C'est avec un a priori, à vrai dire, très positif que nous sommes allés découvrir, samedi dernier, à la Bonbonnière, Histoire d'Amour en 12 chansons, 3 repas et un baiser, l'unique pièce marocaine aux Journées théâtrales de Carthage, dans leur quatorzième édition. Seulement voilà, la déception était bien au rendez-vous!
Produite par la "Fondation des Arts vivants" et mise en scène par Faouzi Ben Saïd, cette pièce se caractérise par une platitude esthétique et un vide dramaturgique flagrant, notamment à cause de l'absence d'un fil d'Ariane qui lie les différents tableaux présentés.
Dix jeunes comédiens-dynamiques, il faut l'avouer- ont interprété cette pièce de 75 minutes qui sombre dans les poncifs et joue à fond la carte du premier degré. La plupart des références et sujets traités dans cette pièce ont été tellement ressassés ces dernières années qu'ils sont désormais érigés au rang de stéréotypes: port du voile, subordination de la femme, terrorisme (alerte à la bombe dans un avion), Guantanamo, société de consommation (chariot plein de cartons!), errance des jeunes (boîte de nuit et ambiance hippie) et nous en passons... Il s'agit de thématiques "opportunistes" utilisées, nous semble-t-il, dans le seul dessein de faciliter l'exportation de la pièce à l'étranger. D'ailleurs, l'utilisation de langues étrangères dans les rares textes qu'il y a, et le fait de miser sur le geste beaucoup plus que sur le verbe, confortent largement cette hypothèse.
Si les sujets sont loin d'être originaux, le traitement, lui, est simpliste. En effet, pour illustrer cette "marche du monde d'aujourd'hui", une kyrielle d'accessoires est utilisée : rollers, corde, armes à feu, perruques, étendards, foulards palestiniens, chicha, PC portable, mixer, costumes de personnages de dessins animés, balais... et même bicyclette ! Un entassement d'objets exagéré et sans finalité, de même que les hurlements, les mouvements excessifs et les fous rires faciles et forcés.
Dans Histoire d'Amour en 12 chansons, 3 repas et un baiser se dégage clairement la volonté du metteur en scène de présenter un spectacle total. D'ailleurs, tous les "ingrédients" y sont réunis : numéros circassiens, danse, chant, acrobaties, roues,... Mais, malheureusement, leur usage était arbitraire et gratuit.
Et l'Amour dans cette pièce? Eh bien, nous avons eu droit à la récitation de tous les synonymes du terme en arabe classique et... à des pommes, symbole "classique" de l'amour et de l'interdit.
Pour conclure sur une note positive : certaines parties de la pièce étaient assez intéressantes, comme le subtil passage d'une bagarre agressive entre un homme et une femme à un slow romantique, les morceaux a capella par une voix sublime ou encore la chorégraphie finale qui empruntait les modules gestuels du karaté.
Mais somme toute, Histoire d'Amour en 12 chansons, 3 repas et un baiser est loin d'être représentative du théâtre marocain. Nous nous attendions à quelque chose de meilleur. Dommage.

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