En marge du Forum «ICT 4 All» (Hammamet du 23 au 25 novembre), l'Organisation arabe des technologies de la communication et de l'information (Aicto) a organisé hier à Yasmine-Hammamet une conférence sur le secteur des technologies de l'information (TIC) et la crise économique.
La crise financière et économique a pesé de tout son poids sur le secteur des technologies et de l'information dans les pays émergents dont certains ont dû annuler leurs projets de numérisation administrative faute de disponibilité de fonds. La fracture numérique ne cesse de se creuser entre les pays de la rive nord et ceux de la rive sud qui ont désormais d'autres préoccupations et d'autres demandes à satisfaire.
Mme Khédija Hammouda Ghariani, secrétaire générale de l'Aicto, a notamment indiqué à cette occasion que cette conférence va permettre d'échanger les idées et les expériences en vue d'exploiter à bon escient les TIC. Elle a indiqué que «des recommandations ont été prises lors du Sommet mondial de la société de l'information dans ses deux phases à Genève et à Tunis.On va voir dans quelle mesure ses recommandations ont été appliquées». Ce sommet a participé à la prise de conscience des décideurs sur l'importance de l'introduction des TIC, notamment dans le monde arabe. D'où la décision de la création d'une organisation arabe des technologies de la communication et de l'information sous la tutelle de la Ligue des Etats arabes. Ces technologies intéressent tous les secteurs, y compris ceux de l'économie et de la société.
«Un catalyseur de la vie économique»
«Une stratégie arabe pour l'édification de la société de l'information est prévue à l'horizon 2012», relève l'oratrice. Des équipes de travail ont été constituées à cet effet en vue de préparer les dossiers y afférents. Le ministre soudanais de l'Information et des Communications s'est félicité de la présence de cette organisation en formulant l'espoir que les résultats de cette conférence soient fructueux pour qu'ils puissent être exploités dans le monde arabe.
Dans ce même ordre d'idées, Dr Hamadoun Touré, secrétaire général de l'Union internationale des télécommunications (UIT), a rappelé que le thème est d'actualité d'autant que «le rôle des technologies de l'information et de la communication est primordial. C'est un catalyseur de la vie économique». L'UIT a d'ailleurs lancé un rapport sur le secteur en question et la crise économique. Les travaux de recherche effectués montrent que la croissance des TIC dans le produit intérieur brut est positive. Malgré la crise, les TIC continuent à créer des emplois dans plusieurs pays et à être intégrées dans des secteurs sensibles comme ceux de l'éducation, de la santé et domestique.
La Tunisie est l'un des pays qui a réussi son programme de généralisation des TIC dans tous les secteurs. M. El Hadj Gley, ministre des Technologies de la communication, a souhaité que cette grande manifestation qui se tient à Hammamet débouche sur des projets suite à des rencontres entre hommes d'affaires et opérateurs dans le secteur, surtout que les participants viennent de 51 pays situés dans les différents continents. Pas moins de 22 organisations internationales prennent part à cette manifestation. Au cours de la dernière session, 800 rencontres entre chefs d'entreprise ont été enregistrées.
Ces entreprises vont proposer des solutions en vue de sortir de la crise avec le moins de dégâts possibles. Selon le ministre, les téléphones portables de deuxième et de troisième générations présentent des services intéressants. «La Tunisie a pris les dispositions nécessaires en anticipant les événements au profit des entreprises en vue de faire face aux problèmes. D'ailleurs, la Tunisie est parmi les dix premiers pays qui ont pu résister à la crise», se félicite l'orateur. Pour illustrer cette résistance, le ministre a cité quelques chiffres comme le taux de croissance et la réalisation de grands projets. Notre pays a opté également pour l'économie numérique et le haut débit. La crise constitue, cependant, une occasion pertinente pour formuler les propositions relatives à la relance de l'économie.
Solutions administratives et commerciales
La première session de la conférence a traité de «l'impact de la crise financière sur les TIC». M. Taoufik Jelassi, doyen et président du MBA, ENPC à Paris, a affirmé que les nouvelles technologies sont un moteur pour le développement. Désormais, de nouveaux matériels sont disponibles sur le marché à coût réduit pour permettre à tout le monde, même ceux à revenu moyen, d'y accéder. C'est le cas, par exemple, du «Net Book» qui est à la portée de tous. Se référant à un spécialiste en économie, l'orateur a indiqué que la crise devrait être maîtrisée en 2010, mais ses effets se poursuivront l'année suivante. Les entreprises cherchent des solutions administratives et commerciales faciles d'utilisation et efficaces qui pourraient les aider à sortir de la crise. La crise peut constituer une occasion pour réfléchir et repartir du bon pied et ne présente pas uniquement un risque.
Dr Férid Ben Tanfous, P.-d.g. de l'Arab Tunisian Bank (ATB), affirme que la crise n'a épargné aucun pays. Certains pays sont, cependant, plus touchés que d'autres. Au niveau des pays arabes, deux groupes distincts sont identifiés : les pays dont la monnaie est convertible et les autres - comme ceux du Maghreb - dont la monnaie est inconvertible et qui ont réussi à maîtriser les capitaux. Fait positif dans ces derniers pays, y compris en Tunisie, on n'a pas enregistré de banques ayant déposé leur bilan.
La crise a des effets positifs et des effets négatifs. C'est au cours de cette période que l'on peut prendre des mesures difficiles. C'est une occasion également pour faire preuve d'innovation et rendre le secteur plus innovant. Le système d'information, performant, joue un rôle important dans la gestion des données. «L'efficacité et la rentabilité sont toujours de rigueur, rassure l'orateur, et il est même possible de faire des bénéfices».
Des commandes perdues
De son côté, M. Mondher Ben Ayed a estimé que la Tunisie a été sauvée de la crise grâce à son système financier bien organisé. Les investissements en devises sont réglementés dans notre pays, qui a signé des accords de partenariat avec nombre de pays, ainsi qu'avec l'Union européenne qui demeure notre principal partenaire. La crise qui a lieu dans ce groupement a bien sûr des effets sur l'économie tunisienne. Beaucoup de commandes initialement prévues ont été ainsi perdues. Malgré cela, un taux de croissance est enregistré chaque année. Une place de choix est accordée aux TIC qui sont introduites dans l'administration dans le cadre de sa modernisation. Le secteur des composants automobiles a été fortement affecté.
Mieux encore, des logiciels sont même fabriqués en Tunisie pour être exportés, notamment vers le marché européen. La reprise commence à être perceptible avec une relance des investissements. Des unités européennes ont même opté pour la délocalisation dans notre pays pour améliorer leur compétitivité et bénéficier des avantages préférentiels.
Lors du débat, les intervenants ont évoqué, entre autres, la diminution des exportations tunisiennes, la nécessité d'exploiter les opportunités qu'offre Internet pour dynamiser le commerce électronique qui est encore embryonnaire, de l'avis d'un intervenant. Plusieurs intervenants ont parlé de la sécurité des transactions sur Internet, recommandant aux entreprises concernées d'investir davantage pour permettre aux consommateurs d'acheter sur Internet sans se soucier de leurs données personnelles.

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