Contrairement aux années 90 qui avaient condamné le système à parti unique et consacré le pluralisme politique avec comme corollaire le réveil de la conscience populaire et de l'élan patriotique collectif, on observe un passage à vide inquiétant sur la scène politique depuis l'installation des institutions et leurs animateurs actuels issus du processus électoral de 2006.
C'est l'immobilisme total, alors que la législature a déjà amorcé l'étape de son échéance légale. Nombreux et bruyants pendant la transition et lors de la campagne électorale, les partis politiques qui ont traditionnellement mission d'animer la scène politique et de galvaniser l'opinion, ont sombré dans un état d'hibernation prolongé dont ils sont toujours loin de sortir. Il n'y a pas de meetings populaires et de grandes conférences de presse tenus de temps en temps par les leaders de partis politiques, qu'ils soient de l'opposition institutionnelle ou extra-institutionnelle, voire ceux proches du pouvoir. Et pourtant, ce ne sont pas les matières et les événements importants qui font défaut dans un pays empêtré dans des problèmes multiformes voire nauséabonds.
A cause de cette carence des partis politiques sur leur terrain de prédilection, ce sont les ONG de défense des droits de l'homme qui prennent leur relais pour dénoncer des situations qu'elles trouvent déplorables en RDC, à tel point qu'elles s'attirent les foudres du pouvoir. L'UDPS, le PALU, le MPR, le PPRD , le MLC et le RCD, pour ne citer que ces partis pour des raisons évidentes, sont en train de se déchirer et de s'épuiser par des rivalités de clocher apparentes chez les uns, latentes chez les autres. L'unité de commandement sauve plus ou moins les apparences au PPRD, ce qui n'est pas le cas chez les autres partis politiques en butte aux chamailleries , et enclins à la désacralisation du leadership et à sa remise en question. Parfois, on s'amuse à tisser des légendes extravagantes sur ce leadership. Le vent de fronde a déjà soufflé tour à tour au RCD, au MPR, au PALU et à l'UDPS, et dans une certaine mesure au MLC et au PPRD. Le pouvoir s'exerce désormais sans contrepoids pour lui crier gare et dire halte-là ! Presque rouillés et en perte de vitesse, les partis politiques ne se montrent plus capables de jouer ce rôle de garde-fou.
Des interventions, prises de position et critiques de l'opposition institutionnelle, exprimées dans l'hémicycle du parlement ou dans des organes de presse écrits ou audiovisuels, ne peuvent en rien avoir l'emprise sur l'opinion et le pouvoir autant que des actions dynamiques orchestrées par des partis politiques jouissant de la crédibilité et de la considération des masses. Surtout s'il s'agit des leaders influents et généralement responsables, dont le discours fait autorité. L'éclipse sur la scène du Président national de l'UDPS, Etienne Tshisekedi, permet de se rendre compte de cette absence cruelle de leaders imposants aujourd'hui dans l'univers politique congolais. Il n'y a plus de voix ferme, forte et puissante qu'on sent retentir aux intonations patriotiques et nationalistes de connaisseur qui, le cas échéant, fait un tour d'horizon de la situation du pays sous tous ses aspects d'actualité et en informe l'opinion nationale et internationale. C'est dans cette ambiance morne qu'on va continuer de patauger jusqu'à l'échéance de cette législature qui n'est plus très éloignée.
Le déséquilibre du rapport des forces entre les partis et le pouvoir n'incite guère à l'optimisme quant à l'évolution de la démocratie et des enjeux politiques sur la scène. L'Opposition distraite et rêveuse L'engourdissement et l'autodestruction des partis politiques arrangent bien le pouvoir qui ne trouve pas de forte partie à qui il peut avoir affaire. Cela ne présage rien de bon pour l'alternance en 2011 qui s'annonce ainsi hypothétique déjà. Fort des atouts dont il jouit en vertu de sa suprématie au sommet de l'Etat au cours de cette législature, le PPRD peut facilement nouer et dénouer des alliances à son gré pour s'assurer la conservation du pouvoir, à moins que le destin n'en décide autrement. Jusqu'ici, il demeure l'arbitre des enjeux et le maître du terrain, alors que les partis politiques s'ankylosent et que les leaders de poids s'éclipsent de la scène.
