Il aurait été beaucoup plus facile d'endiguer la peste politique qui enveloppe notre pays si des forces sociales ne s'étaient pas mises du côté des tortionnaires de la République.
Les plus coupables sont les chefs religieux ayant plus peur du policier du coin que de Dieu et pressés de se soumettre au bon vouloir d'Abdoulaye Wade tant que cela peut leur rapporter quelques sous de plus. On peut loger à la même enseigne les chefs d'entreprises, véritables hommes de paille, qui sont impliqués dans toutes les spoliations des terres et des biens du pays. Comme le sont ces capitaines d'industries - mon oeil ! - qui pleurnichent quand ils ne sont pas payés par un Etat avec lequel ils ont souvent été de mèche en signant avec lui des pactes discrets, sous le régime de la concussion, mais se précipitent à nouveau vers les distributeurs de prébendes dès qu'on leur fait à nouveau signe qu'ils peuvent revenir autour du banquet des magouilles. Pourquoi la presse ne les confond pas en relevant leurs contradictions et duplicité ? Comme dans le syndrome de Stockholm, le peuple est lui-même partie prenante du sort qui lui est infligé. Il ne fait rien pour marquer les limites de l'inacceptable et quiconque cherche à prendre position sur des questions de principe peut compter sur tout sauf sur un peuple connu pour sa passivité et, pourquoi ne pas le dire, sa propension à choisir le camp de la bouffe, pas celui des valeurs fondamentales qui méritent le sacrifice.
On pourrait ajouter sur la liste le rôle des acteurs culturels et surtout celui des intellectuels. Les uns et les autres ont perdu toute ambition de se poser en contre-pouvoir. Ayant perdu tout mordant, y compris en continuant sciemment de biaiser ave le scrutin universel, ils renforcent le sentiment d'impunité que nourrissent des individus qui se trouvent au coeur de la République, mais ne méritant aucune confiance. N'oublions pas non plus les institutions budgétivores-bidons peuplées de transhumants, individus sans foi ni loi et battus du scrutin démocratique. La liste des relais de ce pouvoir, devenu illégitime du fait des actes qu'il pose, s'étend aussi à tous ces individus chargés, dans les salons et bars locaux, d'en faire la propagande ou de salir ceux qui n'ont que le tort de lui tenir tête au nom des valeurs...
Dans ce tableau forcément sombre, la part de responsabilité des partenaires étrangers n'est pas négligeable, surtout celle de notre ancien colonisateur, la France, d'où émergent ces temps-ci, des menées foccartistes qui risquent de provoquer des explosions de violence dans la zone francophone du continent, y compris le Sénégal. Qu'attendent-ils - France, Usa, Union européenne - pour se prononcer ?
C'est triste. Catastrophique. Voir ce que le Sénégal est devenu sous les coups de boutoir des prédateurs qui l'ont capturé donne à penser que ce pays n'est plus soudain que le siège d'une nouvelle faune de perroquets dont le seul projet consiste à guetter les mouvements oratoires d'un vieillard qui joue au tyranneau de village. Précéder ses intentions pour les célébrer est la voie royale pour se faire une place au soleil d'un pays transformé en casino grandeur nature.
Dans ces conditions, dégoulinant de médiocres et mafieuses actions, la scène sénégalaise, déjà honteuse, sent la fange. Mais elle n'a pourtant pas montré toute sa face hideuse. Elle est en train de se dégrader de plus belle, ces jours-ci. Car de nouveaux bruits de compromis douteux annoncent en effet les pardons, retrouvailles et manoeuvres de toutes sortes - au détriment du pays, du peuple et des principes.
Autant donc en convenir : trop c'est trop ! Et le danger est là que notre pays ne peut et ne doit pas assumer davantage au risque d'être promis à être le prototype de la République bananière. Agir devient d'autant plus légitime que la Constitution en donne la prérogative régalienne : elle exclut de la course Abdoulaye Wade, comme l'a dit, avec pertinence, le juriste Abdou Lô. De ce qui en reste, les Sénégalais peuvent tirer la conclusion qu'ils peuvent refuser, à bon droit, d'avaliser la posture risible qu'adopte Abdoulaye Wade. Continuer de rester têtes baissées, le corps transi de honte, en laissant faire celui qui se présente encore comme le président du Sénégal, relève de la pire des lâchetés et d'un manque de courage. Avons-nous encore des 'cojones' ?
