Ferdinand Ranaivoson, un enfant abandonné, s'est fait témoin par l'image des moments forts de la crise. Ses clichés sont exposés au hall de la gare Soarano, avec d'autres pris par ses camarades.
Les enfants ont leurs « maux » à dire. Ferdinand Ranaivoson, un adolescent de 16 ans pris en charge auprès du Centre Energie d'Andavamamba, a retracé en photos noir et blanc une partie de la crise qu'il a vécue.
Par l'intermédiaire d'un portrait d'enfant abandonné par sa mère pendant cette période, en train de fouiller les ordures, Ferdinand s'apitoie de son sort et l'a pris en photos. «J'ai pris cette photo car elle illustre le cas de plusieurs enfants rencontrés dans la vie quotidienne. À travers elle, je pense que notre société peut se mettre en face de la vérité », exprime Ferdinand. Son motif peut être associé à son cas, dans la mesure où il fait partie des enfants abandonnés par leurs parents dès la tendre enfance.
Cette dislocation familiale s'avère un des sentiers que beaucoup d'enfants ont dû traverser durant la crise, rien qu'en mentionnant la perte d'un parent, ou encore la disparition même d'enfants.
Le cliché de Ferdinand aux côtés de ceux des 17 autres enfants, exposés au hall de la Gare Soarano permet de revisiter certains moments forts et tristes de la crise. C'est dans ce sens qu'est orienté l'esprit de l'exposition : « Par des mots et des photos, les jeunes nous montrent leur réalité à Madagascar en temps de crise ».
Tristesse
Ces enfants, issus de différents horizons ont bénéficié d'une formation en photographie, dispensée par l'UNICEF, pendant cinq jours. Ce n'est pas tout. Branché sur l'actualité, Ferdinand n'a pas manqué de décrire les ruines des bâtiments de la radio et de la télévision nationales à Anosy, incendiés au cours des manifestations du 26 janvier.
«Pourquoi a-t-on fait cela alors que nous en avons besoin pour la liberté d'expression. Cela m'a fait mal de voir la salle de montage d'Animartiste réduite en cendres », a-t-il pris comme exemple. Ces sentiments de tristesse ne constituent pourtant pas un blocage pour l'avenir du pays, selon Ferdinand. «Je suis sûr que le monde va changer si tout le monde se met à être solidaire pour promouvoir les droits des enfants », espère-t-il.
Le souhait répond bien au thème de l'exposition à la gare Soarano sur « Hopes and perspectives », tenue en marge de la célébration du 20è année de la Convention relative aux droits de l'enfant, et organisée par l'UNICEF.
Apprendre à photographier n'était pas du cadeau comme le dit notre interlocuteur. « Il faut savoir bien cadrer l'objet à prendre en photo, car il existe des normes à respecter, tant sur le cadrage que sur la qualité de l'image à publier », se soucie-t-il.
Dans de tel cas, Ferdinand avec d'autres enfants ont silloné des quartiers et des coins de la capitale. La qualité de leurs clichés témoignent de la volonté que chaque enfant a investie pendant la formation.
Près d'une carrière, il a transposé en photo un enfant en bas âge en train de casser des pierres. «Ses droits d'aller jouer, d'être protégé, de ne pas faire du travail qui ne correspond pas à son âge ne sont pas du tout respectés. Une fois de plus, le monde doit se rendre à cette évidence », mentionne-t-il.
À dire vrai, chaque pays et le monde ont encore du chemin à faire pour le respect des droits de l'enfant. L'expérience de Madagascar en est un exemple que tant d'autres pays risquent d'un jour à l'autre d'assister. La dérive de gouvernance et l'instabilité politique peuvent constituer des facteurs entravant l'application des droits de l'enfant.
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