Fraternité Matin (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Filière Café - cacao - Manifestation des parquets contre la détente prolongée des détenus

Abidjan — Comme annoncé dans la presse, des détenus dans l'affaire de la filière café-cacao, qui ont récemment assiégé le greffe de la Maca, ont été reçus, hier en fin de matinée, par le procureur de la République, Tchimou Raymond Féhou. Si rien n'a filtré de cette rencontre qui a eu lieu au bureau du chef du parquet, il nous revient, de sources proches du dossier, que le procureur Tchimou leur a dit que même s'il est initiateur de la procédure en cours, il ne peut leur accorder la liberté provisoire qui relève désormais de la compétence du doyen des juges d'instruction, Joachim Gnakadé Ladji.

Celui-ci peut ou ne pas tenir compte de ses observations comme ce fut le cas récemment où il aurait donné, en vain, trois avis favorables à la liberté provisoire.

Il ne serait donc nullement opposé à la demande de mise en liberté provisoire des prévenus. Mieux, en leur demandant d'interjeter appel auprès de la Chambre d'accusation, toujours selon nos sources, il leur aurait donné l'assurance de peser de tout son poids pour faire aboutir dans les meilleurs délais leur demande de mise en liberté provisoire.

Ils sont en tout huit prévenus dont deux femmes à avoir été reçus par le procureur Tchimou. Ce sont : Bolou Sophie Laure Adèle épouse Dago, Loukou Ahou Dominique épouse Agbalessi, Kouassi Tohouri Prosper, Gnako Sokouri Alfred, Sahé Kouadio, Dibgeu Toh Lambert, Souanga Koffi Anokoua Mathurin et Kra Banny Blaise. Placés sous mandat de dépôt dans le courant des mois de juin et juillet 2008, ils sont dirigeants et gestionnaires des structures de sous-traitance avec les sociétés mères de la filière café-cacao dont les responsables, principalement mis en cause, font, eux aussi, l'objet de détention depuis bientôt deux ans. En dépit des assurances données par le procureur Tchimou, les parents des concernés, qui avaient placé un grand espoir en cette rencontre avec le chef du parquet, ont bruyamment manifesté leur colère. Composés pour la plupart de femmes (épouses, mères, filles et autres frères des détenus), ils ont tenté d'assiéger le parquet. Repoussés par les policiers de service au palais, ils ont occupé une heure durant la cour du palais avant d'y être délogés par les forces de l'ordre. De fait, les parents des détenus s'attendaient hier à voir libérer sur le champ les prévenus. Avec des pancartes et des invectives à la bouche, ils ont dénoncé la détention «prolongée et injuste» des mis en cause.

Le mouvement de protestation s'est poursuivi à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (voir encadré).

10  prévenus assiègent le greffe de la Maca

C'est à nouveau le branle-bas à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca, prison civile). Depuis hier, dix détenus de la filière café-cacao (Didier Gbogou, Kouassi T. Prosper, Sahié Kouadio, Soanga Mathurin, Mmes Evelyne Elloh, Obodji Roselyne, Dago Sophie, Agbalessi Dominique, Mensah Viviane et Kili Angeline) assiègent le greffe de la prison. La rencontre infructueuse entre le procureur de la République près le tribunal de première instance d'Abidjan-Plateau, Féhou Raymond Tchimou, et huit personnes impliquées dans le dossier mais n'ayant pas la qualité de dirigeants, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Tous les prévenus, dirigeants ou non de la filière, ont donc libéré leur cellule pour manifester leur colère devant le greffe; criant à l'injustice.

Les manifestants estiment que la détention provisoire de ces huit prévenus «ne contribuera pas davantage à la manifestation de la vérité». Ils militent pour leur liberté provisoire. Surtout que certains de leurs dirigeants – Gbogou Didier (Dg de l'Arcc) et Mme Kili Angeline (Pca du Frc) notamment - ont joint à leur demande de mise en liberté provisoire en date du 9 novembre dernier, une lettre de décharge indiquant qu'aucun fait délictueux n'était à relever contre ces collaborateurs qui n'avaient fait qu'exécuter les instructions de la hiérarchie, conformément à leur contrat de travail.

«Nous sommes complètement abattus et nous ne croyons plus en rien. Un autre audit (le troisième, ndlr) vient d'être lancé qui est censé durer 45 jours. Quand on sait que le deuxième de deux mois a pris un an, on ne sait plus à quel saint se vouer au moment où nous sommes injustement détenus et vivons un drame. Nos enfants, pour la plupart, ne vont plus à l'école, nos familles sont disloquées, etc. parce que tous nos biens sont saisis. On ne leur demande pas de surseoir à la procédure contre nous, mais de nous autoriser à regagner nos domiciles tout en restant à la disposition de la justice», a confié, sous couvert de l'anonymat, un des détenus.

Aux dernières nouvelles, les demandes de mise en liberté provisoire de Tapé Doh (Pca de la Bcc), Placide Zoungrana (Pca de l'Arcc), Gbogou Didier (Dg de l'Arcc) et Mme Mensah Viviane Mangnan (Daf de la Bcc), en date du lundi 16 novembre dernier, a été refusée hier.


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