La voie de l'honneur est visible. Elle commande de sortir de l'attentisme si dégradant qui a été la marque du peuple sénégalais ces dernières années. Pour signifier en termes aussi clairs que possibles à l'apprenti-tyran qu'il est grand temps pour lui de s'effacer, car un corrupteur aux petits pieds ne peut avoir l'étoffe d'un chef d'Etat... Même ses supporters les plus intéressés, une fois leurs préoccupations de ventre et de bas-ventre mises de côté, savent qu'il n'est pas à sa place. Mais il n'en a cure, son attitude étant celle qu'adoptent les fâcheux. Les enjeux de la nation dépassent les ambitions égocentriques d'un homme qui, d'une certaine manière, n'insiste pour participer à la prochaine présidentielle que parce qu'il se sent traqué. Il sait ce qui l'attend. Après s'être amusé avec les comptes de la nation et posé des actes aux antipodes de ses engagements électoraux, son destin, comme celui de ceux qui l'ont accompagné dans sa folle cavalcade, est tout tracé. Monarchisation.
Les bourdes de Wade, notamment son pillage systématique des biens matériels et immatériels du pays, ne doivent surtout pas être inscrites sur le compte de sa sénilité. Je refuse cette analyse. Car s'il est bien un homme qui a fait montre de constance dans sa détermination à patrimonialiser l'Etat du Sénégal pour satisfaire ses desiderata, c'est bien celui qui se proclamait prophète du sopi mais n'a été qu'un chef ouvrier de la prédation. En cela, oui, il a été une constante, mais pour le malheur du Sénégal puisque seuls ses intérêts privés, son souci de rester au pouvoir, avec ceux qui sont prêts à être ses griots, ses larbins, ses laudateurs, lui ont servi de viatique. Comme ses acolytes, dans cette entreprise, ceux qui sont toujours avec lui dans un bateau en détresse, au même titre que les autres prédateurs ayant été obligés, de force ou de gré, de quitter le perchoir des magouilles, il sait ce qu'il a fait. Tous, sans exception devront rendre compte.
Que faire ? C'est très simple : le peuple sénégalais doit lui dire un NON sans appel. Car tout le monde sait d´avance que l'idée d'un Wade III sent comme le soufre de la monarchisation de notre pays. Alors que les fondements de la République sont sérieusement rabotés, que la franc-maçonnerie s'y voit servir des offrandes onéreuses, comme ce grave Monument de la Renaissance, que des projets aussi inutiles que coûteux, comme le Fesman, continuent de saigner les biens du pays, ou que les populations vivent dans le désespoir sans lendemain, ne rien faire face à toutes ces forfaitures c'est donner droit à ceux qui pensent que l´historiographie de la nation sénégalaise a été trop embellie.
C'est admettre que les valeurs de Jom (honneur), fit (courage) et de magnanimité ne sont que des fabrications d'un peuple pour se donner bonne contenance. Là est une belle occasion de prouver le contraire. De relever la tête. Pour arrêter les mouvements de la bête immonde qui s'est jouée de tout un peuple depuis le milieu des années 1970. En lui faisant croire qu'il était porteur d'un projet de changement salvateur alors qu'en réalité, et plus personne ne doit en douter désormais, Wade n'avait qu'une ambition médiocre s'apparentant à une vaste escroquerie aussi bien intellectuelle que matérielle.
Si l'opposition, toutes chapelles confondues, est incapable, en raison de ses atermoiements et compromissions avec les alliés d'un wadisme dégénérescent, de mettre un terme a cette parodie parfois sanglante et toujours criminelle, le peuple sénégalais, lui, a le devoir de se lever comme un seul homme.
L'histoire sera impitoyable si rien n'est fait alors que, de partout, les périls montent et que le Sénégal ne peut plus se permettre de n'être qu'un SénéWade de toutes les hontes. Dommage que, en ces heures graves, le pays ne soit pas doté d'une opposition capable de produire une alternative crédible : la plupart de ses dirigeants, surtout les plus connus, traînent des comportements qui les rendent suspects. Sectaires, népotiques, n'ayant pas de vision de développement claire pour le pays et parfois manquant de courage face au pouvoir, ils ne donnent aucune raison de leur faire confiance non plus. Seraient-ils les meilleurs alliés de Wade ? Ou de quelque médiocre larron surgi des flancs du pouvoir wadiste ? Peut-être...
En concluant ce texte, j'ai le sentiment d'avoir livré ce que ma conscience ne pouvait garder plus longtemps. Que la meute et les moyens de l'Etat soient utilisés contre ma personne, cela me laisse de marbre. Même la Radio Mille Collines que promet d'être Radio Sopi pourrait trouver là un moyen de s'exercer sur un citoyen qui a retenu l'une des trois options offertes à l'individu en société, selon Albert Hirschmann : s'accommoder, s'exiler ou s'exprimer... Se défendre aussi. Coup pour coup !

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