En 2002, le Botswana ne possédait qu'une clinique, à Gaborone, la capitale. En 2005, il en avait ouvert 32 autres dans tout le pays afin d'offrir des tests de dépistage et des conseils, et de distribuer des médicaments.
Comment le Botswana, autrefois considéré comme l'un des pays en développement les plus prometteurs de l'Afrique subsaharienne, lutte-t-il contre la sinistre menace du sida ? En créant des partenariats avec la Fondation Bill et Melinda Gates, des universités américaines et la société Merck, ce qui lui permet d'offrir de meilleurs soins à ses citoyens séropositifs et sidéens et de contribuer à inverser la « fuite des cerveaux » médicaux du pays.
L'une des démocraties les plus stables du monde en développement, le Botswana peut se targuer d'être le pays africain le moins corrompu et d'avoir à son actif une croissance économique sans précédent depuis son indépendance. L'espérance de vie est passée de 49 ans en 1966 à presque 65 ans au milieu des années 90. A cette époque, les chercheurs prévoyaient même que l'espérance de vie atteindrait 70 ans d'ici à 2009, soit un chiffre presque aussi élevé que celui des États-Unis.
Mais au lieu de cela, le pays, dévasté par la pandémie de sida, a vu son espérance de vie baisser de moitié en moins d'une décennie, chutant à 35 ans en 2004. De 1998 à 2005, le Botswana a perdu 35 rangs dans l'Index du développement humain des Nations unies. Les analystes estiment qu'en 2004, il y a eu 33.000 décès attribuables au sida, et que près de 40 % de tous les Botswanais âgés de 15 à 49 ans sont séropositifs.
« Nous sommes menacés d'extinction », avait déclaré, en 2001, le président de l'époque, M. Festus Mogae. « Un nombre effrayant de gens meurent (...) C'est une crise d'une ampleur sans précédent. »
Toutefois, les propos de M. Mogae ne sont pas tombés dans les oreilles de sourds. En 2001, le gouvernement du Botswana, en coopération avec la Fondation Bill et Melinda Gates et la Fondation de la société Merck, créait l'African Comprehensive HIV/AIDS Partnership (ACHAP, Partenariat africain global contre le VIH/sida).
Annonçant l'arrivée d'une ère nouvelle, le gouvernement lançait un programme appelé MASA, qui signifie « nouvelle aube » en setswana. Il s'agissait de la première campagne nationale lancée en Afrique afin de fournir gratuitement des médicaments antirétroviraux à tous ceux qui étaient atteints du sida. En 2002, le Botswana ne possédait qu'une clinique, à Gaborone, la capitale. En 2005, il en avait ouvert 32 autres dans tout le pays afin d'offrir des tests de dépistage et des conseils, et de distribuer des médicaments.
Selon l'ACHAP, grâce à ces mesures, le pourcentage de Botswanais ayant subi un test de dépistage a augmenté, passant de 4,6 % en 2003 à 56 % en 2008. Selon les statistiques de l'ACHAP, à la fin 2008, 84 % de ceux qui avaient besoin de médicaments en recevaient. De plus, grâce à des traitements antirétroviraux ciblant tout particulièrement les femmes enceintes et la promotion de meilleures méthodes d'allaitement, la transmission du VIH de la mère à l'enfant a fortement décliné, réduisant les nouvelles infections infantiles de 80 %.
Des partenaires internationaux qui font une différence
Malgré les énormes progrès réalisés, le gouvernement du Botswana manque de professionnels de la santé pour servir la multitude de patients, en partie du fait de la perte de personnel qualifié, tant sur le plan intellectuel que technique, au profit de pays disposant de meilleures ressources et offrant de meilleurs salaires, phénomène que l'on qualifie de « fuite des cerveaux ».
De nombreuses institutions internationales, tant publiques que privées, ont réagi, coopérant avec des responsables botswanais de la santé sur des projets de recherche et aidant à organiser des programmes de formation. L'université Harvard, l'université de Pennsylvanie et l'École Baylor de médecine ont lancé des échanges d'étudiants et des programmes de recherche au Botswana.
Le Dr Stephen Gluckman, directeur du centre des maladies cliniques infectieuses de l'université de Pennsylvanie, est arrivé à Gaborone en 2001 pour travailler avec l'ACHAP à la mise au point des programmes nationaux du Botswana. Il a promptement réalisé que le programme de lutte contre le VIH/sida dans ce pays offrait une chance unique de fournir une formation sur le terrain aux étudiants en médecine de l'université de Pennsylvanie. En 2004, cette dernière et le ministère botswanais de la santé ont signé un mémorandum d'accord établissant un partenariat et un programme d'échange d'étudiants à l'hôpital Princess Marina, qui abrite aujourd'hui l'une des plus grandes cliniques de traitement du sida au monde.
Durant un entretien accordé à America.gov, le Dr Harvey Friedman, directeur de ce partenariat, a énuméré les principaux objectifs de l'université de Pennsylvanie, à savoir la formation, ainsi que le renforcement et la création des capacités. « Nous tenons à ce que nos efforts portent sur le long terme et soient durables. Vous pouvez soigner un malade, mais vous ne pouvez pas créer les capacités. Les objectifs de notre programme visent le long terme. »
Les médecins et les étudiants travaillent main dans la main avec les docteurs et les assistants locaux, et organisent des conférences quotidiennes et des formations dans les salles de l'hôpital.
Lauge Sokol-Hessner a participé à ce programme en 2001 en tant qu'étudiant de médecine désireux de se concentrer sur la santé publique mondiale. Lors d'un entretien accordé à America.gov, il a souligné la nature collégiale de l'enseignement offert dans le cadre du partenariat. « J'ai beaucoup appris en écoutant les gens, en posant des questions, en étant curieux et en prenant conscience de la façon dont les Botswanais considèrent leurs difficultés et les possibilités d'amélioration. »
L'université du Botswana a ouvert sa première faculté de médecine en août 2008.
Jonathan Silverman, un ancien participant au programme d'échange médical de l'université de Pennsylvanie, a déclaré à America.gov qu'il était sur le point de retourner au Botswana pour travailler à la nouvelle faculté de médecine dans le cadre des efforts déployés afin de permettre au Botswana « de garder ses médecins au lieu de dépenser de l'argent pour les envoyer à l'étranger ».
Avant l'inauguration de cette faculté, en effet, le Botswana envoyait chaque année 50 étudiants faire leur médecine à l'étranger. De plus, seulement 10 % d'entre eux rentraient au pays. En 2007 et 2008, 45 étudiants de médecine botswanais sont revenus pour faire leur internat.
« Ces étudiants sont les futurs responsables médicaux du Botswana », a déclaré M. Sokol-Hessner, qui travaille actuellement à un projet de collaboration avec le personnel de la nouvelle faculté de médecine visant à mieux faire comprendre le rôle du médecin. « J'espère que la promotion de relations de ce type peut être une façon pour les Américains et les Africains de trouver les moyens d'améliorer les systèmes de santé dans tous les pays. »
Comments Post a comment