L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Suresh Boodhoo - Un prix pour couronner les efforts d'une vie

Port Louis — Les recherches et projets du directeur de la station météorologique lui ont valu une distinction de la Commission de climatologie des Nations unies. Les perturbations atmosphériques, il connaît. Lui-même est passé sur le gril au moins à deux reprises, dans le cadre de ses fonctions de directeur de la station météorologique. Mais la voix de Suresh Boodhoo quitte rarement la zone du calme plat.

Quand en plus, c'est pour parler de ses travaux personnels, de sa toute récente récompense onusienne, le directeur de la météo se détend. Et détaille par le menu toutes les initiatives qui lui ont valu d'être distingué par la Commission de climatologie de l'Organisation Mondiale de la Météorologie (OMM). Un prix qui couronne les efforts d'une vie, l'ensemble des travaux menés de front avec ses fonctions à la météo.

D'abord prévisionniste, jusqu'à devenir directeur de la station de Vacoas, en 2007. Une culmination, pour ce boursier de l'OMM d'abord engagé pour collaborer à des projets concernant les énergies renouvelables. Qui a contribué à l'installation du générateur de Grand-Bassin en 1986. Qui deviendra, en 1989, vice-président de la commission de climatologie - la même qui vient de le récompenser.

Avant d'être élu à la présidence de cette instance des Nations unies en 1997. «J'y suis resté jusqu'en 2005». La fierté est palpable quand Suresh Boodhoo mentionne, sans avoir l'air d'y toucher, que tel système qu'il a mis en place dans les années 1975-80, «est toujours en utilisation aujourd'hui». Ou encore que, «les Américains ont repris l'idée et l'ont modifiée».

Sa voix posée est celle de l'expérience. De l'homme qui a passé toute sa vie active à la météo. Et qui a aujourd'hui 60 ans. Son ton est celui du scientifique convaincu d'être dans son bon droit, blindé derrière ses paramètres étudiés, ses relevés chiffrés et ses procédures établies suivies à la lettre. Celui aussi d'un homme qui raconte avoir fait au moins trois fois le tour du monde, dans une course aux réunions de sensibilisation. Ou encore des rencontres pour lever des fonds pour financer ces projets. «Une fois, j'ai signé pour 23 millions de dollars, c'est le plus gros montant que j'ai vu sur papier de ma vie».

Une vie commencée modestement à Belle-Terre, entre un père garnisseur, une mère femme au foyer «et quelques vaches». Suresh lui, a «la chance d'avoir la petite bourse». Sauf que son père, pour qui, avoir un métier passe avant tout, «m'avait forcé à aller au John Kennedy College, pas au collège Royal». C'est à sa sortie du collège, que Suresh Boodhoo entre à la météo le 1er avril 1969. Date qu'il a en mémoire, parce qu'il avait accepté cette place de technicien, «sans l'accord de mes parents qui voulaient que je redouble le Higher School Certificate».

Souhaitant tout de même poursuivre ses études, il embarque pour Leningrad dans l'une des premières cuvées de Mauriciens boursiers de l'ex-Union soviétique. Là-bas, il décroche une formation en météorologie, avant de se spécialiser en climatologie à Birmingham cette fois. Si au départ, son emploi à la météo est une question d'opportunité qui s'est présentée à sa sortie de collège, au fil des ans, Suresh Boodhoo se prend de passion pour son domaine en tombant sur les, «100 ans de données sur la pluie» compilées par la station météo. C'est le déclic. «Je me suis demandé ce que l'on pouvait faire avec cette somme d'informations».

Suresh Boodhoo en a fait une carrière. Façonnée parfois, au gré des coups de vents. Dès qu'on évoque, dans son bureau, les perceptions qui collent à la peau de la météo, de ses prévisions qui semblent parfois comme en contradiction avec ce que les gens voient en jetant un simple coup d'oeil par la fenêtre, Suresh Boodhoo s'interrompt net. Se lève du petit salon où il nous reçoit, va à sa table de travail et revient avec un épais document. Sa bible. Le National Disaster Scheme 2009 - 2010.

Maintenant il peut parler. Des gens qui l'interpellent, là où il va. De ses neveux qui veulent savoir si lendemain il y aura école, quand il émet un avertissement de classe I. Des marchands de légumes, au marché de Vacoas, qui veulent savoir si lesnouvelles sont bonnes pour leur commerce. «Lerla zot donn moi enn de pom damour an plis», plaisante-t-il. Des coups de fil incessants, persistants, qui l'ont poussé à avoir deux portables.

Sans oublier ses supérieurs. Des comptes qu'il doit rendre au bureau du Premier ministre. Ou de la récente polémique qui l'a opposé à Suresh Seebaluck, le chef de la Fonction publique, qui voulait savoir pourquoi il n'avait pas émis de communiqué quant aux risques éventuels de tsunami après un tremblement de terre au large de Rodrigues.

D'une main preste, Suresh Booddhoo ouvre sa bible à la page qui convient et ré-explique patiemment qu'il n'est pas tenu de médiatiser les éventuels risques de tsunami, quand les séismes sont au-dessous d'une magnitude de sept sur l'échelle de Richter.

A l'écouter, c'est tout un public qu'il faudrait éduquer. Pour qu'il comprenne que les avertissements cycloniques ne concernent que la force des rafales et pas l'intensité des pluies. Et que faire la pluie et le beau temps maintenant est impossible avec les changements climatiques.


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