Que dire concernant un chef d'Etat qui a tout violé pour rester au pouvoir et qui reste de marbre face aux réprobations et de ses opposants et de la communauté internationale ? Rien, sinon que d'accentuer la pression contre lui pour qu'il daigne au moins songer à partager le pouvoir.
C'est le cas actuel de Mamadou Tandja, le chef de l'Etat du Niger, qui a renvoyé les députés puis a installé un Parlement totalement acquis à sa cause, et en prenant soin de dissoudre la Cour constitutionnelle, dernier grand écueil à son dur désir de durer à la présidence.
Rien donc ne s'opposait à la pantalonnade de ce bon militaire qui, dans la foulée, a franchi allègrement le seuil de la VIe République et qui aura donc ses 3 si précieuses années pour parachever ses chantiers, auxquels il attache du prix. Rien vraiment ne l'empêche de gouverner tranquillement ?
Pas si sûr, puisqu'il y a, d'abord, la communauté internationale, CEDEAO en tête, qui lui rappelle régulièrement qu'il n'a plus la légalité avec lui, d'où la facilitation menée par Aboubacar Abdul Salami, mandaté par la CEDEAO pour concilier Tandja et ses opposants ;
ensuite, le vrai empêcheur de régner en paix au Niger est l'opposition, qui est devenue, malgré le calme olympien qu'affiche Tandja, le poil à gratter du pouvoir nigérien.
Une opposition conséquente, composée de fortes personnalités dont la plupart ont déjà exercé de hautes fonctions au sommet de l'Etat et qui savent donc ce qu'est le pouvoir du même nom : on peut citer le défunt Moumouni Djermakoye, l'ancien Premier ministre Hama Amadou ou l'ex-président de l'Assemblée nationale Mahamane Ousmane, qui fut d'ailleurs, dans les années 90, président de la République.
Dès le départ, cette opposition a dit « niet » à ce qu'elle considère comme une forfaiture, et sa position n'a pas varié depuis : l'onction qu'il avait reçue du peuple pour diriger le Niger s'achève le 22 décembre 2009. A partir de cette date, Mamadou Tandja n'est donc plus, à ses yeux, le président de la République. Ces opposants viennent de rappeler bruyamment cette échéance à Tandja le 22 novembre dernier.
A un mois de l'expiration de ce mandat initial, plusieurs Nigériens ont battu le macadam pour signifier qu'en dépit du référendum du 4 août 2009 et de tous les « autres actes anticonstitutionnels », ils restent réfractaires à toute modification de la Constitution, à plus forte raison à un changement de Constitution.
Il s'agit, avec cette sortie de l'opposition, d'une réponse du berger à la bergère, car chacun se souvient encore des sorties des partisans du pouvoir pendant des jours pour apporter un soutien à leur champion, tout en fustigeant au passage la CEDEAO, qui avait osé suspendre le Niger.
A dire vrai, quoi qu'on puisse penser, au-delà de certains extrémismes, marginaux, il faut reconnaître que cette opposition est demeurée égale à elle-même, même si, au début, on avait craint qu'elle se lézarde comme cela est légion sur le continent.
C'est à son honneur, même si on sait que, malgré la médiation de l'ancien président nigérian et la pression de la communauté internationale, on ne sait pas à quoi la situation nigérienne va aboutir :
Tandja ne peut plus faire marche arrière, cela est évident ; va-t-on reprendre des législatives, avec l'entrée éventuelles des opposants à l'Assemblée nationale ? Quel compromis, bancal, pour une situation alambiquée ? L'opposition tient bon, mais sur quoi va-t-elle déboucher ? Comme on le dit, elle est sûre de la bataille, mais l'est moins de la victoire.

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