandja doit partir», «Non à sa Constitution», quel modus vivendi sortira des concertations en cours entre le pouvoir nigérien et la CEDEAO, pour ramener les enchères politiques à une juste et acceptable proportion?
Je doute, en effet, qu'après s'être donné tout ce mal pour s'octroyer, envers et contre tous, un bail de trois ans - «et plus, si affinité» - au pouvoir, Mamadou Tandja se fasse subitement hara-kiri pour remettre les pendules à l'heure du «constitutionnellement correct». C'est pourquoi, si la manifestation de dimanche a le mérite de souligner la détermination de l'opposition et de mettre le doigt sur cette réalité bien africaine de la violation de la parole donnée - pourtant éminemment sacrée hier, dans nos cultures et valeurs - elle n'éjectera certainement pas Mamadou Tandja de son fauteuil le 22 décembre 2009. Il n'est même pas exclu que d'ici à là, comme en Guinée, la rue soit, à nouveau, le lieu d'expression d'un courant «Tandja doit rester», dans une danse folle de la démonstration de force.
Dommage que la vie sociopolitique de nos pays reste une perpétuelle épreuve de force...
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