Inter Press Service (Johannesburg)

Guinée: Les différentes parties campent sur leur position

Les Forces vives de la Guinée ont remis lundi au médiateur, le président burkinabé Blaise Compaoré, leurs contre-propositions, rejetant toujours une éventuelle candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Daddis Camara, à la prochaine élection présidentielle.

Les positions quasi-maximalistes des Forces vives guinéennes et de la junte au pouvoir à Conakry font piétiner la médiation visant à ramener la paix en Guinée après la répression sanglante d'un rassemblement pacifique, qui a fait 157 morts le 28 septembre dernier, selon les Nations Unies et des organisations de défense des droits de l'Homme. La junte, quant à elle, parle de 58 morts.

Un premier projet d'accord politique proposé par le facilitateur pour une sortie de crise a déjà été violemment critiqué et rejeté, le week-end, par les Forces vives, une coalition regroupant des partis politiques de l'opposition et des organisations de la société civile.

La tension est montée entre le facilitateur et les Forces vives qui exigent maintenant la dissolution du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) créé par la junte, et s'opposent au maintien du capitaine Daddis Camara à la tête de la transition. Elles seraient par contre favorables à la création d'un Conseil national de transition présidé par un militaire.

Selon Celloun Dalein Diallo, le président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), les Forces vives ont simplement exprimé leur désaccord de façon ferme, mais poli par rapport au projet d'accord qui nous a été soumis.

"Aujourd'hui, entre le médiateur et les Forces vives, les clarifications nécessaires ont été données et incessamment, nous allons apporter par écrit nos observations sur la synthèse qu'il avait élaborée", avait expliqué à IPS, Jean Marie Doré, leader de l'Union pour le progrès de la Guinée (UPG) et porte-parole des Forces vives à Ouagadougou après une rencontre samedi pour sauver la médiation.

Le projet d'accord politique, rejeté par les Forces vives, suggérait la mise en place d'un Conseil national de transition (CNT). Cette instance de transition devrait diriger le pays pendant 10 mois et serait conduite par le CNDD du capitaine Daddis Camara jusqu'en octobre 2010, avec un vice-président issu des Forces vives.

Les membres CNT, les membres du gouvernement et les membres des Forces de défense et de sécurité, qui voudraient se présenter aux élections, devraient d'abord démissionner quatre mois avant le scrutin, stipule également le projet d'accord politique qui prévoyait également un gouvernement d'union nationale avec proposition d'un Premier ministre issu des Forces vives.

Dans un communiqué publié le week-end, les Forces vives déclarent avoir relevé «avec un grand étonnement» que les «préoccupations fondamentales des populations guinéennes, exprimées par le Forum des forces vives dans le mémorandum remis au facilitateur pour une transition apaisée en République de Guinée, n'ont pas été prises en compte dans le projet d'accord politique».

Les Forces vives regrettent l'absence, dans le projet du médiateur, des résolutions et communiqués de l'Union africaine, de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO), de l'Union européenne ainsi que du Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment ceux relatifs à la non-candidature des membres du CNDD aux prochaines élections, de son président et des membres du gouvernement.

"Nous sommes venus ici avec des exigences, ce n'est pas parce que nous renouvelons notre confiance... que nous allons renoncer à notre exigence, sinon notre présence ne se justifie pas", confie Doré à IPS.

Les Forces vives guinéennes avaient exigé, dès le début de la médiation, le départ de la junte militaire conduite par le capitaine Daddis Camara et la mise en place d'un nouvel organe de transition pour une durée de six mois à partir de son installation.

Ces exigences des Forces vives sont rejetées par la délégation de la junte. Selon Idrissa Shérif, ministre guinéen de la Communication et conseiller du capitaine Daddis Camara, "ce qu'ils (les Forces vives) demandent n'est pas négociable". "Il faut coopérer avec l'armée", a ajouté Shérif à IPS.

Les Forces vives qui avaient menacé de vendredi dernier de remettre en cause la médiation du chef de l'Etat burkinabé désigné par ses pairs de la CEDEAO, ont finalement accepté de lui remettre ce lundi leur nouveau projet de propositions de sortie de crise.

Mais déjà avant la remise de leurs contre-propositions, Ibrahim Fofana, secrétaire général de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), avait prévenu que certains points de leur mémorandum, comme la dissolution du CNDD et le départ du capitaine Daddis Camara, étaient «non négociables».

De leur côté, les membres de la délégation du CNDD, jugent la période de quatre mois entre la démission de tout candidat et l'élection présidentielle "trop longue" et déclare attendre des clarifications du médiateur sur la question.

Par ailleurs, les membres de la junte rejeté à Ouagadougou, la capitale burkinabé, les accusations de recrutement de mercenaires sud-africains qui seraient chargés de l'encadrement des nouvelles recrues de l'armée guinéenne. "C'est des balivernes! Cela n'a jamais existé. Pourquoi allons-nous prendre des mercenaires pour entraîner nos militaires? C'est fait pour dénigrer notre armée nationale", s'insurge Shérif.

Selon un officiel du département d'Etat américain cité par plusieurs agences de presse, 40 à 50 instructeurs militaires sud-africains entraîneraient des miliciens pro-Daddis - dont certains auraient moins de 18 ans - dans un camp à Forecariah, à 100 kilomètres au sud de la capitale Conakry.


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