Ce sont les réalités déconcertantes qui inquiètent les observateurs attentifs et tous ceux qui rêvent de l'alternance en 20011. Le PPRD est le parti leader de la coalition majoritaire au pouvoir qui, stratégiquement, vient de boucler la boucle avec toutes les 11 provinces du pays désormais rangées sous son obédience, un dernier coup de filet spectaculaire étant celui dans lequel est tombé l'Equateur. Il ne manque plus rien à son tableau de chasse à présent complet. Il a surfé sur la débandade et les maladresses de l'opposition, surtout du MLC. Ce parti leader du cartel gouvernant ne vit plus seulement dans le présent ; mais se situe déjà dans un proche avenir. Il vient d'achever la plantation des jalons majeurs en prévision de prochaines échéances politiques. A partir des déboires inattendus subis tôt dans les provinces supposées être ses plates-bandes (Kinshasa, Bas-Congo , Kasai), l'Opposition n'avait pas compris que la coalition au pouvoir ne procédait pas du tout par l'aventure.
A cause d'un coup de tonnerre retentissant dans un ciel bleu à Mbandaka, elle se réveille en sursaut sans se rendre exactement compte de ce qui lui arrive. Les provinces sont désormais barricadées, et la coalition majoritaire y a placé ses vigiles. Elle ne manquerait pas de s'entourer d'autres précautions pour constituer partout à l'intérieur tout un réseau d'avant-postes de maîtrise du terrain. Parallèlement à ces travaux d'approche, les partisans du leadership de la coalition se sont déjà lancés précocement dans une campagne électorale caractérisée par des gestes soi-disant de générosité envers la population.
Des stratégies calculées sont mises en marche graduellement et systématiquement. Malgré des rivalités de clocher qui le secouent aussi, le camp de la majorité est constamment sur le qui-vive, alors que celui de la minorité reste distrait de l'ampleur des enjeux qui se dessinent pour demain. Comment alors les partis d'opposition, désorganisés et en débandade, pourraient-ils se déployer et s'en sortir sur un terrain aussi miné et contrôlé par l'adversaire ? Il y a des opposants qui rêvent que l'alternance en 2011 est déjà à leur portée ! Ils se persuadent qu'ils triompheront des bénéficiaires de cette législature finissante qui, n'ayant pas tenu leurs promesses de la campagne électorale, n'auront plus aucun discours valable à développer devant le peuple. Mais ils ne peuvent feindre d'ignorer que les victoires électorales, dans beaucoup de nos pays africains, sont rarement le résultat réel de l'expression de la volonté populaire.
Souvent il y a des facteurs subjectifs, sentimentaux et occultes qui sous-tendent ces victoires. D'ailleurs, ce ne sont pas des discours virulents tenus contre le pouvoir dans la fièvre de la campagne électorale qui vont modifier le rapport des forces en faveur de l'opposition. Loin de là. Le peuple n'est pas dupe. Il met la majorité et la minorité dans le même sac. Les opposants eux-mêmes, qu'ils soient dans les institutions ou en dehors, n'ont pas du tout montré de quoi ils sont vraiment capables au cours de cette législature sur la scène politique. Les partis politiques n'ont pas été en mesure de réveiller, de mobiliser et de conscientiser les masses populaires abandonnées à leur triste sort, croupissant dans la misère et affligées de souffrances. La majorité et la minorité devraient être renvoyées dos à dos. Faute de partie adverse plus ou moins redoutable pour servir de contrepoids, la scène politique pourrait vraisemblablement rester inchangée après l'échéance de 2011.

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