Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Aimer un enfant, c'est lui apprendre à être un Burkinabè

De nombreux pays du monde ont commémoré le 20 novembre dernier le 20e anniversaire des droits des enfants.

C'est en effet le 20 novembre 1989 que l'Organisation des Nations unies, au vu du sort qui est reservé aux enfants à travers le monde, a élaboré et fait adopter par son Assemblée générale une charte appelée Charte internationale des Droits de l'Enfant ( CIDE). La République du Bénin vient de ratifier la Charte, consacrant ainsi son entrée en vigueur pour tous les Etats parties.

Au Burkina Faso, la Charte des Droits de l'Enfant a été ratifiée. Un Parlement des enfants a été mis en place. Il se réunit régulièrement et fait des propositions pertinentes allant dans le sens de la promotion et de la protection des droits des enfants. Pour la petite histoire, lors de sa récente assemblée, le Président du Parlement des enfants a demandé au Président de l'Assemblée nationale du Burkina Faso de revoir à la hausse les crédits qui sont alloués à son institution. Très logique en ces temps de vie chère, de crise économique et financière qui n'épargnent même pas les enfants. Ils en sont même les plus grandes victimes. Très logique surtout quand ils voient ce que gagnent et font leurs aînés.

Comment les adultes burkinabè que nous sommes, vivons ces droits de nos enfants ? Comment les mettons-nous en pratique ? Comment travaillons-nous pour leur promotion et leur vulgarisation dans nos différents milieux et services ? Pour promouvoir et oeuvrer pour une plus grande vulgarisation des droits des enfants, il faut tout d'abord les aimer. C'est tout à fait naturel. Il faut considérer les enfants comme des personnes dignes de respect. Mais, est-ce aimer les enfants que de céder à tous leurs désirs, à tous les caprices de ceux-ci ? Est-ce vraiment aimer son enfant que d'abdiquer de son autorité parentale et lui permettre de faire et de dire tout ce qui lui plaît ? Dans les lycées et collèges de la capitale et certainement aussi en province, il n'est pas rare de trouver des garçons et des filles qui viennent en classe avec d'importantes sommes d'argent dans les poches.

Outre les risques qu'ils courent du fait d'une criminalité que l'on rencontre à tous les coins de rue, l'école, le lycée et le collège ne sont en aucun cas des rues marchandes, des marchés. La presse a fait état de ces jeunes adolescents qui se rendent dans des boîtes de nuit et autres lieux de plaisir avec des millions dans leurs poches. Interrogés par la police et la gendarmerie, ils ont avoué avoir pris cet argent en famille dans un placard où il était déposé. Il n'est pas rare de voir dans certaines familles, des enfants, parfois des bambins parler, insulter et traiter vulgairement des adultes, parfois leurs propres parents pendant que ceux-ci s'esclaffent de rire. Est-ce aimer l'enfant ? Est-ce respecter ses droits ? Est-ce mettre en pratique les dispositions de la Convention internationale des Droits de l'Enfant que de se conduire de la sorte ? Les anciens ne disent-ils pas que qui aime bien châtie bien ?

Aimer son enfant, aimer l'enfant tout court commence par lui donner une bonne éducation, lui apprendre les règles élémentaires de la vie en société dont le respect dû aux personnes âgées et aux aînés est le pilier. Mais que constatons-nous ? Il peut arriver que dans nos milieux, on rencontre de jeunes gens qui n'ont aucun égard pour leurs camarades, leur entourage, voire leurs propres parents. A la moindre remarque, ils répondent : « C'est mon droit ! ». Certes, mais ce droit ne dispense pas un enfant d'avoir de la considération pour les autres. Aimer l'enfant, c'est lui assurer une bonne éducation à la maison d'abord, lui trouver un bon établissement où l'on enseigne correctement.

Mais combien de jeunes garçons et de jeunes filles voyons-nous changer d'établissement à chaque rentrée des classes parce qu'ils viennent d'être renvoyés de leur précédent établissement plus pour indiscipline que pour insuffisance de travail ? Cette catégorie d'enfants est une préoccupation majeure pour leurs père et mère qui prient à chaque rentrée pour trouver seulement un établissement qui accepte de prendre leurs enfants. Ces enfants finissent par être des déchets de la société par la faute de leurs parents. Aimer l'enfant, aimer son enfant, ce n'est nullement le préparer pour qu'il soit demain un déchet de sa société, mais un acteur intelligent et responsable qui participe et anime la vie de cette société. Pour qu'il le devienne, il y a des sacrifices à endurer, par lui-même et par ses parents aussi.

Aimer son enfant, c'est lui apprendre à devenir un homme demain, c'est simplement lui indiquer le chemin pour devenir un Burkinabè. On voit dans les rues de la capitale et dans d'autres agglomérations, des jeunes gens montés sur des motos de grosses cylindrées, des engins puissants qui peuvent débouler à plus de 100 kilomètres à l'heure. Si l'on s'approche de leurs parents, les plus polis vous répondront que s'ils ne lui achetaient pas cette moto, leur enfant refuserait d'aller à l'école. Les irrévérencieux vous lanceront en face que si vous n'avez pas les moyens d'en acheter pour votre fils, il faut laisser en paix les autres. La suite, on la connaît, ou elle est facile à deviner : le jeune enfant, victime de l'irresponsabilité mais surtout d'une absence totale de l'autorité parentale, finit ses rallyes sur les voies étroites de la capitale sous un véhicule à quatre roues, laissant les uns et les autres en pleurs et dans la douleur.

C'est cruel de le dire, mais il y a des pères et des mères si permissifs qu'ils envoient leur progéniture à la mort. Ils achètent la mort à leurs enfants. En ces temps de récession économique et de crise financière, en cette année de précarité alimentaire au Burkina, il n'est pas facile de combler toutes les attentes en matière de droits des enfants. Pour beaucoup de parents, l'essentiel de ces droits consiste à les nourrir correctement, les soigner quand ils sont malades, leur donner une éducation adéquate quel que soit leur genre. Car les droits ne sont rien si des chances égales de s'épanouir ne sont pas données indistinctement à la jeune fille et au jeune garçon.

En ce mois de novembre où l'on commémore les 20 années de la Convention internationale des Droits de l'Enfant, prenons tous et chacun la ferme détermination d'éduquer nos enfants sans faiblesse et sans autoritarisme. Montrons-leur les valeurs fondatrices de notre société qui sont l'amour du travail, l'effort et la persévérance, l'amour de leur patrie. Dans leur conduite morale individuelle, ils doivent respecter, apprendre à respecter et défendre la vie humaine, la leur et celle des autres. La droiture, l'honnêteté, le respect du bien commun et celui d'autrui sont autant de valeurs qu'ils doivent prendre en considération. Pour cela, nous devons être... des modèles. De cette manière, nous parviendrons à en faire des hommes, pas uniquement des humains.


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