On se plaint, on rouspète, on gémit mais on finit par baisser les bras, sortir son portefeuille, enlever la marchandise et rentrer rongé par des sentiments contradictoires : «Ai-je fait une bonne affaire ? Ne me suis-je pas fait avoir ? Serais-je encore une fois grondé par elle ? Sera-t-elle fière de moi ? Et le petit sera-t-il content ?».
C'est là l'ordre du jour depuis déjà deux semaines de Monsieur-tout-le monde, Tunisien bon père de famille, salarié, parfois même locataire, se pliant en quatre pour payer les cours particuliers, devenus «quasi-sacrés», pour ses enfants d'élèves, qui au primaire, qui au collège, qui au secondaire et parvenant tant bien que mal à s'acquitter de toutes ces factures (eau, électricité, gaz, téléphone) qui lui tombent sur la tête au moment où il s'y attend le moins.
Et la marchandise ? Un être frêle, presque chétif, docile en apparence un «gadget» pour les enfants, devenu objet de toutes les passions, personnage central d'une histoire à haute valeur symbolique notre «cher mouton» (voir reportage du même titre).
Et pas n'importe lequel s'il vous plaît ! Un mouton «sacré». Le mot est lâché.
Sacré mouton ! Au lieu de jouer son vrai rôle d'objet de sacrifice religieux, offrande pieuse du croyant à Dieu pour implorer Son pardon et Sa grâce et lui exprimer toute sa profonde gratitude ainsi que ses sublimes louanges, le voilà devenir partie prenante dans cette comédie sociale où les apparences et le m'as-tu-vu sont les héros.
Poussé par le mimétisme social, les exigences de l'épouse et leurs rejetons, le père de famille finit par succomber à ce jeu de rôle pour devenir lui-même un mouton parmi tant d'autres dans ce grand troupeau qui forme la masse.
Le voilà emporté, malgré lui, par ce fougueux raz-de-marée (pour ne pas dire tsunami) qui advient juste après un cocktail détonnant au nom très évocateur et provocateur de «été-Ramadan-Aïd El Fitr-rentrée scolaire». A cela il faudra ajouter l'hiver qui est à nos portes avec ses trois «M» (manteau, médecin et mal-bouffe).
Ainsi, il sera heureux, Monsieur-tout-le monde, d'ajouter à tout ce beau monde un quatrième M (mouton, traduire méchoui) pour se retrouver tout de suite après dans le cinquième M (marasme, vous pouvez choisir autre chose qui pourrait mieux illustrer).
Avec la grippe porcine qui débarque chez nous après avoir fouiné partout dans le monde, il est donc de bonne guerre pour notre Monsieur-tout-le monde de se retaper une bonne mine grâce à un surplus d'hémoglobine tout en essayant d'éviter le mauvais cholestérol. Sans quoi le système immunitaire se fera un plaisir de déguerpir, laissant la porte de notre organisme entrouverte.
D'où le risque d'attraper ce méchant (j'allais dire méchoui) petit virus. Pas très méchant, il faut tout de suite le rappeler, mais très très sociable car se propageant à très grande vitesse.
Revenons maintenant à nos moutons (ceux de Panurge aussi) pour répéter à qui voudrait l'entendre que le sacrifice n'est d'abord pas obligatoire. Il peut ensuite se pratiquer au profit de la grande famille (chez les grands-parents par exemple). Il pourrait enfin être à l'origine d'une association qui se chargerait d'assurer toutes les étapes de l'opération. Y compris offrir la viande à certaines populations souffrant de famine ou de malnutrition un peu partout dans le monde. N'est-ce pas plus judicieux ?
«Oui, et ma femme ? Et mes enfants ? Et mon voisin ?» Rebelote.

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