Le choix du jour est tout un symbole. Le 22 décembre dernier, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Niamey, la capitale nigérienne, à l'appel de la Coordination des forces démocratiques pour la République (CFDR), coalition de partis, syndicats et organisations de défense des droits de l'Homme. Cette entrée en ébullition du front sociale intervient un mois, jour pour jour, avant la fin du mandat présidentiel de Mamadou Tandja, prolongé par un vilain jeu anti-constitutionnel.
Les frondeurs ont été, on ne peut plus clairs : passé le 22 décembre prochain, le président nigérien se retrouvera sans légitimité. Et pour les plus radicaux, passée cette date limite du bail présidentiel, il devra faire ses malles et céder la place à un nouveau locataire au palais de la présidence nigérienne. Un départ, de toute évidence, que le président Tandja n'est, pour rien au monde, pas près d'accepter, surtout après avoir réalisé le tour de force de s'ouvrir un grand boulevard menant vers la sédentarisation de son pouvoir.
Alors, face à un régime qui ne marchandera pas le maintien aux affaires de son chef, et pour qui le débat sur la VIe République est définitivement clos, et une opposition qui n'entend pas se laisser conter, qu'adviendra-t-il de l'après-22-décembre ? On croise les doigts.
Toujours est-il que cette opposition et la communauté internationale continuent à mettre la pression et appellent incessamment à l'ouverture d'un dialogue. Des négociations souhaitées dans les plus brefs délais par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui a dépêché dans ce pays un médiateur. Mais si pourparlers il y a, il n'est pas exclu que ces négociations tournent finalement au dialogue de sourds entre pouvoir et opposition.
Dans tous les cas, la situation de vacance du pouvoir dans laquelle sera bientôt plongé le Niger, comme le crie l'opposition, commande qu'une solution acceptable pour tous soit trouvée de toute urgence, pour sortir ce pays de l'état de crise institutionnelle.
Reste à savoir si Mamadou Tandja est dans une disposition d'esprit suffisante pour accepter le compromis avec cette opposition. Le Niger retient son souffle... Plusieurs scénarii se dessinent à l'horizon. Soit Mamadou Tandja choisit de raidir la nuque et de bander les muscles, pour s'en prendre à tous ceux qui voudraient continuer à faire vaciller les frêles fondations de la VIe République qu'il vient de bâtir de ses propres mains. Soit il engage un dialogue en trompe-l'oeil avec l'opposition, histoire de desserrer quelque peu l'étau de son opinion nationale et celui de la communauté internationale. Quant à savoir s'il pourrait envisager une cohabitation avec son opposition et consentir à lui céder une partie de ses pouvoirs, rien n'est moins sûr. En tout état de cause, la date du 22 décembre avance à grands pas et il est fort à parier que les pressions nationale et internationale se feront davantage plus grandes à mesure qu'on tendra vers cette date fatidique. Ragaillardie par le soutien d'une communauté internationale qui n'est pas tendre envers le président nigérien, cette opposition donnera certainement encore plus de la voix.
La communauté internationale, qui ne reconnaît pas le référendum du 4-août dernier, offre encore la possibilité au président Tandja de trouver un compromis institutionnel. Le numéro un nigérien a encore un mois pour donner des signaux forts et des gages de bonne volonté. A lui de ne pas rendre davantage les choses compliquées pour, non seulement sa personne, mais aussi et surtout pour son pays. Certes, le Niger ne sera ni le premier, ni le dernier pays sur la liste, à se voir infliger des sanctions de la communauté internationale. Mais, plongé qu'il est dans les profondeurs du sous-développement, comme l'attestent du reste, les indicateurs du PNUD sur le développement humain, le Niger n'a pas besoin de cette épreuve de plus : celle de se voir définitivement mis au ban de la communauté internationale.

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